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Mardi 14 mai 20132

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Les Contributions du Nouveau Testament à l’Antisémitisme

Pieter van der Horst

Manfred Gerstenfeld interviewe Pieter van der Horst

“Le Nouveau Testament comporte certains passages antisémites. On ne les trouve que dans les derniers documents parus. Le principal exemple se situe dans l’Evangile de Jean. Il a été rédigé après que la scission entre Chrétiens et Juifs se soit produite. Les sentiments antijuifs imprègnent l’intégralité du livre et il contient les versets les plus antisémites du Nouveau Testament.

“Jean a complètement éloigné Jésus du peuple juif. Il le fait parler, à propos des Juifs, de leurs lois et de leurs fêtes comme si lui-même n’était plus (voire n’avait jamais été) l’un des leurs. Pire que tout, lors d’une dispute entre Jésus et des dirigeants juifs, Jean lui fait dire : « Vous avez le Diable pour père -1-». Dans la littérature chrétienne ultérieure, cette expression est souvent reprise ».

Le Professeur Pieter van der Horst a étudié la philologie classique, la littérature et la théologie. Il était Professeur d’études juives et d’autres sujets, à l’Université d’Utrecht.

« Cette remarque, courte, mais fatale, a eu des conséquences meurtrières, tout au long de ces deux millénaires. Elle a coûté la vie à des dizaines de milliers de Juifs, au cours de l’histoire ultérieure, particulièrement au Moyen-âge. Ce verset a été repris par les incitateurs chrétiens à la haine des Juifs et comme un permis de tuer des Juifs. Ces meurtriers pensaient : « Si Jésus a pu dire que les Juifs avait le Diable comme père, notre devoir est de les éradiquer autant que nous le pouvons ».

« Tous les érudits en matière de Nouveau Testament s’accordent sur le fait qu’il ne s’agit pas de la position de Jésus, mais bien de celle de Jean. Lorsqu’un groupe religieux rompt avec sa religion-mère, il doit créer sa propre identité sur des bases nouvelles. La sociologie des religions nous enseigne que, au cours de sa première phase, le nouveau groupe commence toujours par s’en prendre férocement à l’ancienne religion. La diabolisation la plus efficace consiste à traiter les Juifs « d’enfants du Diable » et à faire en sorte que ce soit Jésus en personne qu’il le dise. Malheureusement, cependant, l’Evangile de Jean est le livre le plus populaire de tout le Christianisme ».

« Les textes antijuifs, dans l’Evangile de Matthieu, s’intègrent dans un tableau qui n’est pas, en lui-même, antisémite. Il n’y a que dans le récit de cet Evangile sur la passion de Jésus qu’on trouve, effectivement que Pilate, le gouverneur romain de Judée, dise : « Je ne perçois aucun mal en cet homme ». Pilate se lave alors les mains, en témoignage de sa volonté de ne rien avoir à faire avec l’exécution de Jésus. Le texte fait dire à la femme de Pilate : « J’ai eu un rêve à propos de cet homme. Ne lui faisons aucun mal, car il est totalement innocent -2- ». Tout ce que nous apprenons par d’autres sources nous démontre que Pilate était un être tout-à-fait sans scrupule et impitoyable. La simple idée qu’il aurait voulu sauver une personne de la peine capitale parce qu’il le pensait innocent ne repose sur aucun fait historique, et en devient presque ridicule.

« Le texte de Matthieu doit être interprété dans le contexte de son époque, aux environs des années 80 du premier siècle [de l’ère ordinaire]. Au milieu des années 60 de l’ère ordinaire, sous l’Empereur Néron, ont débuté les premières persécutions des Chrétiens, suivies, un peu plus tard, par d’autres persécutions mineures sur un plan local. Ce qui a déclenché la peur parmi les Chrétiens.

« Pour des raisons politiques, Matthieu était désireux que ses écrits puissent donner au Romains l’impression que les Chrétiens ne représentaient pas un danger pour eux. Si Pilate, un magistrat romain hautement respecté, dit, à propos de Jésus : « Cet homme est totalement innocent », cela implique que les Romains n’ont rien à craindre du Christianisme. En retour, cela conduit au soi-disant récit des Juifs hurlant : « Que son sang retombe sur nos têtes ! » – ce qui signifie : « C’est nous qui prenons l’entière responsabilité de sa mort ». Faire porter la responsabilité de la mort de Jésus sur le peuple juif est en total désaccord avec ce que dit Matthieu dans les parties précédentes de son Evangile, sur le fait que Jésus bénéficiait d’une immense popularité auprès des masses, ce qui veut dire, avec la majorité du peuple juif ordinaire.

« Il y a, aussi, un cas isolé d’accès d’antijudaïsme irrépressible, de la part de l’apôtre Paul. Dans l’une de ses lettres aux Thessaloniciens, la communauté chrétienne de la ville grecque de Thessalonique, il mentionne que les Juifs s’opposent fermement à son prêche. Paul entre, alors, en furie et affirme : « Ces Juifs ont tué Jésus et les Prophètes et c’est pour cette raison qu’ils déplaisent à D.ieu et sont les ennemis du genre humain »-3- .

« C’est le seul texte du Nouveau Testament qui déclare que les Juifs sont l’ennemi du reste de l’humanité. Cette motivation découle du paganisme antisémite pré-chrétien, où elle apparaît à de nombreuses reprises. Il se situe à l’opposé exact de ce que dit Paul à longueur de pages, au sujet du peuple juif, dans son épître aux Romains. Tout au long de trois chapitres -9, 10 et 11 – Paul dépeint une image de loin, bien plus positive du peuple juif. Il n’y est fait aucune mention du fait qu’ils seraient « l’ennemi de l’humanité » ; pas plus qu’on en trouve trace dans aucune des autres lettres de Paul.

« Dans sa dernière épitre aux Romains, Paul affirmait : « Nous autres, Chrétiens, devrions réaliser que le peuple juif est l’olivier et que nous ne sommes que greffés à cet olivier -4- ». Son cas unique de colère antijuive semble être celui de quelqu’un qui ne contrôlait pas toujours ses émotions. « Ce n’est que dans les siècles postérieurs que le Christianisme s’est mis réellement à attaquer la religion juive avec autant de férocité qu’il le pouvait, y compris au moyen de la Diabolisation ».

Le Dr. Manfred Gerstenfeld est membre du Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem, qu’il a présidé pendant 12 ans. Il a publié 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

 

Adaptation : Marc Brzustowski.

-1- Jean 8:44.

-2- Matthieu 27:15-26.

-3- Thessaloniciens 27 :15-26

 -4-  Romains 11:24.