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TEMPS et CONTRETEMPS: LES MUSULMANS FRANÇAIS SE RADICALISENT.

 
LES MUSULMANS FRANÇAIS SE RADICALISENT
Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

 

            

Dalil Boubakeur

          
          Les Musulmans de France donnent à présent l’impression d’une course à la radicalisation. Le modéré recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, par ailleurs président du CFCM (Conseil français du culte musulman) imposé par Nicolas Sarkozy à l’image du Consistoire juif, a décidé d’enfourcher les thèses de l’UOIF (Union des organisations islamiques de France) qui a refusé de faire partie du CFCM. La 32ème rencontre de l’UOIF, qui a eu lieu du 3 au 6 avril,  était axée sur la radicalisation de l’islam en France, l’islamophobie, la laïcité et la liberté d’expression. En soutenant l’idéologie de l’UOIF et en se compromettant avec elle, Dalil Boubaker n’ignore pas qu’il cautionne en fait la radicalisation des musulmans.


 

Doubler le nombre de mosquées

 

Mosquée de Courcouronnes

            
          L’UOIF, qui n’a pas participé aux dernières élections, n’a jamais voulu intégrer le CFCM car elle se considère avant tout comme un mouvement islamiste politisé. C’est d’ailleurs de ses rangs que sont sortis les terroristes Mohammed Merah, Mehdi Nemmouche, les frères Kouachi et Amedy Coulibaly.

 

            Dalil Boubakeur veut absolument, avant de quitter ses fonctions, tenter le rassemblement de tous les Musulmans de France et il se sent donc forcé de radicaliser ses propos pour convaincre. Pour la première fois, il a fait allégeance à l’UOIF en se rendant à la rencontre du Bourget alors que les deux organisations s’étaient montrées dans le passé rivales au point de s’ignorer mutuellement. Il s’est donc montré rassembleur  à la tribune : «Les musulmans sont souvent accusés d’avoir insuffisamment dénoncé la violence et le terrorisme, comme s’ils en étaient directement les responsables, et c’est faux». Il a par ailleurs exigé le doublement du nombre de mosquées en France.

Dirigeants du CFCM


 

            Il est vrai que regrouper une dizaine de lieux de culte dans des caves ou des garages en une seule mosquée aurait l’avantage d’une part, de donner une salle de prière décente aux fidèles mais par ailleurs de mieux contrôler les prêches et les fonds étrangers qui alimentent les mosquées ainsi que l’infiltration des terroristes.  Certains hommes politiques prétendent que la pénurie de mosquées est à l’origine de la radicalisation islamique car le manque de mosquées est flagrant pour une population musulmane évaluée selon les sources à 5 ou 7 millions de fidèles.

 

 

 

Les Tunisiens de 1962

 

 

 

Les Israéliens s’étonnent que la France découvre seulement depuis quelques semaines le risque terroriste alors qu’ils avaient mis en garde les Français dans le cadre d’échanges entre services de renseignements. Les Français se polarisent sur le port de la burqa et du voile alors que les Islamistes ont l’objectif d’embraser le front français. Les Israéliens connaissent parfaitement cette mouvance, ayant pris naissance en 1962, qui avait été alors totalement infiltrée par le Mossad.

L’UOIF au Bourget


 

L’islam tend à s’imposer de plus en plus dans le paysage français. Chaque rencontre annuelle de l’UOIF bat son propre record puisque, de quelques milliers de participants à la création de l’union, la fréquentation est passée à plus de 100.000 cette année, concrétisant ainsi l’impact de cette organisation auprès de la communauté française. On date à tort l’existence d’un islamisme actif depuis le 11 septembre 2001 alors que les islamistes agissent en toute liberté depuis un demi-siècle en s’appuyant sur les règles de la démocratie occidentale.

 

L’implantation islamiste et l’introduction du fondamentalisme en France ont été le fait des Tunisiens. L’UOIF, créée en 1983 sous forme d’association religieuse, s’est transformée progressivement en groupe politique, préparant la tête de pont d’un islam mondial pur et dur. Au cours de l’année 1962, quelques étudiants groupés autour de l’A.E.I.F (association des étudiants islamiques de France) et n’ayant au départ aucune stratégie de prosélytisme, ont obtenu des résultats inespérés dans le cadre d’une stratégie à long terme. Le Mossad, intéressé à cette époque à ficher les activistes arabes du Proche-Orient, avait infiltré le milieu étudiant, terreau des futurs dirigeants arabes, afin de comprendre et de contrer la stratégie planifiée par ces groupes naissants.

Ahmed Jaballah


 

L’AEIF avait vu le jour sous l’impulsion de Mohamed Hamidullah, au centre culturel arabe du boulevard Saint Michel, en plein Quartier Latin. Cette entité, émanation radicale des Frères Musulmans syriens, était contrôlée par de pseudo-étudiants dont l’allure et l’âge ne faisaient pas illusion, en permanence pistés par le Mossad qui se doutait que les Syriens n’étaient pas uniquement en France pour des raisons universitaires. Des étudiants tunisiens menés par Ahmed Jaballah, mandaté par le parti islamique tunisien MTI (mouvement de la tendance islamique) pour implanter des cellules en France, sont alors noyautés par les Égyptiens qui les poussent à s’inscrire à l’AEIF afin de bouter, hors de l’association, le courant majoritaire syrien. La tentative fut un échec et entraîna de ce fait la scission du groupe par la création en 1979 du G.I.F (groupement islamique de France). La politique répressive du président Bourguiba allait faire le reste en permettant aux nombreux militants islamistes, poursuivis en Tunisie, de venir se réfugier en France dès 1981 pour grossir les rangs du G.I.F.

Fouad Alaoui


 

À compter de cette date le groupe s’organisa alors en une structure unique, l’UOIF, en politisant un mouvement qui n’était encore qu’une entité confidentielle. Les Tunisiens contrôlaient toutes les instances puisque le président Ahmed Jaballah et le secrétaire général Abdallah Ben Mansour avaient pris en main les destinées de ce qui n’était alors que la branche française du parti islamiste tunisien. Cette structure avait pour ambition de représenter, seule, l’islam en France mais son audience resta longtemps marginale. Les Tunisiens, gênés dans leur action par les répressions en masse que leur faisait subir leur gouvernement, finiront par céder leur place en 1995 à des Marocains, au moment même où de nombreux attentats étaient organisés en France. Fouad Alaoui, le nouveau responsable, comprit judicieusement qu’il devait jouer la carte de notable modéré, respectueux de la loi, afin d’obtenir les bonnes grâces de l’administration française.

 

 

 

Mouvement politique

 

 

 

Il décida alors de réorienter la stratégie de l’UOIF en l’impliquant dans le développement d’un islam de proximité et d’un mouvement religieux de masse. Il apprit des Frères musulmans les méthodes d’encadrement et transforma progressivement son union en un véritable parti grâce à la mise en place de bases fortement politiques. Les dirigeants ont alors créé des réseaux dormants prêts à être activés sur ordre comme cela a été constaté durant ces dernières semaines.
La France est alors divisée en huit régions dirigées par un responsable local prenant ses ordres à Paris. L’UOIF a ouvert une trentaine de centres cultuels, pris le pouvoir dans les mosquées de Lille et de Bordeaux, s’est attaqué à la jeunesse en créant l’association des Jeunes Musulmans, aux étudiants avec l’association des Étudiants Musulmans et aux femmes avec la Ligue Française des Femmes Musulmanes. Cette prise de pouvoir progressive fabriqua alors un État dans l’État, inspiré des méthodes des Frères Musulmans, agissant ouvertement sous couvert d’une existence légale démocratique. 


          Forte de cette puissance, l’UOIF quitta alors le monde associatif pour entrer de plein pied dans la politique avec son Comité de Bienfaisance et de Soutien à la Palestine prouvant ainsi que l’organisation n’était plus ouvertement d’essence cultuelle. La boucle était bouclée et les masques tombèrent.

 

La religion, qui n’était qu’un alibi pour conquérir par l’islam tous les musulmans de France, devenait le moteur d’une action politique qui n’avait plus vocation à diffuser uniquement la voix des imams. Les islamistes passèrent ainsi du stade artisanal au stade industriel. Ils comprirent alors qu’ils devaient se défaire de l’image de petits barbus incultes, récitant par cœur les sourates du Coran, et favoriser l’élévation du niveau intellectuel de leurs leaders. Les dirigeants, en majorité marocaine, firent alors appel à des prétendus étudiants du Moyen-Orient, venus parfaire leur niveau universitaire en France mais, en fait, formateurs politiques issus des rangs des Frères Musulmans. Leur image se positive. Le président Thami Brèze est titulaire d’un doctorat de sciences politiques, le secrétaire général Fouad Alaoui est docteur en neuropsychologie, tandis que le secrétaire adjoint Okacha ben Ahmed est docteur en informatique.

Tariq Ramadan


 

Cependant cette stratégie de dirigeants diplômés a paradoxalement indisposé la base, souvent inculte, et a joué le rôle de repoussoir parmi des militants issus essentiellement des classes populaires qui avaient du mal à s’identifier aux lettrés qu’ils accusaient de constituer une nouvelle nomenklatura. Mais la grogne n’était pas perdue pour tout le monde puisque les déçus ont fini par rejoindre le mouvement plus radical de Tariq Ramadan qui défend la vision originale du fondateur des Frères Musulmans Hassan El Banna : «Certains pensent, à tort, que l’islam se limite à une pratique religieuse spirituelle et dévote. Quant à nous, nous considérons l’islam comme régissant aussi bien le temporel que le spirituel.». Le ton est donné. Cette frange de contestataires n’attendait plus qu’un déclic ne vienne les entraîner dans un combat plus violent pour l’islamisation du pays par la force.

 

 

 

Deux rôles contradictoires

 

 

 

L’UOIF joua alors deux rôles contradictoires. D’une part elle prépara le retour des islamistes au Maghreb d’où ils étaient pourchassés. Certains sont d’ailleurs retournés pour animer la révolution tunisienne de 2011. D’autre part, elle activa l’islamisation de la communauté française. Mais la transformation en parti politique implique un financement indispensable puisque l’UOIF avoue officiellement un budget annuel de deux millions d’euros, montant bien loin de la réalité. Les cotisations des militants de base ne suffisent pas à couvrir un budget à la hauteur des prétentions du parti. L’appel aux contributions étrangères de l’Arabie Saoudite et des Émirats du Golfe imposera des contreparties idéologiques quand il ne s’agira pas d’actions militantes sanglantes.

Islamistes tunisiens


 

Le règne de l’argent soumet ainsi les militants à un intégrisme radical, les noie dans la démagogie et le populisme et pousse les jeunes vers un salafisme dangereux. La France, ainsi maillée par des réseaux islamistes qui parviennent à s’insérer dans le paysage politique, a orienté sa politique pour s’acheter une immunité contre les troubles et les attentats. Mais certains prétendus imams venus de l’étranger, du Pakistan même, prêchent en toute liberté la haine et le djihad avec le risque de mettre à long terme la république en danger. Les hommes politiques attirent l’attention de leurs dirigeants sur ce qu’ils appellent une «négligence». Ils auront alors bien du mal à combattre la réislamisation des musulmans et l’islamisation forcée d’une certaine frange de la population chrétienne en difficulté, fragile et vulnérable. On n’a pas compris que l’islam était devenu le terreau de l’islamisme et l’islamisme le terreau du terrorisme.

Combattants AQMI


 

Le gouvernement français est inquiet du risque de réactivation des réseaux islamistes dormants sous la pression d’Al-Qaeda. L’AQMI aurait envoyé en Europe des femmes djihadistes algériennes formées pour commettre des attentats-suicides dans les trains et les gares, en particulier la gare du nord d’où partent les trains pour les capitales européennes qui ont pris de sérieuses mesures de sécurité. Les experts israéliens du renseignement ont confirmé le danger de l’activisme de cette nébuleuse africaine.

 

La fin de la guerre en Afghanistan, pousse de nombreux combattants arabes à rejoindre le camp d’Al-Qaeda et de l’État islamique. À leur retour en Afrique du nord, ces réfractaires ont décidé de poursuivre le combat en commettant des opérations contre des cibles occidentales. La France n’a jamais cessé sa guerre secrète en Algérie, en Mauritanie, au Mali et au Niger. Les services de renseignements israéliens, qui disposaient de relais en Mauritanie, estiment que la plupart des dirigeants des réseaux islamiques ne sont pas des politiques mais des contrebandiers ou des criminels qui sont prêts, par opportunisme, à se mettre au service de l’AQMI. L’arrivée massive de djihadistes a incité l’AQMI à organiser des opérations ambitieuses sur le sol européen, français en particulier, pour ne pas décevoir ses volontaires armés et surtout pour entretenir leur flamme militante.

Enfin, l’implantation d’AQMI en Tunisie et en Algérie, malgré des revers et des échecs à s’oriente à présent vers l’Europe, le Sénégal et le Nigéria. Cette organisation risque donc de faire appel à la collaboration de certains extrémistes islamistes français qui n’apprécient pas la passivité et le respect démocratique de l’UOIF et du CFCM et qui voudraient profiter de l’arrivée en masse de djihadistes pour réorienter leur combat vers des actions violentes. Leur réveil risque d’être brutal.