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DANTEC. Moi, m’excuser beaucoup!

de 2005, mais pas une ride!

Moi m’excuser beaucoup
Plus d’une semaine après l’embrasement des cités made in France, Maurice G. Dantec s’est vu invité par plusieurs télévisions Québecoises, radios et médias papiers, à venir s’exprimer sur leurs supports.

En France, une simple consultation des espaces de débats internetiques ont vu s’étriper les pro et anti-Dantec quant à sa possible réaction sur la réalité bleu-blanc-rouge.

Tous des fascistes ?

Un mois avant le lancement de son site officiel (www.mauricedantec.com), celui qui était considéré, il y a moins d’un an, par la presse aux ordres, comme le Grand Pestiféré Paranoïaque choisit Ring pour livrer à ses lecteurs son premier Tomahawk, sous l’air d’un jamais déplacé « With Love, from America »… David Kersan
– à Arnaud Viviant, l’Eugénie du communisme.
Il semblerait que depuis une dizaine de jours une série d’incivilités mineures soit commise dans les « quartiers  » de la conurbation parisienne.
Je ne vois franchement là aucune raison de s’inquiéter.
Au contraire, je crois le moment venu de présenter mes excuses, les plus plates, à tous ceux qui ont su me remettre à ma place, lors du premier semestre 2004, après que j’eus d’une manière insupportable, communiqué par e-mail avec des gens qu’il ne fallait pas, au moment où il ne fallait pas, avec les mots qu’il
ne fallait pas.

Oui, moi m’excuser beaucoup, beaucoup vraiment, surtout auprès d’Arnaud Viviant et de Jules Joffrin, pour avoir ainsi osé déformer à ce point la vérité, radieuse et tranquille, de ce pays qui est -authentiquement – la Lumière des Nations.

Apprenant par la presse l’assassinat d’un inspecteur de réverbères devant les yeux de sa femme et de sa fille, parce qu’il venait d’empiéter impunément sur la propriété privée de trois  » jeunes des cités  » – un bout de trottoir – je me suis dit qu’avant cette cure de rééducation médiatico-idéologique qui me fut donnée à partir de janvier 2004, j’aurais probablement cédé à une absurde colère et lancé un anathème injurieux sévèrement sanctionnable – du type  » bêtes sauvages « .

Très franchement, accuser de bestialité et de sauvagerie trois pauvres chômeurs en BMW parce qu’ils s’étaient sentis insultés par l’appareil photographique obscène que dirigeait vers leurs lampadaires cet obscur tâcheron de l’urbanisme, non, ce ne peut être toléré, et surtout pas par moi, en tout cas plus du tout depuis que j’ai lu l’intégrale des oeuvres de Pierre Marcelle et d’Aude Lancelin, entrecoupée de l’écoute répétée des sketches de Dieudonné et des cassettes d’information coranique de Tariq Ramadan.

Ainsi, très humblement, je le dis et le redis : moi m’excuser beaucoup envers tous ces jeunes artistes qui transforment Clichy-sous-Bois et les villes adjacentes en une vaste performance de Land-Art pyrotechnique dont on se demande bien pourquoi elle n’est pas sponsorisée par Jack Lang, ou Delanoë.
C’est beau, en effet, une ville qui brille la nuit. Voilà des  » nuits blanches  » qui se teintent de l’orange éclatant de l’essence enflammée. Il serait absurde d’en nier la portée esthétique.

Je vois et j’entends des voix qui s’élèvent de toutes parts avec anxiété.
L’immigration islamique serait-elle vraiment soluble dans la société occidentale ? La culture du rap, apologie fort ludique du viol des jeunes filles blanches et du meurtre des Français, doublée d’une volonté parfaitement assumée de la destruction de l’horrible civilisation occidentale, s’est parfaitement intégrée à la nouvelle morale  » rebelle « . Laisserait-elle la place à une idéologie totalitaire propagée par des imams radicaux venant de tout le Moyen-Orient ?

Allons, allons.
Nous voyons ici de nouveau surgir le spectre de l’islamophobie, ce démon qui vient remplacer la célèbre crise de communistophobie de la seconde moitié du XXe siècle, et la non moins violente psychose naziophobe des années 30 et 40.

Des psychanalystes-anthropologues comme Malek Chebel sont des spécialistes patentés de cette psychologie occulte des foules. Il a pu en faire la démonstration lors d’une émission d’Ardisson où ce puits de science réussit le tour de force de se présenter comme modéré tout en entrant dans une colère noire lorsque j’évoquai incidemment la défaite inéluctable du Djihâd.

Ne pouvant, selon ce professeur émérite, – ontologiquement parlant – comprendre le Coran, je me suis mis à la lecture de l’intégrale de Pifou-Poche, histoire de pouvoir à l’occasion discuter avec Laurent Baffie qui, à la simple évocation de Saint Thomas d’Aquin se concentra en silence sur son album de coloriage.

Encore une fois, moi demander des excuses à tous ces gens.
Je me suis laissé emporter, aveuglé par tout un tas de préjugés, comme celui qui faisait selon moi du « viol en tournantes » un crime contre l’Humanité analogue à celui pour lequel on poursuit des soudards serbes.
Quelle exagération, tout de même.
À la limite du racisme, ne trouvez-vous pas ?

À partir du moment où l’on contredit la pensée humanitaire-majoritaire, cela signifie bien que l’on est un adepte de la théorie de la supériorité d’une race sur les autres, n’est-ce pas ?
Bien sûr là encore, il est nécessaire d’établir des règles claires. Le racisme doit être puni. Et avec toute la sévérité requise. Mais à la condition qu’il s’agisse d’un racisme propagé par des blancs envers d’autres races.

Un raciste noir anti-blanc, ou anti-asiatique, un raciste arabe antisémite, ou anti-indien ne sont pas des racistes, il m’était arrivé, je ne sais comment, de perdre de vue ce paradigme essentiel.
Moi m’excuser beaucoup pour cet oubli gravissime.

Les jeux de psychogéographie néo-situationnistes auxquels se livrent chaque nuit ces groupes de jeunes désoeuvrés doivent être compris comme la réponse spontanée et festive à la grisaille de la vie quotidienne en régime capitaliste.
Je songe à écrire un court essai sur le thème, avec l’aide de Michel Onfray.

Des oiseaux de mauvais augure, dont j’aurais pu faire partie, si la lumière démocratique ne m’avait enfin illuminé de l’intérieur, de sinistres Cassandre disais-je, parlent désormais sans la moindre vergogne de « guerre civile « .
On me dit que c’est même le terme usité par les médias étrangers pour caractériser la situation.

Je vois très clairement à l’oeuvre derrière tout cela – merci à Thierry Meyssan et à M.E Nabe – un machiavélique complot américano-sioniste et christiano-fasciste qui tendrait à faire croire que ce modèle des nations qu’est notre République serait au bord de l’implosion politico-ethnico-religieuse.

Il ne peut en effet s’agir que d’une odieuse caricature de la réalité : la vision de Villepin et Sarkozy, en charge de ce léger contretemps dans notre marche vers les radieux lendemains que chantent les muezzins, est là pour prouver à tous que les choses sont bien en main, sous contrôle, et que ces quelques échauffourées isolées et sporadiques ne sont en rien représentatives de la situation générale qui prévaut sur l’ensemble du territoire national, où règnent la paix civile et l’ordre républicain.

C’est pourquoi, à nouveau, moi m’excuser beaucoup, moi m’excuser le plus humblement du monde, car j’aurais pu, dans un moment d’égarement, m’étonner que les imams des banlieues en feu demandent des excuses au gouvernement pour une grenade lacrymogène ayant atterri accidentellement sur les marches
d’une mosquée.

J’aurais pu m’étonner que la mort accidentelle de deux adolescents s’étant enfermés dans un transformateur haute-tension ait été présentée faussement par les médias comme la conséquence d’un contrôle policier ayant mal tourné et que les bandes de jeunes défavorisés-exclus aient non seulement provoqué cette flambée de violence à ce propos, mais que, à la différence de celle du technicien urbaniste lynché parce qu’il prenait des photos de réverbères, les familles des jeunes électrocutés qui avaient refusé d’écouter les injonctions des gardiens de l’EDF se sont vues reçues par les institutions les plus hautes de la République.
Tout de même, s’émouvoir du sort post-mortem de rien d’autre qu’un simple ouvrier français !

Oui, moi m’excuser, moi m’excuser encore.
Ce genre de considération aurait démontré une néfaste résilience de xénophobie-racisme-islamophobie-fascisme à tendance pro-sioniste, parfaitement condamnable.
Ce n’est pas parce que quelques jeunes gens, sensibilisés par l’insurportâââble situation du peuple palestinien, et revenus tout juste d’un voyage touristique en Iraq ou en Tchétchénie, tirent à balles réelles sur des pompiers et des policiers français qu’il faut en tirer des conclusions hâtives; le fait que le cri de guerre de
ces jeunes désoeuvrés soient le fameux  » Allah O Akbar  » du Djihâd ne peut qu’impressionner des cerveaux déjà influencés insidieusement par le fascisme pro-juif et pro-américain.

Oser parler de guerre civile !
Là encore, quelle perversion délibérée, quelle déformation mal intentionnée des faits !

C’est pourquoi moi m’excuser beaucoup auprès de la jeunesse en rebellitude de la Région Parisienne, mais aussi maintenant de Toulouse, Rouen, Lille, Strasbourg, Nancy et très bientôt de la France entière.
Moi m’excuser platement auprès des défenseurs de la bonne pensée, la pensée vraie, la juste pensée, celle qui maintient intact le tissu social et favorise les progrès incessants de l’intégration, celle qui marche pacifiquement dans les rues pour faire face à la violence urbaine.

Moi m’excuser beaucoup auprès des médias au service de l’État Républicain, moi m’excuser beaucoup-beaucoup auprès de leurs zélés serviteurs.
Moi m’excuser à l’avance si jamais, un jour, j’en venais à émettre un commentaire litigieux sur la fin de la France.

Maurice G. Dantec
Montréal, le 5 novembre de l’An de Grâce 2005