L’antisémitisme des Tchetniks

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En lisant  les textes de la Ravna Gora

L’antisémitisme des Tchetniks  

Damjan Pavlica,  e-Novine,   31 août 2012

Četnički antisemitizam

See also: Marko Attila Hoare,  The Chetniks and the Jews

La propagande de la Ravna Gora,  pour décourager les gens  de rejoindre les rangs des Partisans,  soulignait que c’étaient des juifs,  et autres étrangers,  qui les dirigeaient.  Moša Pijade et Tito  étaient les cibles principales du discours anti-juif  de la propagande Tchetnik.  Les rapports,  instructions et proclamations des Tchetniks  appelaient les Partisans  « Mošinovci »,  les séides de Moša Pijade

« Ce sont les juifs qui tirent les ficelles »

Propagande nazie

Pour Adolf Hitler,  l’antisémitisme était le moyen principal de propagation du nazisme. L’Allemagne se présentait comme une barrière contre le « Péril juif»,  contre la « Juiverie mondiale »,  tapie aussi bien derrière le communisme  que les Etats du capitalisme.  L’antisémitisme  était l’élément de liaison majeur  pour tout l’appareil de propagande,   parce qu’il permettait d’associer  le combat nazi contre le communisme à celui contre le capitalisme,  l’effort de guerre nazi contre l’Angleterre  à celui contre l’Union soviétique.  Hitler appelait « juifs » la totalité  de ses adversaires.  La propagande nazie avait introduit le concept de « Juiverie internationale » comme la ténébreuse conspiration où les juifs,  en arrière-plan,  tiraient les ficelles de tous les événements.   A ce règne de la Juiverie Internationale,  la « révolution Européenne »  de Hitler allait mettre un terme ;  les juifs était coupables de tous les maux,  et l’Allemagne voulait en « délivrer » l’humanité.

En 1941,  pendant qu’ils réprimaient l’insurrection en Serbie,  c’est systématiquement  que les Nazis  identifiaient aux juifs les insurgés communistes.  En octobre 1941  Franz Böhme,  général de la Wehrmacht,  mit en place ce qu’il appelait  les « Mesures de rétorsion » :  pour chaque soldat allemand tué,  100 civils  et 50 pour chaque blessé.

Par ordonnance,  Böhme soulignait  que les otages  devaient être prélevés dans les populations suivantes :

« Tous les communistes,  ceux que l’o  soupçonne d’être communistes,  tous les juifs et un certain nombre d’habitants  portés sur le nationalisme et la démocratie. »

A l’issue  de deux mois  de terreur böhmienne  en Serbie  (d’octobre  à décembre 1941),  quelque 30 000 civils avaient été abattus,  dont la quasi-totalité  de la population masculine juive de Serbie :  les Nazis avaient saisi l’occasion des « représailles » contre les résistants en Serbie  pour y « résoudre la question juive » :  relativement à leur éventuelle participation à la résistance serbe,  ils avaient fusillé incomparablement plus d’otages juifs.

Cet écart vis-à-vis de principes,   Harald Turner  la rationalisait  par des raisons pratiques (« on les tient déjà sous la main  dans les camps »)  et par l’intention génocidaire :

« ce sont aussi des citoyens de Serbie,  et il faut qu’ils disparaissent. ».

« Entreprises juives »

La propagande du gouvernement Nedić

La propagande du gouvernement Nedić  avait traduit la propagande du Nazisme  en des termes que les Serbes pussent comprendre.  Pendant l’occupation de la Serbie, l’antisémitisme  est devenu un terme générique qui,  entre autres,  englobait le communisme,  la démocratie,  le libéralisme,  le capitalisme  et autres.  Les Soviétiques et leurs Alliés occidentaux s’y faisaient  régulièrement associer aux juifs  et à leur « conspiration mondiale ».  Les affiches de propagande  représentaient les juifs  comme les rusés Maîtres du monde,  dont Churchill et Staline  étaient les marionnettes.

Dans la mise en œuvre de la politique nazie contre les juifs,  les Collabos serbes étaient très engagés.  Dans ses discours,  le général Milan Nedić  s’en prenait régulièrement à la « racaille judéo-bolchévique »  et la « mafia communiste-maçonnique juive britannique ».

C’est avec zèle et en toute connaissance de cause  que le Gouvernement,  la police et la gendarmerie deMilan Nedić  avaient expressément aidé les Nazis  à exterminer  la population juive de  Serbie  dans le cadre de l’Holocauste.

Les juifs de Serbie  ayant été pratiquement exterminés  dès la première année,  et la Serbie  proclamée en août 1942  « débarrassée des juifs » (judenfrei),  l’antisémitisme  avait encore servi  pour s’en prendre à d’autres adversaires des Allemands.  La propagande nazie effrayait les gens en annonçant que,  en cas de victoire communiste,

« La Juiverie internationale confisquerait aux paysans et aux ouvriers les fruits de leur sueur et de leurs efforts,  pour les contraindre  à les quémander  à leurs maîtres juifs. »

La propagande tchetnik

Le passage des juifs survivants dans les rangs des Partisans  fut largement exploité  par la propagande tchetnik,  pour souligner leur nature d’« étrangers ».  Toujours dans les négociations avec les Allemands novembre 1941 chef tchetniks Mihailović assurait les Allemands que

« ce sont des étrangers qui dirigent les Partisans,  des gens qui ne sont pas Serbes : Yankovitch,  un Bulgare ;  Lindemajer,  un juif ;  Borota,  un Hongrois,  deux musulmans,  dont je ne connais pas le  nom,  le commandant Boganić, un Oustachi »

(autant de personnages inventés,  sauf Borota,  mais celui-ci  n’était pas hongrois).

Et dans les dépêches à ses subordonnés Mihailović disait des Partisans :  « Ce sont les pires criminels,  aux ordres de la Juiverie ».  Ce genre de rhétorique  avait été bien vite repris.

Le 24 février 1942,  le capitaine tchetnik Bogdan Marjanović,  à l’occasion de sa prise de fonctions  comme commandant de la bande de Rogatica,  tient un discours enflammé contre les partisans de la haine contre les « Youpins » (čivuti),  les « Turcs » (musulmans locaux)  et les Croates :

« … les héros que vous êtes  doivent être conscients  du danger dont nous menace  un nouvel ennemi,  à savoir les communistes.  Derrière le slogan mensonger comme quoi ils lutteraient contre l’ennemi,  ils essaient de s’attirer autant d’ignorants que possible parmi nos Serbes de Bosnie,  pour ensuite  nous soumettre  au pouvoir des Youpins  et de ces mêmes féroces Turcs et Croates  qui ont annihilé des centaines de milliers de nos frères  de la manière  la plus sauvage. »

La propagande de la Ravna Gora,  pour décourager les gens de rejoindre les rangs  des Partisanes,  soulignait que leurs dirigeants  étaient des juifs et autres étrangers.  Moša Pijade  et Tito  étaient les cibles les plus fréquentes   de la propagande antijuive des Tchetniks.  Ceux qui avaient suivi  Moša Pijade,  les rapports,  instructions,  et autres depêches tchetniks  en parlaient comme des « mošinovci ».

De même  Jezdimir Dangić, ccommandant tchetnik de Bosnie orientale,  employait un discours,  accusant les partisans d’avoir comme chefs  « le Youpin Moša Pijade,  le Turc Safet Mujić,  le Hongrois Francis Vajnert  et le soi-disant « Petar Ilić »,  dont on ne connaît pas  le vrai nom »,  et d’avoir pour but de détruire le peuple serbe.

Boško Todorović,  commandant tchetnik d’Herzégovine,  dans sa proclamation de 1941,  annonce que les Serbes,  quand ils auraient conquis  leur « liberté dorée »,  allaient créer une Grande Serbie  où « ni les Turcs ni les juifs » ne pourraient redevenir ministres, commissaires,  officiers  ni « camarades ».

« Meurs donc, Peuple russe !  Staline

t’envoie de force  à la mort  pour sauver les juifs »

En janvier 1942,  touchés par cette propagande,  un groupe de combattants désertèrent les rangs  des Partisans pour rejoindre les Tchetniks « parce qu’ils avaient  des juifs  et des Croates dans leur Direction ».

Dans son rapport de juin 1942,  le Voïvode tchetnik Dobroslav Jevđević affirme  que les Brigades prolétariennes  comportaient  de nombreux « Juifs,  Tsiganes et Musulmans ».  Dans une proclamation contre les partisans de juillet 1942,  Jevđević porte des accusations assez bizarres :

« Ils détruisent les églises serbes  pour construire des mosquées,  des synagogues  et des églises catholiques. »

En juillet 1942,  au rassemblement des Tchetniks de Trebinje,  les Partisans furent proclamés  déclarés la plus grande menace pour le peuple serbe  parce qu’ils sont menés par « des  musulmans,  des catholiques  et des juifs. »  A cette même assemblée,  il fut décidé que seuls les Serbes devraient vivre sur les terres serbes.

En Octobre 1942,  Petar Bacović,  successeur des Todorović dans l’est de la Bosnie-Herzégovine,  envoya une proclamation  aux Serbes des unités de partisans,  où il leur expliquait  qu’ils étaient toujours dirigés « par des juifs,  acoquinés  avec la pire canaille  du monde blanc. »

Une brochure tchetnik distribuée aux environs de Sarajevo, à l’automne de 1942 parle des

« communistes,  dont les dirigeants sont juifs  et qui veulent imposer au monde le pouvoir des juifs. »

En décembre 1942,  les Tchetniks distribuaient en Herzégovine orientale  un pamphlet raciste, qui se lisait comme suit :

« Le Commandant suprême des forces communistes dans le pays est un certain Camarade Tito,  dont personne ne connaît le vrai nom,  mais nous savons seulement que c’est un juif de Zagreb.  Son principal collaborateur  est Moša Pijade,  juif de Belgrade ;  Francis Vajner,  Juif de Hongrie ;  Asija Kokuder,  Turc de Bosnie;  Safet Mujije,  Turc de Mostar,  Vlado Šegrt,  un ex-détenu,  et tant d’autres de même acabit.  Leurs noms sont le meilleur témoignage de ce qu’ils sont  et de quelle manière  ils se battent pour notre peuple. »

En vertu de cette logique raciste,  le principal moyen de disqualification des dirigeants partisans était qu’ils étaient « juifs »,  à titre réel ou supposé.  En décembre 1942  Mihailović lui-même,  Chef des Tchetniks,  dans une adresse à ses subordonnés, utilise la présence de juifs  et d’autres nationalités  comme d’un argument-clé à l’encontre des partisans:

« Les unités de Partisans  sont truffées  de voyous  de tout acabit ;  Oustachis  – les pires bouchers du peuple serbe –  juifs,  Croates,  Dalmates,  Bulgares,   Turcs,  Hongrois  et toutes sortes d’autres peuplades du monde. »

Le 10 février 1943,  s’apprêtant à prendre part  à la quatrième offensive de l’ennemi, la Bataille de la Neretva,  les commandants tchetniks  de diverses provinces  publièrent une déclaration commune,  « au peuple de Bosnie,  Lika  et Dalmatie» où ils déclaraient :

« Après avoir nettoyé la Serbie,  le Monténégro  et-l’Herzégovine,  nous sommes venus à votre aide  pour que nous écrasions  les misérables restes  de la bande  communiste internationale  des criminels Tito,  Moša Pijade,  Levi Vajnert  et autres juifs stipendiés. »

Ils y invitaient  les partisans égarés à

« exterminer  leurs commissaires politiques  et immédiatement rejoindre les forces tchetniks,  comme des centaines et des centaines  d’autres qui se sont rendus compte qu’ils se faisaient doubler  et mener en bateau  par des juifs communistes. »

Proclamation signée des chefs tchetniks Ilija Mihić,  Momčilo Đujić,  Petar Bacović  et Radovan Ivanišević.

« Les armées de libération  de la Nouvelle Europe

détruiront bientôt le terrorisme  des juifs soviétiques »

L’antisémitisme des Tchetniks  s’inscrivait  dans la ligne de la propagande du gouvernement Nedić,  lequel,  à son tour,  s’inscrivait dans la propagande des Nazis en général.

En Yougoslavie,  les attaques contre les juifs  en plein Holocauste,  est un exemple classique d’identification à l’agresseur.

A mesure que s’approfondissait la collaboration des Tchetniks avec les fascistes,  leur attitude envers les juifs empirait.

L’Encyclopedia of the Holocaust (p. 289)  enregistre des cas où des Tchetniks,  assimilant des juifs  avec les communistes,  les ont abattus  ou livrés aux Allemands.

Les véritables rapports  au sein du mouvement tchetnik  étaient complètement  différents de leurs rapports  avec l’extérieur.

À la mi-1944,  la défaite  de l’Allemagne étant en vue,  les Tchetniks créèrent un Comité juif spécial,  formé de quatre juifs :  l’un originaire de Tchécoslovaquie,  un autre de Hongrie,  un troisième de Roumanie  et un quatrième de Yougoslavie.

Et en juin 1944,  ces quatre « juifs de Mihailović » publièrent une déclaration:

« Tous les juifs expriment  une nouvelle fois  leur gratitude envers le  général Draža Mihailović  et les officiers sous ses ordres,  qui ont toujours été  très généreux envers nos concitoyens  qui fuient la terreur nazie,  et qui,  malgré toutes les pertes subies,  ont sauvé des juifs de la main des Allemands. »

Les juifs chez les Partisans

Les Partisans yougoslaves combattaient  la propagation de la folie chauvine  par les occupants.  Ils rejetaient la logique nazie,  acceptant dans leurs rangs les rescapés juifs de Yougoslavie.

C’est ainsi qu’un nombre substantiel de juifs  quelque 2 897,   ont rejoint l’Armée de libération nationale de Yougoslavie.  29%,  soit 720 combattants,  ont été tués à l’occasion des combats  contre les forces fascistes.  Un certain nombre de juifs  ont occupé des postes élevés  au sein du mouvement anti-fasciste,   Moša Pijade  étant membre du Comité Central du Parti Communiste de Yougoslavie et du Quartier Général de l’Armée Populaire de Libération et Détachements de Partisans de Yougoslavie.  Une dizaine de partisans juifs ont été proclamés  héros nationaux de Yougoslavie.

Quant à la population civile,  elle a souffert de lourdes pertes.  Du fait de l’assistance  apportée par les divers collabos,  quelque 80% des  juifs yougoslaves,  soit environ 60 000 personnes,  ne purent pas survivre à l’holocauste nazi.

https://docs.google.com/document/d/1ClCu35WeEWAuRKlnIC25eRxyxiXKR5HWB5puvtnq77w/edit