Source : Guérir (de) l’antisémitisme ? Catherine Stora – Danilette’s

 

Guérir (de) l’antisémitisme ? Catherine Stora

Publié le 22 octobre 2015

Réflexions sur un possible traitement psychanalytique de la haine anti-juive et conjointement, de la haine de soi comme Juif

A la mémoire du professeur Raphaël Draï
Ce texte a été écrit en 2013 suite à une suggestion de sa part. Raphaël Draï m’avait fait le très grand honneur de vouloir le publier dans la rubrique Champs Libres de son blog. Puisse t-il reposer en paix.

L’antisémitisme est-il une maladie ?
Pinsker, médecin et théoricien du sionisme, le pensait. Il écrivait, en 1894 dans son ouvrage
« Auto-Emancipation« , que « l’antisémitisme est une psychose qui, au cours des deux mille ans de l’exil, s’est transformée en maladie incurable contractée par tous les peuples. »
Tous les peuples…Y compris, donc, le peuple juif !

Curieusement, ou peut-être, justement, être juif ne semble pas immuniser contre le venin de la haine
anti-juive: les plus virulents malades anti-juifs s’appellent aujourd’hui Michel Warchawski, Shlomo Sand, Richard Falk (à ne pas confondre avec Peter, le sympathique acteur incarnant à l’écran le non moins sympathique inspecteur Colombo) Charles Enderlin….Antisionistes, les Richard Goldstone, Judith Butler, Noam Chomsky… Zehava Galon du parti israélien Méretz.
Que peut la psychanalyse pour nous aider à déchiffrer pareil mystère, une fille de déportés juifs, Liliane Cordova Kaczerginski, se livrant par BDS interposé à la détestation méthodique d’Israël ?
Il y a quatre-vingts ans, le 21 août 1933, s’ouvrait le Congrès sioniste de Prague. A Marienbad, quelques jours plus tard, le 30 août de la même année, Théodore Lessing était assassiné par les nazis.

C’est à cet homme que nous devons l’ouvrage remarquable intitulé « La haine de soi, le refus d’être juif« , paru en 1930.  En plus d’une étude de six « cas » de Juifs atteints de haine anti-juive, tous talentueux (des artistes, des écrivains, des poètes et des intellectuels, des scientifiques) l’auteur analyse les différentes formes de refus de cette « identité sans doute trop lourde à porter », et son rejet : ils finissent en général par se suicider. Lessing nous donne quelques pistes, traitant par exemple en tête de son livre des puissants moteurs que sont la culpabilité et cette « tendance profondément enfouie, à interpréter le malheur qui nous frappe comme l’expiation d’une faute commise » (p47, éditions Pocket, 2011) c’est à dire la tendance à se dire que puisqu’elle nous arrive, c’est que la punition était méritée. Que l’on songe par exemple à la très célèbre expression : qu’est ce que j’ai fait au Ciel pour mériter ça ?

« Mais concevoir ses malheurs comme une punition, c’est déjà poser les jalons du phénomène de la haine de soi-même » (ibid) Tendance à se croire mauvais, voire, maudit. Intériorisation, projection sur autrui, exagération, caricature, aliénation sont les catégories auxquelles Lessing recourt pour cerner cette haine antisémite, et par contrecoup, celle du Juif en proie lui-même à la haine anti-juive, cette Selbsthasse qui est la tendance du Juif à se mépriser, à se haïr lui-même.

La lecture de Lessing est passionnante, et d’une stupéfiante actualité, à l’heure où les vieux démons de l’Europe au passé criminel semblent se réveiller, comme décuplés après une sorte de période de latence, un répit qui n’était que provisoire, dû à la « stupéfaction » de l’après Shoah.
Une période de latence qui aura duré près de soixante-dix ans. Pas plus : l’Europe semble en proie depuis le début du troisième millénaire  à une flambée de fièvre antisémite, et la voilà reprise par ses anciennes obsessions et ses vieilles haines. Et aujourd’hui, elle délire…

Force est de constater que nous assistons bel et bien au « retour du refoulé « : gare à la casse…
Dans un article récent (1) intitulé Le mal anti-juif et l’avenir des démocraties, Raphaël Draï reprend, entre autres, l’idée de Pinsker, qui écrivait en 1894 que l’antisémitisme est une psychose : préférant l’expression « mal anti-juif » à celui d’antisémitisme, Draï décrit ce mal comme « une pathologie, un symptôme morbide qui se manifeste par un besoin pulsionnel de nuire aux Juifs, en les insultant ou les assassinant, que ce soit pour ce qu’ils sont ou pour ce qu’on imagine qu’ils sont ». (fantasme, projection, passage à l’acte)

Cette pathologie, nous dit-il, résiste à toute argumentation rationnelle. Sans doute faut-il renoncer alors, estime-t-il, à ces tentatives rationnelles, à la méthode aussi bien répressive que discursive, qui prétendent combattre l’antisémitisme et semble faire de plus en plus la preuve de leur échec, et songer à d’autres moyens, qui soient à la mesure de ce mal généralisé ?  

Car les termes employés par Raphaël Draï proviennent du vocabulaire psychanalytique : ce n’est évidemment pas un hasard. Ce problème de santé publique n’est-il pas des plus préoccupants?  Il semble qu’il demande à être pris en charge,  de façon urgente, et pour commencer, à être éclairé à la lumière qu’offrent les outils de la psychanalyse.

Cependant en ce qui concerne le remplacement d’antisémitisme par mal anti-juif, que Draï préconise pour plus de clarté et éviter les confusions puisque  « sémite » désignerait à la fois Juifs et arabes (2), il  nous semble au contraire que l’argument ne tient pas, car tout le monde sait très bien que l’antisémite hait le Juif, seulement lui, et donc ce vocable, il faut le garder, estimons-nous, surtout depuis que ceux qui se soucient de la réputation des musulmans et de l’islam ont forgé le redoutable concept d’islamophobie. (3)

Ce dernier terme sert maintenant à déplorer, en langage codé, la recrudescence d’actes anti-juifs, comme si l’on sautait une étape, en quelque sorte, en mettant comme entre parenthèses l’acte anti-juif et l’origine musulmane d’un certain antisémitisme, s’empressant de dénoncer, par avance et par une contraction étrange, la simple énonciation d’un égorgement de Juif comme islamophobe.  Il y a là quelque chose qui est de l’ordre de l’évitement. Naguère, il y a quoi, dix ans, « agression anti-juive » se disait, dans le même langage codé du journalistiquement correct, « tensions inter-communautaires »: les torts étaient d’avance partagés, un peu comme quand des « intellectuels » de la gauche israélienne se permettent de renvoyer dos à dos terroristes et soldats de Tsahal, faisant mine de ne percevoir aucune différence entre attentat aveugle visant sciemment des civils, dans des bus, des écoles, ou une rue du centre de Jérusalem, et actions  défensives de l’armée. Mais cela est un autre débat.

On  lit souvent, d’autre part, que ce vieil antisémitisme, donc, constant, universel, « vieux comme le monde », civilisationnel, et qui imprégnait l’esprit français naguère, comme répandu dans toutes les couches de la population, y compris chez Voltaire (ce qui est évident pour qui a lu ne serait-ce qu’un de ses fameux pamphlets anti-juifs) mais aussi chez Baudelaire, voire, dans l’œuvre du grand Hugo lui-même, comme Raphaël Draï le fait remarquer, l’antisémitisme, disions-nous, aurait disparu au profit de l’antisionisme. Quelle erreur ! (4)

N’est-il pas toujours là, aussi virulent que jadis, aussi malfaisant ? Pour preuve les innombrables dérapages et lapsus en tous genres, dont la recension fastidieuse allongerait considérablement et inutilement notre propos. Nous sommes certainement fort nombreux à nous souvenir de certain jeu de mot formé sur le patronyme de monsieur Durafour, et du malencontreux et révélateur « Français innocents » de Raymond Barre, quelques années plus tard, lors de l’attentat de la rue des Rosiers.

L’antisémitisme n’a pas disparu : c’est le terreau sur lequel a poussé l’antisionisme, c’est à dire la tendance à haïr le Juif en tant que citoyen de seconde zone,  toujours automatiquement soupçonné de sympathie naturelle pour Israël. (5)

Mais tandis que l’antisémitisme donne lieu à un refoulement, et s’exprime par sous-entendus, jeux de mots, lapsus, toutes marques de la censure, du refoulement, l’antisionisme, lui, est tout à fait décomplexé, comme désinhibé. Fier de lui. Il présente bien, il se soucie d’une cause humanitaire, il affirme au grand jour son attachement au bien être et à la sécurité de la victime par excellence: la « victime du Juif », c’est à dire l’arabe « palestinien ».

Être antisioniste ce n’est pas être antisémite, répètent ces gens avec insistance, c’est avoir des opinions politiques. Il n’est pas interdit d’avoir des opinions politiques, si ?

Quelle différence, au vrai ?
Antisémitisme et antisionisme ne sont-elles pas deux maladies mentales, l’une officiellement proscrite, l’autre socialement valorisée au contraire ? Deux faces d’un même Janus,  deux pathologies voisines, comme il devient de plus en plus urgent de l’établir tout en trouvant de trouver de quoi se prémunir contre le danger qu’elles font courir aux Juifs, aux pays démocratiques et au monde entier; par leurs effets dévastateurs dont nul ne peut prédire l’ampleur. Ainsi, ce ne sont pas de diplomates, dont nous avons besoin assurément pour analyser les causes et les symptômes, prendre les mesures du conflit qui nous oppose aux arabes qui se prétendent « palestiniens » et à ceux qui les soutiennent, (monde arabe, ONU, Droit-de-l’Hommistes, Europe, Juifs de Jcall, de l’Union Française Juive pour la Paix, antisionistes de tout poil, pro-palestiniens de tous les pays, unis fraternellement dans la haine du Juif, qu’il soit américain, français ou hélas israélien ) mais de psychiatres !

Propalestinisme, ou palestinite aiguë ?
Le problème qui se pose d’emblée est que ces malades ne consultent pas. Au contraire, bien des gens atteints de ce trouble psychique, loin de se considérer comme malades, revendiquent, protestent, prennent parti… Et non contents d’être antisémites, ils le font savoir, s’expriment dans les médias, accessoirement dirigent certains médias, par exemple et tout à fait au hasard, France-Télévisions. Certains journaux par exemple et toujours au hasard le journal « Le Monde » naguère journal de référence français, aujourd’hui atteint lui aussi de palestinite aigue et devenu instrument de propagande, organe au service  des opinions antisionistes. S’inscrivent au parti antisioniste, ça tombe bien, il y en a un, certains faisant de leur antisionisme la matière de « spectacles » n’en ayant que le nom. Organisent des descentes dans les centres commerciaux pour haranguer les clients et les sommer de ne pas acheter les produits d’Israël, au besoin en les saccageant, descentes qu’ils appellent « actions militantes » dédiées au droit inaliénable du Pauvre Palestinien Occupé.

A ce point de notre analyse, nous ne saurions faire l’économie d’un détour par cette ingénieuse campagne de communication lancée dans les années 70, campagne qui aboutit à cette incroyable opération de marketing, nous vendre à tous cette histoire de Peuple Palestinien. A vrai dire, ce n’était au départ qu’une fable destinée à faire pleurer dans les chaumières antisémites, une affabulation, certes audacieuse, mais qui marcha bien et connut immédiatement un grand succès.

Les gens achetèrent. C’est que le concept du Pauvre-Palestinien-Opprimé-Par-Les-méchants-Israéliens-Qui-Lui-Ont-Volé- Sa-Terre était un coup de génie.

Cette nouvelle chanson connut finalement un tel succès qu’en une décennie, tout le monde la connaissait, et l’adorait. Il fallait la savoir, la répéter, l’apprendre par cœur et l’apprendre aux autres, pour enfin la chanter tous en chœur et par millions, hymne international, refrain emblématique de tous les opprimés, les damnés de la terre, tous les ardents défenseurs de la cause des causes, la Cause Palestinienne.

De nos jours, 45 ans plus tard, la chanson est devenue un hit planétaire en s’enrichissant notablement de quelques couplets, » Gaza camp de concentration à ciel ouvert/ Israël nazi/ pays d’Apartheid/ guerre d’extermination contre les Palestiniens /Génocide d’un Peuple sans oublier l’impayable « judaïsation de Jérusalem… »

Son refrain aussi a insensiblement changé, on chante à présent le-Pauvre-Peuple- Palestinien-Opprimé-Dépossédé-De-Sa-Terre-Par-Les-Méchants-Sionistes-Qui-Lui- Font- Subir-Ce-Qu’ils-Ont-Eux-Mêmes-Subi, Si-C’est-Pas-Malheureux-Si-C’est-Pas-Une-Honte.

Comble de la perversion, renverser les termes mot à mot, accuser l’autre d’inverser les rôles, et oser le slogan « Les victimes d’hier sont les bourreaux d’aujourd’hui ». Brandir fièrement une pancarte sur laquelle un signe égal relie une étoile de David et la svastika des nazis avec l’air réjoui et confiant du bon élève levant son ardoise pendant une interro de calcul mental en classe…

Décomplexante, libératrice, extraordinairement fédératrice, la chanson de jadis est donc devenue un classique, un « tube » au succès planétaire: nouvelle Internationale, l’hymne antisioniste désigne le coupable, c’est le Juif, qui l’eut crû, le Juif, l’Israélien, le Juif de toute façon ! Le coupable est également désigné comme l’Axe Américano-sioniste, ca fait plus chic, mais ce signifiant vise le même signifié.  

Psychose planétaire
Les dimensions de cette maladie de l’âme qu’est l’antisémitisme ou mal anti-juif, dont a fini par souffrir le Juif lui-même au bout de 2000 ans de persécutions  (au bas mot) sont impressionnantes. Son ampleur, surtout. Les antisionistes se comptent maintenant par millions (par milliards?) et sur les cinq continents. Nous n’en sommes plus au stade de l’épidémie de palestinisme ou palestinite aiguë, mais à celui de la pandémie. Faudra t-il permettre à l’humanité souffrante de s’allonger sur un divan de psychanalyste ou bien l’admettre en soins palliatifs ? Un vaccin ? Mais qui le mettra au point ?

Condamner le malade ?
Pinsker était pessimiste et jugeait la psychose développée par le genre humain dans son ensemble « inguérissable »: faut-il à sa suite condamner le malade?

Psychose de masse, déclenchée au vrai par un matraquage de masse et que sa dangereuse absorption par la sphère humanitaire aggrave, l’antisémitisme est toujours là. L’antisémite aussi. Simplement, il a muté. Il se déguise, se pare  comme à volonté de nouveaux habits, plus présentables, ceux de l’antisémite de base, mais relookés façon humanitaire. Il présente bien. Tout se passe comme si « humanitaire » était devenu synonyme de « pro-palestinien », l’humanitaire ne réservant sa capacité d’empathie et ses élans compassionnels qu’au seul peuple palestinien opprimé. Car s’affirmer antisioniste signifie que dans le conflit qui oppose les Juifs aux Palestiniens, on a choisi le camp palestinien. Si l’on peut parler de camp palestinien sans paraître faire du mauvais esprit. On a choisi, on se voue et on se dévoue à une noble cause. Celle qui défend la veuve et l’orphelin, forcement palestiniens. Il n’y a ni veuves ni orphelins en Israël, tous les Israéliens vous le diront.

Qu’est-ce qu’en effet que le palestinisme ? C’est la version moralement acceptable du vieil antisémitisme « définitivement (?) discrédité par les nazis ». S’affirmer antisioniste, c’est déclarer n’avoir rien contre l’État des Juifs mais désirer, œuvrer, si possible, cependant et en toute bonne conscience, à sa destruction, qu’elle soit rapide ou progressive, opérée par étapes, comme dans la vision à peine dissimulée du chef de guerre et négationniste Abou Mazen, qui se fait appeler Mahmoud Abbas quand il est le Président de l’Autorité Palestinienne, rien que le nom m’amuse, comme disait Coluche, même s’il a depuis longtemps dépassé son mandat et « préside » de manière totalement illégale… ou en une seule fois, comme dans la « vision » (le rêve ? Le rêve compensatoire?) des mollahs.

Que le président en question évite la négociation, si tant est qu’il y ait quoi que ce soit à négocier, d’ailleurs et contourne les accords précédents en allant réclamer une reconnaissance à l’ONU pour obtenir ce qu’il ne parvient pas à obtenir d’Israël, (à savoir un État dont la caractéristique et la condition sine qua non sera d’être judenrein, ainsi que le retour de 5 à 9 millions de « réfugiés palestiniens »), piétinant en passant les Accords d’Oslo ne semble choquer personne dans les rangs des fervents antisionistes férus de Droit international. L’incohérence de la position défendue par ces champions de la compassion sélective ne semble pas les gêner outre mesure. Ils ne voient, curieusement, aucune contradiction à appeler à la haine de l’État des Juifs et de leurs vœux, à sa mise au ban, en attendant sa destruction, tout en niant simultanément être antisémites.

C’est que ces gens sont dans le déni. Perversion et sadisme semblent être deux caractéristiques de leurs motivations, leur antisémitisme refoulé n’en étant devenu que plus virulent.  Peut-on risquer l’hypothèse que la maladie de l’antisémite serait de l’ordre d’une névrose puisque le malade en est partiellement conscient et qu’il s’oblige la plupart du temps à se censurer, tandis que le trouble de l’individu atteint d’antisionisme, ne lui faisant éprouver ni culpabilité ni doute sur l’excellence de ses motivations, s’apparenterait, lui, à une psychose ?

S’il y a psychose de masse, il ne suffit pas de dénoncer le fait, se bercer de sa prose et de ses conférences. Ne faudrait-il pas passer à l’acte, nous aussi, cette fois le passage à l’acte devant être compris dans son sens positif, en cessant de rester dans la contemplation du désastre annoncé, de le commenter, de s’inquiéter, de s’aigrir, de se ronger ? D’en « faire une maladie » ?
La tâche est immense. Il faut « écrire une nouvelle chanson ». Imprimer un autre courant de forces, et opposer la vérité aux mensonges véhiculés par cette campagne de marketing appelée antisionisme. Cette maladie que Raphaël Draï proposait de nommer « le mal anti-juif » fait courir un risque majeur aux Juifs physiquement menacés dans leur existence, à l’humanité tout entière menacée dans son âme, ses valeurs, sa survie morale.

Que les romanciers écrivent un nouvel ouvrage d’anticipation, les cinéastes un nouveau film, (un film sioniste, dans lequel le soldat israélien aurait enfin le beau rôle !) et que les psychiatres et les psychanalystes nous éclairent de leurs lumières ! Que l’un d’entre eux se décide à composer un petit opuscule, qui serait vendu, je ne sais pas, 3 euros, et serait subventionné par le Qatar, non, pas le Qatar, au moins financé par Elisabeth Levy et sa Fondation du 2 mars, et s’appellerait « Soignez-vous ! »

Plus sérieusement, reconnaître qu’on est dans le domaine du pathologique, montrer que le politique ne peut, (à supposer d’ailleurs qu’il le veuille sérieusement) gérer seul le problème posé par cette psychose et sa taille, serait déjà un premier pas.

Qu’en est-il maintenant de la maladie du Juif atteint de haine de soi ? Du Juif antisioniste qui par peur de paraître communautariste, partial, attaché aux seuls intérêts de son peuple, épouse la vision des bourreaux, épouse la cause palestinienne ? (on épouse ce qu’on peut, me souffle la voix de Woody Allen…ou est-ce celle de Pierre Dac?) Qui vote Hadash, (un des partis arabes) aux élections israéliennes ? En arrive à justifier, par exemple, les attentats terroristes visant son peuple, voire, ses propres enfants ? A appeler « résistance à l’occupation » les attentats, qu’ils soient commis sur le sol israélien ou dans d’autres pays ?

Qu’en est-il du Juif assimilé qui a (presque) oublié sa judéité en n’en ayant gardé que le côté « folklorique »,  et qui a signé la pétition de Jcall, pour « interpeller Israël » tranquillement depuis son fauteuil, se prétendant son ami ? Comme disent les concepteurs de la campagne Raison Garder (6), avec de tels amis, on n’a plus besoin d’ennemis ! Constater la haine de soi, sous une forme aussi virulente, chez un Juif,  comme par exemple, l’excellent Alain Finkielkraut est un vrai crève-cœur. Mais lire une Histoire de l’antisémitisme aussi furieusement antisémite que celle de Bernard Lazare, c’est réellement une épreuve.

Écrit en 1882, cet ouvrage, intitulé « L’antisémitisme, son histoire et ses causes » provoque, dès le début, un profond malaise, à cause d’une description dans des termes violemment antisémites du Juif, décrit comme « plein de vices », ayant « soif de l’or, » un « capricieux, exigeant privilèges et passes-droits » ayant « construit de ses mains imbéciles les murs de ses ghettos »… Et le seul responsable, en dernière « analyse », de tous ses malheurs. Et revoilà la fameuse tendance à se croire responsable de tous ses malheurs,  celle-là même, si souvent entendue chez les Juifs, et contre laquelle Théodore Lessing nous met en garde dans « Haine de Soi, le refus d’être juif« .

Nous lisons comme un indice significatif que des gens comme Drumont et bien d’autres, aient évidemment dit le plus grand bien de cet « Antisémitisme, son histoire et ses causes », dont le sujet a si bien déteint sur la matière, qu’il fait encore aujourd’hui les choux gras de tout un tas d’individus remplis de haine anti-juive, trop contents évidemment de reprendre à leur compte les propos pour le moins injurieux de Bernard Lazare sur le peuple auquel il appartient : c’est la vérité, clament-ils, les Juifs sont haïssables, la preuve, c’est un Juif qui le dit !

Bernard Lazare avait-il conscience d’avoir introjecté  (7) la vision mauvaise, aliénante, des antisémites, de reprendre à son compte leurs propos « toxiques » et de faire un portrait du Juif avec les yeux des antisémites, qui ont toujours utilisé ces vieux poncifs, avidité, asociabilité, accoutrement ridicule, et j’en passe…?  

Car son « explication » n’explique rien ou pas grand chose, et surtout, elle revient à imputer aux Juifs eux-mêmes les massacres, les pogroms et les manifestations de haine en général à leur encontre. Un peu comme de dire que la seule responsable de son viol, c’est la femme violée : « si c’est pas sa faute à elle, c’est la faute à sa mini-jupe… »

Souffrance psychique
« Vous n’avez pas le monopole de la souffrance ! »
Voilà à peu près ce que disent aux Juifs les antisémites et les antisionistes, dans une formule que feu le président Giscard d’Estaing n’aurait pas désavouée. Dans le meilleur des cas. Dans le pire, ils évoquent un certain « shoah bizness » et qualifient d’exagération, voire de mensonge sioniste, l’existence des chambres à gaz. Les Juifs qui ont connu les camps voient ainsi nier leur vécu douloureux et s’exacerber leur souffrance. Ceux qui sont trop jeunes pour avoir vécu ces atrocités souffrent aussi de ce déni. Mais ce qui fait le plus souffrir certains Juifs de ma connaissance c’est, je vous le donne en mille…. le malheur palestinien!  Les Juifs souffrent bien entendu de sentiments de culpabilité liés à la conscience aiguë du  malheur palestinien; ce fameux malheur palestinien, cette fable que les Juifs eux-mêmes ont gobée (8) et qui les fait s’auto-flageller en permanence tout en prenant systématiquement le parti de leurs ennemis qui se livrent pourtant infatigablement à des actes de guerre contre eux.

Car comment qualifier autrement la campagne de délégitimation observée dans le domaine politico-médiatique, sur les cinq continents contre Israël ? Harcèlement moral ? Pulsions sadiques ? Jouissance procurée par la production d’un discours pervers ? La souffrance psychique induite chez les Juifs par la toxicité des propos et du comportement actuels de l’Union Européenne vis à vis d’Israël est certainement immense; ne faut-il pas être totalement dépourvu d’empathie en effet pour décider d’un énième boycott contre les Juifs et être étrangement insensible à l’angoisse que peut générer ce réveil de vieux démons, dans le cœur des Juifs ayant connu le boycott et le saccage de leurs échoppes, de leurs magasins ou de celui de leurs parents, bref, ne faut-il pas être complètement irresponsable ?

L’Europe d’aujourd’hui ressemble à s’y méprendre à une sadique, une psychopathe souffrant commodément aussi d’Alzheimer, en une sorte d’amnésie diplomatique. Car cette vieille Europe, loin de regretter, de se repentir de ses crimes passés et récents, n’est-elle pas, évidemment, dans le déni ?

Elle nie, dans son discours, être antisioniste, anti-juive, mais son comportement démontre le contraire: incroyable mais vrai, l’Union Européenne assume à présent elle-même le boycott contre Israël, prenant en charge les actions et la vieille rhétorique antisémite : Kauft Nicht Bei Juden !

Formule laconique et de sinistre mémoire.
L’Europe prétend que les Juifs refusent de négocier. Tordant. Ce serait bien la première fois qu’on verrait des Juifs refuser de négocier ! Et voilà qu’elle assure maintenant se charger personnellement de les y contraindre, par des décisions unilatérales au moyen d’un diktat: le mot d’ordre est à présent « boycott ! » Seule l’Allemagne se serait parait-il opposée a cette mesure. Un reste de décence, sans doute…

Car, c’est officiel, la nouvelle vient de tomber il y a quelques jours (8) , l’Union Européenne vient d’annoncer le boycott institutionnel de tout se qui se trouve au delà des « frontières de 67 », lieux saints et Université Hébraïque compris.  On a beau essayer d’expliquer en répétant depuis des années qu’il ne s’agit pas de frontières mais de lignes provisoires de cessez-le- feu, rien n’y fait, la formule « frontières de 67 » est incrustée dans l’esprit du malade, qui semble faire un abcès de fixation sur ces malheureuses lignes, établies après qu’Israël ait miraculeusement survécu à une attaque conjointe de cinq armées arabes déterminées à le « jeter a la mer ».

Cet acharnement à faire rendre des territoires légitimement repris à la Jordanie après qu’elle ait elle aussi participé à une guerre d’agression contre Israël est tout d’abord très étonnant. Depuis quand les vainqueurs doivent-ils rendre des territoires légitimement gagnés ? C’est nouveau, ça vient de sortir, comme disait Coluche. Ensuite, il dénote une belle constance, parce que cela fait plusieurs décennies que l’Europe n’en démord pas, Israël aurait « colonisé » (fantasme, projection?) le « territoire palestinien ». Qui s’appelle encore une fois et soit dit en passant la Judée et la Samarie. Il est presque amusant de constater la hargne avec laquelle l’Europe, puissance colonisatrice s’il en fût, s’acharne à donner des leçons de moralité au minuscule Israël ! Ce mécanisme pervers dont peu semblent conscients, (projection, conjuration de sa culpabilité ?) s’accompagne d’une totale absence de conscience de ses propres troubles, ou anosognosie,  comme disent les psychiatres.

Voilà que la canaille reçoit à présent l’aval de l’Union Européenne elle-même. Car, donc, l’Europe légifère.  Le boycott était puni d’une amende et d’un éventuel emprisonnement, les voyous et autres malfaiteurs associés étaient jusqu’à présent poursuivis: aujourd’hui il devient légitime de boycotter économiquement et culturellement l’État d’Israël, lequel fait des difficultés pour se laisser dépouiller de la Judée, de la Samarie, de la moitié de sa capitale, et…du Golan, lequel devrait revenir, je vous le donne Émile comme dirait encore Coluche, à la Syrie !!!
Soit. Il est cependant difficile de se dire en plus, que parmi cette canaille se trouvent des Juifs antisionistes, emplis de bons sentiments et persuadés d’avoir fait le bon choix, librement, honnêtement.  

Guérir
Que faudrait-il soigner chez le Juif honteux, lui qui en est arrivé à « maudire le terreau sur lequel il a grandi »  (Théodore Lessing) ? Son estime de soi ? Son narcissisme blessé ? Comment lui faire évacuer la haine anti-juive qu’il porte en lui, « poison reçu par les racines » et dont il se sentait lui-même atteint (cf. p26, op.cit)

Comment permettre au Juif de se délivrer de sa culpabilité (8)  , de ses complexes,  de ce clivage de sa personnalité résultant de l’introjection de l’image terrible, terrifiante, d’un juif mauvais ennemi du genre humain ?  

Faudra-t-il lui payer un séjour en kibboutz, ou à Jérusalem dans un grand hôtel, le rééduquer en lui organisant un programme serré de séminaires, de conférences, de visionnage intensif de films historiques sur le sionisme ? L’emmener écouter la voix du shofar   à Rosh haChana ou le jour de Kippour pour qu’il retrouve la mémoire ?  (9)  Ou encore, l’inviter à participer à une visite guidée de Beersheva, au cours de laquelle il cherchera en vain le fameux « apartheid » dont il se gargarise ? Demander au Fond Social Juif Unifié de prendre en charge des séances de psychothérapie analytique pour ces Juifs qui votent Hadash ? (Quoi qu’il semblerait plus logique, en tout cas, plus conséquent, de chercher les subventions auprès du New Israel Fund, redoutable ONG œuvrant pour la délégitimation d’Israël, ou auprès de Bet’selem, ou même de les prélever de manière autoritaire, comme mesure de rétorsion…) Il y a là matière à développement, ce que nous nous garderons de faire évidemment, faute de place.

Il reste qu’il  doit être possible que le Juif atteint de haine de soi,  empoisonné qu’il est par introjection de l’image du mauvais Juif, arrive à guérir, que les écailles, un jour, lui tombent des yeux : le Juge Goldstone est bien revenu sur son jugement !

La Torah nous offre la possibilité, à chaque instant de faire Techouva, de revenir, que ce soit en prenant conscience des blessures subies et en se pardonnant de les avoir subies, (oui, il faut cesser  enfin de s’en prendre à soi-même, sans doute, comme le font trop de Juifs, et ici la place me manque pour citer les innombrables exemples de cette habitude mentale, héritée du Talmud, dirait sans doute Lazare !) et de commencer une nouvelle vie, plus légère et plus saine.
Beaucoup de Juifs trouvent la paix de l’âme et semblent aller mieux, après s’être tournés vers l’étude des textes sacrés de la Tradition, en allant écouter les cours d’un rav, eux qui s’affirmaient athées convaincus.

D’autres commencent leur guérison en ouvrant un jour les Pirkei Avot, ou en apprenant un soir de Shabbat à réciter le « Netilat Yadayim ».
D’autres encore en se mettant à l’hébreu et en le faisant apprendre à leurs enfants. D’autres enfin, en reprenant le chemin de la Beit Knesset alors qu’on est même pas Kippour…
En se décidant comme de plus en plus de Juifs de France, à faire l’alya !
La guérison de l’âme juive dans son ensemble, n’est-ce pas, finalement, la seule chose qui devrait nous préoccuper ?

Et que l’Europe et l’Union Économique Européenne décrètent ce qu’elles voudront.

Catherine Stora
_____________NOTES_____________
(1) article publié dans la revue du BNVCA, juillet 2013

(2) « le terme antisémite, nous dit Raphaël Draï, a été subrepticement mais méthodiquement détaché de sa signification première pour désigner soit une forme générale de racisme, soit l’une de ses formes  particulière qui viserait  également les arabo-musulmans. Une telle extension de sens, au motif que les arabo-musulmans  sont, ethnologiquement, des sémites, risque de diluer ce que ce terme signifiait initialement », ce que Taguieff exprime sous une forme différente en disant que l’antisémitisme a été remplacé par l’islamophobie (cf note 4) Il semble important de préciser toutefois que sémite est cependant un adjectif qualifiant une langue ou un groupe linguistique (exemple « l’arabe et l’hébreu sont des langues sémites ») non une ethnie ou un groupe ethnique. 

(3)  « Le judaïsme est une philosophie, un mode de vie, une éthique non seulement religieuse mais aussi morale, sociale et familiale : une conception spécifique des rapports des hommes entre eux et des hommes avec le monde terrestre et céleste. » A de Rothschild

(4) « Islamophobie »: vocable formé par les mots islam et phobie, peur, qui a fini par signifier étrangement un racisme anti-musulman. Il y aurait une race musulmane, première nouvelle. La deuxième étant que non, il n’y aurait plus d’antisémitisme en France celui-ci ayant été remplacé par l’islamophobie, les musulmans étant devenus les Juifs d’autrefois. Corrélativement les Juifs qui continuent à s’en plaindre sont des imposteurs coupables d’inventer des menaces inexistantes .
Taguieff explique très bien ce phénomène dans « La Judéophobie des modernes »  (ainsi que la tendance à mettre sur le compte de l’islamophobie le carnage de Merah à Toulouse dans une école juive et ceux d’autres jihadistes  désireux de mourir en martyrs mais que ces crimes commis au nom d’Allah n’ont bien entendu rien à voir avec l’islam) et dans nombre d’articles dont celui-ci :  http://www.dreuz.info/2014/09/27/jihadistes-selon-les-alter-experts-lislamophobie-explique-tout/

(5) Les Juifs automatiquement suspectés de sympathie envers Israël sont exposés à un soupçon permanent, portant sur leur solidarité, perçue comme une complicité criminelle, avec les Israéliens :  http://www.crif.org/fr/tribune/r%C3%A9flexions-sur-la-jud%C3%A9ophobie-contemporaine/50204

(6)  Créé en 2010, Raison Garder a pour vocation de s’opposer au mouvement JCall  et « l’appel à la raison », lancé par des Juifs américains appelant Israël à se soumettre, et Raphael Drai est avec Shmuel Trigano et Jean-Pierre Bensimon  son concepteur

(7) Tout se passe comme si le juif honteux introjectait le poison de l’antisémitisme…Et peut-être Bernard Lazare s’est-il lui même empoisonné avec ce phénomène, lui qui mourut à 38 ans d’un cancer des voies digestives.

(8) Sur ce thème de la culpabilité juive lié à un prétendu malheur palestinien voici la synthèse très éclairante de Shmuel Trigano dans son livre « Polique du peuple juif, les Juifs Israël et le monde » paru début 2013 p294 :

« Le nouvel antisémitisme, l’antisionisme, tient aujourd’hui un discours moral adepte du droit international. Il s’appuie sur un récit falsifié de la causalité historique qui vise à clouer au pilori la politique d’Israël. Il s’agir de le montrer sous un jour inhumain (Shoah oblige) à travers des figures de cruauté (invention de massacres de Djénine à Gaza) et la résurgence archaïque de mythes comme celui du crime rituel. Cette moralité instrumentalisée au service d’une finalité idéologique est partagée par le courant anti-souverainiste terrifié par tout acte de souveraineté qui l’obligerait à quitter ses habits moraux de victime pour ceux de l’homme d’État et du stratège. Une morale fondée sur le sentiment de culpabilité s’est ainsi développée pratiquant l’auto-accusation et innocentant un ennemi dont le projet de destruction est pourtant clairement énoncé. Cette morale nourrie d’un sentiment de dette inextinguible de démission de sacrifice de soi est à l’opposé d’une morale juive fondée sur l’Alliance et l’obligation réciproque de deux partenaires devant la loi L’État auquel elle aspire n’est pas plus qu’un État refuge une solution humanitaire pour des victimes et pas une volonté d’être. »

(9 ) la nouvelle du boycott des implantations juives est tombée le 16 juillet 2013
http://alyaexpress-news.com/2013/07/officiel-lunion-europeenne-a-decide-de-boycotter-les-implantations-en-israel

(10) Écouter la voix du Shofar… « Écoute Israël ! »
Le shofar,  cet instrument de musique de la famille des instruments à vent est le plus vieux du monde, il est fabriqué avec une corne de bélier creusée et  on  le fait sonner comme une trompette à Rosh haShana et Kippour. On en joue en faisant traditionnellement  alterner des sons longs et courts prolongés et saccadés selon un rythme ternaire. On lui prête des vertus curatives: selon le Baal Chem Tov  par exemple, écouter la voix du shofar c’est un moyen d’accéder au tréfonds  de notre cœur et au savoir divin en nous débarrassant de nos klipot ces sortes d’enveloppes qui enveloppent la neshama (l’âme) et nous emprisonnent dans le mental.

Reproduction autorisée © Catherine Stora

Guérir (de) l'antisémitisme ? Catherine Stora
Guérir (de) l'antisémitisme ? Catherine Stora