Source : Israël et les Juifs : bouleversements stratégiques | Gfaye.com

ISRAËL ET LES JUIFS : BOULEVERSEMENTS STRATÉGIQUES

Pour l’État hébreu et la diaspora juive, trois événements majeurs et cruciaux frappent à leur porte : l’antisémitisme menaçant des musulmans immigrés en Europe, l’affaiblissement du solide lien d’aide et de protection Israël–États–Unis, incitant à la recherche de nouvelles alliances risquées et imprévues par Tel Aviv ; et l’accroissement protéiforme de la menace arabo-musulmane sur Israël, la pire étant démographique.

Le retour de l’antisémitisme de force en Europe

Une mauvaise nouvelle pour les Juifs européens (France et Belgique en tête) depuis la fin de la Seconde guerre mondiale aura été la reprise de l’antisémitisme violent voire meurtrier provoqué par l’immigration musulmane et non plus par une judéophobie européenne en très fort recul. En sciences politique, on distingue l’hostilité de force (voies de fait, actes, mesures) de l’hostilité idéologique qui la précède ou l’accompagne.

Cela déclenche, pour la première fois depuis 1945, un mouvement continu d’émigration des Juifs hors de France. Les familles qui partent le font par défiance envers un État français qui, en paroles, abomine l’antisémitisme, mais en pratique protège et ne poursuit pas, par une doucereuse hypocrisie, l’hostilité antisémite musulmane ; mais s’en prend seulement à l’antisémitisme marginal et de basse intensité issu de l’ ”extrême droite”, uniquement d’ailleurs pour les propos négationnistes. En revanche, le négationnisme d’origine musulmane, qui se déverse notamment sur Internet ou des supports écrits, laisse les autorités politiques et judiciaires indifférentes. Deux poids, deux mesures…

Le 31 juillet, 41 Français musulmans publiaient dans le Journal du Dimanche un appel collectif pour condamner les attentats islamiques et rendaient hommage aux victimes : celles du Bataclan, la foule de Nice, les policiers égorgés, le prêtre… Mais comme l’a fait remarquer Philippe Val, ancien directeur de Charlie Hebdo, ces musulmans ne disent pas un mot des victimes juives, celles de Mohamed Merah ou de l’ Hyper Cacher ou du musée juif de Bruxelles. Ce qui en dit long soit sur leur bêtise, soit sur leur haine des juifs, soit sur leur sentiment inconscient que tuer ces derniers n’est pas vraiment un crime ; les trois probablement. Que des Arabo-musulmans se disant ”modérés” (tu parles…) raisonnent ainsi laisse deviner ce que pensent ceux qui ne le sont pas, majoritaires chez les jeunes… L’hostilité musulmane anti-juive se confirme et se renforce cyniquement, tout comme la montée de la haine anti–catholique et…anti–laïque.

Comme je l’ai déjà écrit par ailleurs, la possible augmentation numérique des Arabo ou Afro–musulmans dans les structures sociales, politiques, économiques, administratives, communales, policières, judiciaires aura des conséquences discriminatoires (au début discrètes) pour les Français juifs, plus encore que pour les autres. Ce sera Vichy 2.0. Les intellectuels juifs de gauche caviar, ex–trotskistes, piliers du système actuel, ”pro-migrants” moralisateurs, cosmopolites, anti–Français, islamophiles de salon, sont trop bêtes pour avoir envisagé cette hypothèse. Leurs enfants n’auront que leurs larmes pour pleurer.

La dégradation de la relation Israël–États–Unis

Second fait majeur : l’indéfectible lien entre Israël et les États–Unis est en train de se déliter. Netanyahou soupçonne Obama de ”double discours”, d’islamophilie. A-t-il vraiment tort ? Pas sûr. Les stratèges israéliens estiment que les États–Unis ne sont plus des alliés et des protecteurs fiables. Hillary Clinton (la probable future présidente), quand elle était Secrétaire d’État (ministre des Affaires étrangères) d’Obama, a entériné l’étrange accord avec l’Iran qui autorise de fait, en sourdine, cette dictature anti–israélienne à développer une capacité nucléaire. Inacceptable pour Tel–Aviv.

Les États–Unis ont déjà montré qu’ils n’étaient pas un allié fiable, en lâchant le président égyptien Hosni Moubarak pendant le ”printemps arabe” de 2011, Hillary Clinton étant déjà Secrétaire d’État. De plus, à Washington, les fameux ”lobbies juifs” (Aipac, ADL, etc.) sont en perte d’influence face aux lobbies ethniques – notamment latinos – généralement hostiles à toute cause autre que la leur.

Si Trump est élu, comme il est isolationniste, il pourra laisser tomber Israël. Il est judéo–indifférent. Le fait qu’il se dise l’ « ami d’Israël » est une figure de rhétorique qui ne convainc ni ne rassure les stratèges israéliens. Obama aussi a rabâché cette formule. Dans les deux cas, que Hillary Clinton ou surtout que Donald Trump soient élus à La Maison Blanche, Israël peut perdre son assurance–vie américaine.

Autre chose : la défense d’Israël dépend beaucoup de l’aide militaire américaine, export, finance et transferts technologiques. Mais l’amélioration constante de la technologie israélienne et ses efforts de coopération internationale visent à rendre le pays de plus en plus indépendant des USA.

N’oublions pas non plus qu’en dépit des groupes de pression juifs, les États–Unis n’ont pas toujours été les fidèles amis des Juifs et d’Israël. Pendant la Seconde guerre mondiale, il a fallu l’attaque de Pearl Harbour par les Japonais pour que Roosevelt intervienne, alors que l’ambassadeur des États–Unis à Londres avait longtemps été Joseph Kennedy –père de JFK – antisémite notoire et correspondant de Goebbels. Le sort des Juifs d’Europe pendant la guerre laissait complètement indifférente la diplomatie américaine – comme le Foreign Office britannique. Durant l’intervention armée franco–anglo–israélienne contre Nasser, en 1956, Washington s’est montré menaçant et hostile. Jusqu’à la fin des années 60, c’est la France et non les États–Unis qui a fourni des équipements militaires au jeune État hébreu (avions Mirage notamment) et aidé secrètement à l’élaboration de la bombe nucléaire israélienne à laquelle les Américains étaient parfaitement opposés.

Avec De Gaulle, progressivement, la France a freiné son soutien à Israël ; et Washington a changé d’avis, sous l’influence des lobbies juifs et s’est mis à aider au maximum l’État hébreu, pendant plus de 40 ans. Période faste. Jusqu’à l’élection d’Obama, pas clair, pro–musulman dissimulé, qui a renversé la vapeur. Et aujourd’hui, avec la perte de puissance de ces lobbies juifs (pour des raisons comme toujours démographiques et aussi financières), les USA, tout doucement, lâchent Israël. Sans le dire, mais en le faisant.

La stratégie israélienne de renversement d’alliances

Le gouvernement de Benyamin Netanyahou l’a fort bien compris et a donc décidé de changer en douceur mais radicalement de politique étrangère. Il ne compte plus sur le partenariat stratégique avec Washington, ni évidemment avec une Europe qui est une illisible addition de bras–cassés, mais a décidé (BN a–t-il lu Nicolas Machiavel ?) de jouer sur trois nouveaux partenaires : Russie, Turquie, pétromonarchies sunnites du Golfe. C’est du poker.

Avec la Russie, les choses changent fortement. Du fait du nombre très important de Juifs russes en Israël, où le russe est très répandu, avec médias russophones, Moscou a décidé de jouer la carte israélienne. Et Tel–Aviv de se rapprocher de Poutine. Risqué mais jouable. M. Netanyahou a conclu un accord stratégique avec Moscou au cours de sa visite de juin 2016 au Kremlin, la troisième en dix mois. Avec un volet de coopération technologique militaire. Ce qui a énormément déplu à l’administration américaine qui s’est sentie humiliée. Pour les stratèges israéliens, la meilleure manière d’écarter le danger iranien, dont le régime risque d’avoir à terme l’arme atomique du fait du crypto-musulman Obama, c’est l’alliance russe. Seule la Russie – qui se rapproche de l’Iran– est capable de faire peur à ce pays, et non plus les USA, estiment les Israéliens. Elle s’avère aussi la plus utile dans la lutte contre le djihadisme sunnite.

Le gouvernement israélien a aussi entamé une réconciliation cynique avec la Turquie, avec qui il était brouillé depuis 2010, Erdogan se rapprochant aussi du Kremlin. Jeu de go… C’est l’ ”Orient compliqué”. On a donc une nouvelle entente Russie–Turquie–Israël, avec de forts enjeux économiques – énergétiques. Vis-à–vis des pétromonarchies sunnites du Golfe, la stratégie israélienne est très osée. Tel–Aviv sait que les gouvernements sunnites ont conscience de la supériorité militaire de Tsahal et surtout de ses capacités nucléaires. Les dirigeants israéliens comprennent que la règle générale arabo-musulmane, depuis des siècles, est le double discours et la dissimulation mensongère (la taqiyah du Coran) et que pour un Arabo-musulman, seule compte la ruse et le rapport de forces ; les traités, serments, trêves, paroles données sont réversibles.

Des réunions régulières avec les Saoudiens et les Jordaniens ont lieu à Amman. Duplicité des Saoudiens : ils entretiennent une très bonne relation de façade avec Israël mais diffusent dans tout le monde arabe et au delà l’idéologie wahhabite pour laquelle la destruction d’Israël est une obligation sacrée. Comme, sans le dire ouvertement, l’invasion de l’Europe ”chrétienne”. Mais l’objectif des Israéliens, dans cette partie d’échec, est d’intimider et de neutraliser les dirigeants de ces monarchies, au fond très fragiles.

Les atouts d’Israël

En plus de son armée, une des plus efficaces du monde pour un peuple numériquement restreint, Israël est numéro un mondial des performances économiques, technologiques et scientifiques par rapport à sa démographie. Son pourcentage de diplômés universitaires est le plus élevé de tous les pays. Avec la Californie et l’ensemble Corée du Sud–Japon, Israël, avec une population beaucoup moins nombreuse, produit la plus importante quantité d’innovations en nouvelles technologies. Le plus grand nombre mondial de publications scientifiques par habitant et de taux de brevets déposés provient des Israéliens. Israël comprend la plus forte densité de nouvelles entreprises de start-up au monde par rapport à sa population.

La ”Silicon Wadi”, qui s’étend de Beersheba à Haïfa en passant par Jérusalem et Tel Aviv comprend 5.000 entreprises de nouvelles technologies, générant 12,5% du PIB et près de 50% des exportations. Là ont été inventées les messageries spontanées ICQ, la clé USB, l’application de guidage GPS Waze, etc. diffusées dans le monde entier. Tout cela provoque beaucoup de jalousies parmi les frustrés…

D’autre part un nouvel atout a fait récemment son apparition avec la découverte d’importants gisements pétroliers et gaziers dans les eaux territoriales israéliennes et chypriotes.

La mentalité israélienne, issue de l’esprit sioniste, est fondée, comme l’avait parfaitement vu Thierry Maulnier – qui fut qualifié d’ ”extrême droite”– et auteur de l’essai L’honneur d’être Juif (Robert Laffont, 1970), sur l’ardeur à fonder un nouveau pays dans un contexte hostile, en recréant le royaume juif post mosaïque de l’Ancien Testament. Au départ, le sionisme (Buber, Hertzl, etc.) était socialiste – avec les fermes collectives – et finalement, Israël s’est converti au capitalisme libéral. Les antisémites européens étaient pro–sionistes, ce qu’on oublie, afin de faire partir les Juifs dans leur nouvel État. Les antisémites européens actuels (de moins en moins de droite et de plus en plus de gauche) sont antisionistes et anti–Israël en grande partie par désir de plaire à la ”cause palestinienne” défendue par les envahisseurs arabo–musulmans qui les fascinent et dont ils ont peur.

Les handicaps menaçants d’Israël

Ils sont de deux nature : la question palestinienne n’est toujours pas réglée, parce qu’elle est insoluble ; et elle se double du problème central de la démographie arabo–musulmane au sein de l’État hébreu, une bombe qui peut à terme être mortelle. Même problème qu’en Europe…

La force des Arabo-musulmans (sauf exceptions individuelles) ne réside que dans leur fécondité reproductive (« les ventres de nos femmes », disait l’ancien Chef d’État algérien Houari Boumedienne), l’invasion migratoire et le fanatisme religieux et terroriste, pas dans la technologie, la science ou l’art de la guerre ni évidemment les beaux–arts et la littérature.

Le terrorisme palestinien, de plus en plus à l’arme blanche ou par destination, n’hésitant pas à poignarder des enfants dans leur lit –comme dans la colonie de Kyriat Arba–n’est pas ce qui menace le plus Israël, petit territoire bien contrôlé doté des services antiterroristes les plus performants du monde. La menace majeure, c’est la démographie arabe intérieure, la loi du nombre.

Netanyahou, qui n’est pas un modéré, ne veut pas arrêter la colonisation en Cisjordanie ou à Jérusalem Est, encore moins expulser les colons. Son pari est que les Palestiniens, dégoûtés, finiront par partir et que le temps joue en faveur des Juifs qui, pense–t–il, finiront par récupérer l’intégralité de la Palestine historique, pensée comme appartenant au peuple juif. (1)

Cette vision est vivement combattue par la ”gauche” israélienne, opposée aux colons, qui l’estime suicidaire et qui fait remarquer que les Palestiniens ne partiront pas parce que le temps travaille pour eux à cause de leur natalité plus élevée et de leurs soutiens internationaux, étant présentés comme ”peuple martyr”.

L’hypothèse d’une guerre d’expulsion

Dans cette situation inextricable où se joue le destin d’Israël, aucune solution pacifique n’est envisageable. Tout se résoudra par la force, par une crise majeure. Pourquoi ?

D’abord, parce que l’hypothèse brandie par certains de faire expulser par l’armée les colons juifs de Cisjordanie est irréalisable. Ils sont trop nombreux. Cela ferait exploser l’unité d’Israël. Ensuite parce que les musulmans de Cisjordanie ne partiront pas d’eux-mêmes pacifiquement. En troisième lieu parce que, comme l’expérience le démontre depuis quarante ans, tout accord est impossible entre les autorités palestiniennes et israéliennes, comme entre colons juifs et arabes musulmans de Cisjordanie.

Le projet Rabin à Oslo en 1993 d’intégration politique et commerciale d’Israël à ses voisins, de reconnaissance d’un État palestinien comprenant la bande de Gaza et la Cisjordanie (22% du territoire de la Palestine mandataire) au prix d’échanges de territoires pour rattacher à Israël les plus grosses colonies, projet qui ne manquait pas d’intelligence à l’époque, est aujourd’hui rigoureusement impossible. Les mentalités ont durci et ont évolué. La donne démographique n’est plus la même.

À cela s’ajoute, à l’intérieur même des frontières d’Israël l’accroissement rapide par natalité des Arabo-musulmans, tous favorables à leur ”frères” Palestiniens, de plus en plus remontés, excités et islamisés. Et, comme je l’ai dit ailleurs, ils envisagent de créer une situation invivable où les Juifs israéliens – les élites d’abord – quitteraient en masse Israël. (2) On voit mal, dans ces conditions, comment on pourrait échapper à une guerre – d’expulsion – à l’intérieur du bloc Israël–Cisjordanie.

Car un État hébreu de peuplement judéo-musulman mixte est explosif et impossible à terme, comme partout dans le monde furent, sont et seront impossibles et explosifs à terme des États où une masse de musulmans dépassant un seuil critique cohabite avec d’autres. On commence à en faire l’expérience en France. (3)

De la part des Israéliens, cette hypothèse très probable supposera une énorme détermination, du courage et une résilience à la diabolisation internationale. D’où les précautions prises pour se rapprocher de la Russie, afin d’écarter une réaction violente de l’Iran, et pour se réconcilier avec la Turquie. Et si, dans cette guerre à venir, à mon sens inéluctable, un État, quel qu’il soit, veut intervenir, Tel–Aviv dispose – secret de Polichinelle – de la dissuasion nucléaire.

1. La colonisation de la bande de Gaza a été abandonnée, passée en pertes et profit.

2. Ce qui serait mortel économiquement. Déjà, la main d’œuvre qualifiée disponible est insuffisante et le ministère de l’Industrie s’inquiète d’un déficit de 10.000 employés pour les dix ans à venir.

3. Des films ou des manifestations culturelles sont régulièrement produits associant des Israéliens juifs et des arabo-musulmans, afin de ”donner l’exemple”. Cet optimisme utopique de bons sentiments d’élites intellectuelles minoritaires est déconnecté du réel. Gentil, sympa, larmoyant, idiot.

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