Source : LE DANGEREUX CONSENSUS D’ISRAËL – Regard d’un Ecrivain sur le Monde

99% des agents du Mossad et du Shin Bet sont gauchistes ?

Caroline Glick

Adaptation

Thérèse Zrihen-Dvir

Récemment, j’eus une conversation fortuite avec un ancien chef de la Direction des opérations du Mossad. L’ancien maître espion que je n’ai jamais rencontré auparavant, savait que je suis journaliste. Il connaissait aussi mes opinions politiques. Ciblant par ses remarques une de mes connaissances, il déclara que 99% des agents du Mossad et du Shin Bet sont gauchistes. Il ajouta triomphalement ensuite que, selon un ancien commandant de l’armée de l’air, 99% des pilotes de la force aérienne sont similairement gauchistes.

J’ai, de prime abord, rejeté ses commentaire, les qualifiant d’odieux venant d’un fanfaron qui sentait le besoin d’irriter un groupe de la droite politique.

Mais compte tenu de la source, il m’était impossible de simplement balayer ses propos. Et pour être clair, la perspective semble bien plus inquiétante que les services de la sécurité d’Israël soient uniformément gauchistes, ainsi que la notion qu’il y ait une uniformité intellectuelle ou idéologique de toute nature dans les rangs de notre communauté de la Défense.

Mais, au cours de ces récentes années, le bilan de notre défense nous permet d’entrevoir qu’il y a de bonnes raisons de croire qu’il existe plus d’un grain de sel dans la fanfaronnade du chef espion. Considérez le traitement de Gaza par Israël.

Selon un certain nombre d’officiers supérieurs, à la fin de l’opération Bordure protectrice en 2014, les commandants supérieurs de l’armée israélienne avaient été convoqués à Tel-Aviv pour déterminer la manière de gérer le régime du Hamas à l’avenir. Au cours de l’opération Bordure Protectrice, Israël avait pris connaissance de certains éléments concernant le Hamas, évaluant l’équilibre stratégique des forces entre Israël et le Hamas, et le Hamas dans la région et dans le monde.

Sur le terrain, Israël a appris que le Hamas avait créé ses infrastructures offensives sur des assises civiles. Le Hamas a placé ses missiles, ses centres de communication et son commandement opérationnel à l’intérieur des bâtiments civils, dont des résidences privées, des hôpitaux, des cliniques, des écoles, des mosquées et les bureaux de l’UNWRA.

En ce qui concerne l’équilibre stratégique et les ressources des deux côtés, en fait, pendant la guerre, le Hamas jouissait de facto, du soutien de l’Administration d’Obama. Tout au long de la guerre, l’Administration fit pression sur Israël pour accepter les conditions de cessez-le-feu du Hamas telles qu’elles furent dictées par le Qatar et la Turquie.

D’autre part, Israël avait eut la possibilité d’éviter de se plier aux demandes pro-Hamas des USA, car tout au long du conflit, Israël avait apprécié le soutien ouvert de l’Égypte, de l’Arabie Saoudite et des Émirats Arabes-Unis.

En d’autres termes, pendant la guerre, Israël avait découvert que la stratégie militaire du Hamas se basait entièrement sur une alliance implicite avec l’Occident, lequel avait effrontément attaqué Israël pour avoir ciblé l’infrastructure militaire du Hamas, qui, rappelons-le encore une fois, était positionnée dans des structures civiles.

On aurait pu assumer que les commandants supérieurs de Tsahal auraient basé leurs délibérations d’après-guerre sur ces leçons. Mais selon le cadre supérieur Tsahal, cela n’a pas été le cas. Au début de cette réunion d’après-guerre, les commandants de Tsahal avaient été informés que la meilleure option d’Israël serait d’aider à la reconstruction de Gaza – qui est, la reconstruction de la machine militaire du Hamas fondée sur les civils. La discussion porta ensuite sur la question de la meilleure façon d’atteindre cet objectif. La notion selon laquelle Israël est mieux nanti quand les Gazaouis ne vivent pas dans les rues est certainement légitime. Peut-être qu’un examen minutieux préalable de cette alternative aurait été bénéfique. Il n’y eut aucun. Mais rétrospectivement, il est évident que cela aurait dû être accompli.

En accord avec la décision de soutenir la reconstruction de Gaza, selon le ministère des Affaires étrangères, au cours des dix-huit mois derniers, Israël a permis l’import de 3,4 millions de tonnes de matériaux de construction à Gaza. Et pourtant, selon un récent rapport de l’ONU, 74% des bâtiments civils détruits durant l’opération Bordure de protection n’ont pas été reconstruits. Entre-temps, le Hamas a reconstitué ses réserves de missiles et reconstruit son infrastructure militaire, dont ses tunnels souterrains qui traversent la frontière israélienne pour perpétrer des attaques.

Les gazaouis continuent de souffrir, et les sons de forage souterrains le long de la frontière israélienne avec Gaza, indiquent qu’au minimum, la détermination immédiate d’après-guerre du service de sécurité qu’Israël devrait permettre l’écoulement des matériaux de construction à Gaza, était un quelque peu hâtive.

Il y eut ensuite, l’Iran.

Le programme nucléaire illicite iranien a été exposé en 2003. À l’époque, Israël était sensé de suivre l’exemple des États-Unis afin de bloquer les ambitions nucléaires iraniennes. Mais alors, les trébuchements des américains en Irak ont clairement signalé déjà au début de 2004, que l’administration Bush ne serait pas en mesure de bloquer le chemin de l’Iran vers la bombe.

Ces premiers soupçons devinrent une certitude suite à la publication de l’édition de 2007 de l’intelligence américaine et son évaluation. Le magazine NIE faisait la revendication douteuse que l’Iran avait abandonné son programme nucléaire militaire en 2003. En dépit du fait que cette revendication avait été démentie par le rapport lui-même, à la lumière de la faiblesse politique de Bush à la fin de son second mandat, le magazine assumait que pour Bush il serait politiquement impossible d’ordonner une frappe militaire contre les installations nucléaires iraniennes. Cela a également permis au président Barack Obama d’initier sa politique pro-iranienne au Moyen-Orient, un an plus tard.

Quant à Obama, en dépit de son slogan «toutes les options restent sur la table » pour faire face au programme nucléaire iranien, toute idée qu’il pourrait être sérieux devenait absurde après avoir dérapé au cours de la Révolution verte de 2009 en s’alignant avec le régime et sa falsification des résultats des élections présidentielles.

Rien de tout ce manège n’a réussit à impressionner le laiton de sécurité. Dirigés par le Mossad, pendant plus d’une décennie, nos commandants supérieurs n’ont cessé d’insister qu’Israël peut faire confiance aux États-Unis au sujet de l’Iran.

La Russie annonça la semaine dernière qu’elle vendra des jets de combats Sukhoi Su-30 à l’Iran. Selon l’ancien haut responsable du Pentagone Stephen O’Bryen, la vente fera pencher l’équilibre stratégique dans le golfe Persique en faveur de l’Iran et par le temps, octroiera à l’Iran « une réponse à la puissance aérienne d’Israël ». L’acquisition par l’Iran des Su-30 n’est qu’une portion d’une panoplie d’armes que le régime a commandé des fournisseurs depuis que les sanctions ont été annulées le mois dernier. Ces achats, en addition aux projets iraniens nucléaires signifient que la montée de l’Iran à la position d’hégémonie régionale est sans entraves. Cela nous ramène aux options d’Israël, d’aller à l’avant. L’étonnant est qu’il semble qu’Israël continue à capter ses signaux sur l’Iran des Américains.

Après tout, au moins en surface, le service de la sécurité d’Israël et nos dirigeants politiques semblent être plus préoccupés aujourd’hui de conclure avec les USA un supplément d’aide militaire, conséquence à l’accord nucléaire d’Obama avec l’Iran, que toute autre chose. Se pourrait-il qu’une nouvelle évaluation soit en souffrance ?

Si l’autonomisation de l’Iran est maintenant plus ou moins un fait accompli, alors la nature du régime devient une centrale variable qu’il est encore possible de changer.

En 2009 durant les années qui avaient précédé la révolution verte en Iran, un petit groupe d’anciens officiers du Mossad avaient joint ses forces avec celles d’un petit groupe d’experts irano-américains pour solliciter le gouvernement – et en premier lieu le Mossad – de soutenir l’opposition iranienne dans sa tentative de renverser le régime. Ces appels ont été intensifiés pendant les mois de la révolution verte en 2009 et début 2010.

Ces experts ont fait valoir que tout ce qu’Israël avait besoin de faire était de fournir des communications sécurisées à l’opposition iranienne et permettre à ses membres de s’organiser efficacement et de diffuser ses messages au public iranien à travers des serveurs de radio, télévision et Internet se trouvant à l’étranger. « Armer les nombreux groupes de mécontents iraniens, dont les Azeras, Baloutches, Kurdes, Arabes d’Ahwaz, les syndicats et les femmes, n’était guère nécessaire », disaient-ils, (bien qu’utile). Ils ont fait valoir en outre que du point de vue d’Israël, aider l’opposition serait logique, même si l’opposition échoue à renverser le régime. Après tout, plus le régime se verrait contraint de consacrer son temps à repousser les défis de maison, moins il aurait de temps à mener ses campagnes terroristes contre Israël directement et par l’intermédiaire de ses agents.

Ces appels ont été rejetés d’emblée par les services de sécurité. Nos services de renseignement en particulier avaient insisté sur le fait qu’Israël pouvait faire confiance à Washington de traiter adéquatement avec l’Iran. En outre, ils maintenaient, qu’Israël n’avait vraiment pas de gain dans la lutte pour le pouvoir en Iran. Tout cela en dépit du fait qu’Israël est étonnamment populaire parmi les citoyens iraniens, plus d’un million d’entre eux écoutent régulièrement la radio, la voix d’Israël en langue perse.

Six ans plus tard, il ne fait aucun doute que les opposants au régime sont plus faibles qu’ils ne l’étaient à la veille de la Révolution verte. Mais, aujourd’hui encore, suite à l’accord sur le nucléaire, ils sont loin d’avoir perdu leur force. Le régime continue à craindre le peuple iranien – qui continue à le détester – beaucoup plus qu’il craigne toute autre chose. Ceci est la raison pour laquelle le régime a rejeté 90% des candidats aux élections nationales, plus tard, ce mois. C’est la raison pour laquelle le régime a interdit toute référence directe ou indirecte à la Saint Valentin cette semaine. Et c’est aussi la raison pour laquelle les arrestations et les exécutions d’ordre politique ont augmenté massivement depuis que le soi-disant président réformiste Hassan Rouhani est au pouvoir depuis 2013. L’armée israélienne s’ouvre à des vues peu orthodoxes, qui se manifestent dans un incident apparemment sans rapport cette semaine.

Le dimanche dernier, le Channel 2 diffusait des images du chef rabbinique de Tsahal, brigadier-général, Rafi Peretz dansant lors d’un mariage avec un rabbin identifié avec l’extrême droite. S’ensuivit un rapport, qui culmina en la convocation de Rabbi Perets pour des clarifications chez le M-gén. Hagai Topolanski au bureau d’OCManpower, révélait le porte-parole de Tsahal.

La réaction de l’IDF est alarmante surtout pour le message qu’il dépêche au corps des officiers et à la communauté de la sécurité dans son ensemble. Ce message est qu’il est inacceptable pour des officiers d’avoir des échanges – sans omettre des échanges intellectuels – avec des personnes qui s’alignent au-delà d’un spectre de vues étroit. Cela est assez mauvais pour le message social élitiste qu’il envoie. Mais compte tenu de la menace environnante d’Israël, il est dangereux de permettre des échanges étroits sociaux et intellectuels.

Aujourd’hui, Israël est confronté à des défis de sécurité complexes, multiformes qui existent et se développent dans un environnement diplomatique tout aussi complexe, à multiples facettes. Pour développer les moyens de faire face ç ces défis, nos services de sécurité ont besoin de cultiver un climat de pensée libre permissive et intellectuel au sein de nos commandants qui titre la libre pensée et promeut les libres penseurs.

Peut-être que le commandant du Mossad retraité était seulement un vantard. Peut-être qu’il a donné un compte-rendu précis du climat intellectuel au sein des échelons supérieurs des services de la sécurité nationale d’Israël. Selon toute vraisemblance, la vérité se situe quelque part au milieu.

Mais ce qui est assez clair est que le temps est venu d’aérer les rangs de nos services de la défense nationale. Nos commandants supérieurs doivent réévaluer leurs plans pour l’avenir afin de développer des hypothèses opérationnelles, fondées sur un large éventail d’idées.