Une page d’histoire sur Israël et la Turquie … en 1914 : Jabotinsky

Une page d’his225px-Zeev_Jabotinskytoire sur Israël et la Turquie … en 1914 :

http://www.europe-israel.org/2011/09/une-page-dhistoire-sur-israel-et-la-turquie-en-1914-le-regard-de-jabotinsky/

Dans l’extrait qu’on lira ci-dessous de son Autobiographie, inédite en français (1), Jabotinsky raconte comment il changea d’avis sur l’attitude que le mouvement sioniste devait adopter envers la Turquie, à une époque où les autres dirigeants sionistes – et Ben Gourion le premier – étaient encore tous favorables à une attitude de loyauté envers la « Sublime Porte ». Jabotinsky (*) fut le premier à comprendre que la libération d’Eretz Israël passait par le démembrement de l’empire ottoman.

P.I.L – « Cette situation fut soudain modifiée en l’espace d’une nuit.
Je me trouvai alors à Bordeaux, je m’y étais rendu pour voir ce que ferait le gouvernement en exil, et c’est là-bas que j’appris la nouvelle que la Turquie s’était alliée à l’Allemagne et à l’Autriche, pour combattre à leurs côtés l’Angleterre, la France et la Russie.
Je dois l’avouer : Jusqu’à ce matin, à Bordeaux comme partout ailleurs, je m’étais considéré comme un simple observateur, sans la moindre raison particulière de souhaiter le triomphe d’un côté et la défaite de l’autre.
Mon unique souhait, à cette époque, était que la paix revienne dès que possible.

La décision turque fit de moi, en l’espace d’une courte matinée, un partisan fanatique de la guerre jusqu’à la victoire ; cette guerre était devenue « ma guerre ».

En 1909, à Constantinople, j’avais été rédacteur en chef de quatre journaux sionistes en même temps (le genre de choses qui ne se produisent que lorsqu’on est jeune) ; les Jeunes Turcs régnaient sur la « Sublime Porte »,

et c’est alors que j’acquis la ferme conviction que, là où les Turcs régnaient, le soleil ne pouvait pas briller ni l’herbe pousser, et que le seul espoir de reconquérir la Palestine résidait dans le démembrement de l’Empire ottoman.

Ce matin-là, à Bordeaux, après avoir lu l’affiche encore humide sur le mur, j’en tirai la seule conclusion possible – et jusqu’à ce jour je ne comprends pas pourquoi tellement de mes amis ont mis autant d’années à parvenir à la même conclusion.

Telles que je les voyais désormais, les choses étaient claires comme du cristal : Le destin des Juifs de Russie, de Pologne et de Galicie était, sans le moindre doute, pour important qu’il soit et envisagé dans une perspective historique, un facteur provisoire par rapport à la révolution dans la vie nationale juive que le démembrement de la Turquie allait entraîner.

Je n’ai jamais douté du fait qu’une fois la Turquie entrée en guerre, elle serait vaincue et taillée en pièces : Là encore, je suis incapable de comprendre comment on pouvait éprouver le moindre doute à ce sujet.
Il ne s’agissait pas de suppositions, mais d’une question de calculs objectifs.

Je suis heureux de pouvoir en faire état ici, ayant été accusé d’avoir parié sur le vainqueur de la guerre à cette époque.
J’ai longtemps été correspondant en Turquie. Je tiens le métier de journaliste en la plus haute estime : Un correspondant consciencieux en sait bien plus sur le pays où il se trouve que n’importe quel ambassadeur – et selon ma propre expérience, souvent plus qu’un professeur autochtone.

Mais dans ce cas particulier, non seulement les professeurs, mais aussi les ambassadeurs étaient avertis de cette vérité évidente concernant la Turquie. Aucun journaliste ne pouvait évidemment prédire, à cette époque, que l’Allemagne subirait la défaite et la reddition sans condition.

Mais je n’ai jamais douté du fait que la Turquie, plus que tout autre pays, devrait payer le prix de cette guerre.

La pierre et le fer peuvent supporter le feu ; une hutte en bois brûlera, et aucun miracle ne pourra la sauver … Photo : Max NORDAU

Je demandai à Nordau son avis sur le programme de bataillon hébraïque, et il me fit une réponse sceptique. * « Pourquoi nous allier à un camp avant même d’avoir obtenu la moindre promesse concernant l’avenir d’Eretz-Israël ?
Et où trouverons-nous des soldats ?
Dans la partie neutre de l’Europe, les communautés juives sont restreintes, l’Amérique est trop éloignée ; et le point principal est la relation sentimentale et absurde des sionistes envers « notre frère Ismaël ».

Il n’existe pourtant aucun savant au monde pour expliquer comment et quand les Ottomans, de race touranienne, étaient devenus membres de la famille d’Ismaël le sémite ; et pourtant cette relation était telle, et Nordau lui-même en avait souffert après son discours au Congrès de Hambourg, en 5670 [1909], dirigé contre les intentions des Jeunes Turcs. » –
« Je me rappelle parfaitement votre discours, – lui dis-je – vous aviez déclaré : « On nous propose d’aller nous assimiler en Turquie ? Das haben wir näher, billiger und besser – nous pouvons trouver cela ici, plus près, moins onéreux et mieux ».

Je venais alors de Constantinople et je vous applaudis, ivre de joie. » –
« Mais combien de disputes j’eus ensuite avec les idiots de mon entourage ! – me répondit-il. » –
« Doktor, – lui dis-je – on ne peut pas conduire notre barque selon les instructions de ces idiots. Non, le Turc n’est pas « notre frère », et même avec le véritable « Ismaël » lui-même, nous n’avons aucune proximité spirituelle.

Nous sommes, grâce à Dieu, des Européens, et nous sommes mêmes les constructeurs de l’Europe depuis deux mille ans.

Je me souviens d’un autre point de vos discours : « Nous allons en Eretz-Israël pour élargir les frontières de l’Europe jusqu’à l’Euphrate ».
Et l’obstacle est la Turquie. A présent, sa dernière heure est venue : allons-nous rester les bras croisés ? »

Le vieux chercheur me fit une réponse riche de contenu et profonde : C’est seulement des années plus tard que je compris toute sa profondeur : –

« Ce sont, mon jeune ami, des paroles logiques : Or, la logique est la sagesse des Grecs, que notre peuple abhorre.
Le Juif n’apprend pas par des raisonnements rationnels : Il apprend par les catastrophes.
Il n’achètera pas un parapluie « simplement » parce que des nuages s’amoncellent à l’horizon : Il attendra d’être trempé et atteint de pneumonie … »

(1) Parution fin 2011 aux éditions les Provinciales. Source : http://vudejerusalem.20minutes-blogs.fr/
(*) JABOTINSKY Vladimir Zeev – (1880 – 1940) (source biographique : http://www.terredisrael.com/Jabotinsky.php)
Né à Odessa en 1880.
Contrairement à tant d’autres, il n’a pas grandi dans une atmosphère juive, traditionnelle mais néanmoins dans l’amour de la langue hébraïque.
Odessa en effet, était alors avec Vilna et Varsovie, un des centres d’épanouissement de la littérature hébraïque moderne.
Et pourtant ses études, il les fit déjà en russe.
En 1898, il est à Rome et l’Italie nouvelle, née des guerres de Garibaldi, fut pour lui une révélation : il lit avec avidité Mazzini, Leopardi, Giusti, d’Annunzio.
Rentré à Odessa, il se signale dans les revues littéraires russes par son talent élégant. Il signe de son pseudonyme « Altalena ».

En 1903, c’est la nouvelle vague de pogromes dont celui de Kishinev. Le jeune Vladimir n’hésite plus, il se lance dans l’action sioniste au grand regret de Maxime Gorki, le grand écrivain russe, qui admirait le talent du jeune homme. II rejoint la rédaction du bulletin sioniste de langue russe Razsviet, et ses articles d’alors sont une révélation en raison de l’éloquence vibrante et le sens polémique qui les animent.

Au 6e Congrès Sioniste, avec Ussishkin et Borokhov, c’est le front des anti-ougandistes : l’Etat juif ne peut se réaliser qu’en Terre d’Israël et non pas dans un territoire d’Afrique.
Son article sur ce sujet est devenu un classique. En 1914-1918, il entrevoit la défaite turque.
Avec Yossef Trumpeldor et Pinhas Rutenberg, il essaie de créer la Légion Juive qui finit par être constituée et où il s’enrôle comme simple soldat, ce qui ne l’empêche pas d’être vite nommé lieutenant.
II se distingue dans la conquête d’Es-Salt en Transjordanie (1917). Il entre néanmoins en conflit avec les autorités militaires britanniques qui veulent démobiliser la légion parce qu’ils la trouvent trop encombrante.
En 1920, il est à la tête de l’auto-défense à Jérusalem, lors des troubles entre Arabes et Juifs.
Les Anglais considèrent que son action outrepasse ce qui est admissible à leurs yeux et ils le condamnent à 15 ans de forteresse à Acco, ce qui soulève l’indignation de tous. Aussi est-il libéré le 8 Juillet de la même année. Il participe alors à la direction sioniste comme allié de Weizmann, mais en 1923, il s’écarte, indigné par le fait que les Britanniques ont cédé, en 1922, la Transjordanie à 1’émir Abdallah Ibn Hussein, le grand père du roi Hussein d’aujourd’hui. II s’insurge contre le fait que la direction sioniste s’est inclinée devant cette décision britannique. Il crée, en 1925, le Parti Révisionniste et entre en lutte ouverte contre le mouvement ouvrier. Depuis lors, c’est une opposition déclarée. Aimant l’apparat nationaliste du genre italien, Jabotinsky est traité de fasciste, et certains de ses adeptes se considèrent comme tels ouvertement, mais il ne faut pas oublier que c’était au temps où le régime fasciste de Mussolini n’avait pas encore opté pour l’antisémitisme.
L’assassinat toujours resté mystérieux du dirigeant sioniste socialiste Haïm Arlozoroff en 1933, que beaucoup considèrent comme un attentat politique révisionniste, crée une atmosphère insoutenable au sein du Mouvement sioniste.

En 1936-1939, ce sont les troubles qui ensanglantent la Palestine britannique. La Hagana résiste et protège, mais Jabotinsky exige « une opposition active et agressive contre les groupes armés arabes ». II crée alors l’Irgoun Tzevai Leoumi (« Organisation Militaire Nationale ») qui se détache entièrement de la Hagana. La guerre de 1939-1945 le prend au dépourvu. Il ne peut plus aller voir les masses juives de Pologne occupée aussitôt par les nazis.
Il voudrait créer une armée juive, mais il meurt subitement à New York en 1940. En 1964, sa dépouille mortelle est amenée d’Amérique à Jérusalem et il est inhumé au Mont Herzl. Contrairement à ce qu’on en a dit, Jabotinsky n’avait envers les Arabes ni haine, ni mépris. Il comprenait avec la plus grande lucidité qu’un sentiment national puisse les animer, mais pensait qu’il fallait les amener à accepter notre présence dans la région comme un fait inéluctable et c’est pourquoi il exigeait le recours à la force. Le parti Hérouth (au sein du Likoud) et ses chefs considèrent Jabotinsky comme leur maître spirituel. Son oeuvre littéraire : Elle s’étend aux langues hébraïque, russe, yiddish, anglaise, française, italienne; articles polémiques, discours et proclamations, poèmes et traductions en hébreu d’Edgar Poe, Verlaine, Dante, traduction de Bialik en russe, romans (Samson, Eux cinq), drames (Vivre à l’étranger, Religion, etc.), autobiographie. De plus, Jabotinsky s’est employé à trouver un système de transcription de l’hébreu en caractères latins. L’image de Jabotinsky qui reste, c’est celle du chef incontesté du sionisme nationaliste intransigeant. On peut accepter sa voie, on peut l’épouser avec enthousiasme, on peut la contester, ce qui reste c’est le titan, artiste jusqu’au bout des ongles, qui a su vivre sa conception du monde sans compromission l’homme d’état sans État et sans mandat pour le créer, le héros malheureux grandiose qui nous a éclairé sur bien des réalitéous concernent auquel même ses adversaires rendent un hommage ému. Source : Voir Israël, vivre Israël, Eliahou Eilon, Département Jeunesse et Hehaloutz, 1984.