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Démographie: Les dessous du « soft power » européen (Gunnar Heinsohn: Babies Win Wars)

Autre traduction, sur Objectif-Info, d’un article toujours aussi stimulant du démographe allemand Gunnar Heinsohn (dans le WSJ de mars 2006), sur « les nouveaux habits du ‘pacifisme européen’ et du ‘soft power’, comme… « cache-sexe de son impuissance »!

Extraits:

A l’époque de Waterloo, la France pouvait réunir 5% des hommes en âge de combattre dans le monde. L’alliance de la Grande-Bretagne (10 millions de personnes) et de la Prusse (10 millions aussi) prit l’avantage sur une France de 27 millions d’habitants.

Après 1945, l’Europe a perdu toutes les guerres qu’elle a menées, de l’Indochine, à l’Algérie et à Timor. Des euphémismes comme « l’émancipation des colonies » cachent les véritables causes de cet enchaînement de défaites.

Si les Européens avaient continué à se multiplier comme à l’apogée de leur période impérialiste, le monde tremblerait encore devant leurs armées. En 100 ans à peine, les pays musulmans ont reproduit la multiplication par dix que l’Europe a réalisée entre 1500 et 1900. Au cours du dernier siècle, la population musulmane a grimpé en flèche de 140 millions à 1.4 milliard.

Si l’Europe était parvenue à la multiplication par quatre observée aux États-unis (de 75 millions à 300 millions entre 1900 et 2006), les 1.6 milliards d’habitants de son continent auraient fait paraître bien chétives la Chine de 1.3 milliards et l’Inde de 1.1 milliards. Cependant, la part de l’Europe dans la population mondiale des hommes en âge de combattre, qui était de 27% en 1914, est aujourd’hui, avec 9%, inférieure aux 11% de 1500. Ainsi, les nouveaux habits du « pacifisme européen » et du « soft power » sont les cache-sexe de son impuissance.

Ce sont les bébés qui gagnent les guerres
Gunnar Heinsohn
Wall Street Journal
6 Mars 2006
Traduction: Objectif-Info.com

(de Babies win wars)

On admet habituellement qu’une nation est en train de mourir quand son taux de reproduction chute à 1.5 ou moins. Selon ce critère, 30 pays européens sont en passe de s’éteindre aujourd’hui ou alors ils voient, comme la France, leur culture et leur population métamorphosées par la croissance de minorités ethniques et religieuses.

L’Europe est en train de s’atrophier au moment où la population connaît une croissance explosive dans les pays islamiques, d’Afrique et l’Asie. En 2020, il y aura un milliard d’hommes en âge de combattre (entre 15 et 29 ans) dans le monde dont seulement 65 millions seront Européens. Au même moment, le monde musulman aura 300 millions de personnes de sexe masculin, souvent sans le moindre avenir chez eux.

On ne peut pas faire grand-chose pour inverser le destin démographique de l’Europe. Les 80 millions d’Allemands auraient besoin de 750.000 immigrés qualifiés chaque année jusqu’en 2050 pour compenser la baisse du taux de reproduction qui a commencé en 1975. Même si ce niveau d’immigration peu probable pouvait être atteint d’une façon ou d’une autre (on enregistre aujourd’hui l’entrée de 10.000 immigrés qualifiés par an seulement), l’âge moyen des Allemands passerait quand même de 42 à 52 ans et les Allemands de souche seraient réduits à une minorité dans leur propre pays.

Ce n’est pas la première fois que l’Europe emprunte un chemin périlleux, au bord du gouffre de l’extinction. Dans les années 1400, la peste bubonique et l’entreprise de conquête des armées musulmanes ont ramené la population de l’Europe de 70 à 40 millions. En 1484, le pape Innocent VIII répondit à la crise en décrétant la peine de mort pour les « personnes des deux sexes qui par des sortilèges et des procédés diaboliques, des atrocités et des transgressions affreuses, font périr des enfants encore dans le ventre de leur mère (ou qui) privent les femmes de la conception. » Des sages-femmes, qui étaient également expertes en contrôle des naissances et en avortement, furent poursuivies et exécutées.

Les résultats furent immédiats, avec des taux de reproduction aussi élevés qu’à Gaza ou au Niger aujourd’hui. Jusqu’en 1510, le nombre de naissances masculines en Angleterre doubla presque. De 1500 jusqu’à 1914, les femmes avaient en moyenne six enfants en Europe occidentale, deux fois plus qu’au Moyen Age.

L’économie européenne n’a pas pu continuer sur cette voie. Parce que la terre allait au fils aîné, les frères cadets étaient livrés à eux-mêmes, sans ressources. Ils ont rapidement trouvé une issue. Au 16ème siècle, l’Espagne appelait ses jeunes conquistadors « Secundones », les cadets, ceux qui n’héritent pas. Dès le second voyage de Christophe Colomb en 1493, les Européens de sexe masculin excédentaires (qui représentaient environ 10% des hommes en âge de combattre dans le monde à l’époque) ont commencé la conquête du monde. Et malgré des guerres aux quatre coins de la planète et 80 millions de vies perdues dans les luttes intestines et les génocides en Europe, la population s’est multipliée par dix pour atteindre 400 millions. La première bombe démographique est une invention européenne. Au cours des siècles qui suivirent, les Européens prirent le contrôle de 90% du globe.

Qui allait prendre le commandement de l’Europe ? Au début des années 1800, la France, la nation alors la plus peuplée d’Europe occidentale depuis 800 ans, a joué sa dernière carte. A l’époque de Waterloo, la France pouvait réunir 5% des hommes en âge de combattre dans le monde. L’alliance de la Grande-Bretagne (10 millions de personnes) et de la Prusse (10 millions aussi) prit l’avantage sur une France de 27 millions d’habitants.

A partir de 1861, la population allemande a dépassé celle de la France et peu de temps après l’Allemagne a infligé une défaite à son voisin d’outre Rhin. Au début du 20ème siècle, la part de l’Europe dans la population des hommes en âge de combattre avait cru jusqu’à 35%, dont 10% pour les empires de Berlin et de Vienne. En 1914 ces deux mastodontes ont utilisé leur avantage de population pour exercer la suprématie mondiale. Mais leur tentative de mettre la main sur l’essentiel de la terre d’Eurasie n’a pas pris en compte l’existence d’un nouveau venu sur la scène du monde. Bien que séparés par un océan, les États-Unis disposaient d’un potentiel démographique et industriel à peu près identique.

Le Japon, l’Italie et l’Allemagne furent les dernières grandes puissances qui ont essayé, sans succès, de soustraire des territoires aux autres puissances dominantes. Après 1945, l’Europe a perdu toutes les guerres qu’elle a menées, de l’Indochine, à l’Algérie et à Timor. Des euphémismes comme « l’émancipation des colonies » cachent les véritables causes de cet enchaînement de défaites. Si les Européens avaient continué à se multiplier comme à l’apogée de leur période impérialiste, le monde tremblerait encore devant leurs armées. En 100 ans à peine, les pays musulmans ont reproduit la multiplication par dix que l’Europe a réalisée entre 1500 et 1900. Au cours du dernier siècle, la population musulmane a grimpé en flèche de 140 millions à 1.4 milliard.

Si l’Europe était parvenue à la multiplication par quatre observée aux États-unis (de 75 millions à 300 millions entre 1900 et 2006), les 1.6 milliards d’habitants de son continent auraient fait paraître bien chétives la Chine de 1.3 milliards et l’Inde de 1.1 milliards. Cependant, la part de l’Europe dans la population mondiale des hommes en âge de combattre, qui était de 27% en 1914, est aujourd’hui, avec 9%, inférieure aux 11% de 1500. Ainsi, les nouveaux habits du « pacifisme européen » et du « soft power » sont les cache-sexe de son impuissance.

Avec un taux de reproduction de 2.1 qui assure le remplacement, les États-Unis sont encore défendables. Mais combien de fois l’Amérique peut-elle envoyer ses fils seuls à l’étranger pour empêcher tous les seconds, troisièmes ou quatrièmes enfants de s’engager dans les actes de violence ? Par certains côtés, plus tôt l’Europe s’effondrera mieux ce sera pour les États-unis. Ses chances de défaire le terrorisme global s’amélioreraient du fait de l’afflux, provoqué par la panique, de ce que le Vieux Monde compte de meilleur, de plus éclairé et de plus courageux pour le renforcer économiquement et militairement.

L’alternative au terrorisme des islamistes «secundones » ne sera pas la paix mais la conquête, comme elle l’a été pour leurs prédécesseurs, les «Évangélisateurs » du Pérou, du Mexique et de l’Inde. Le terrorisme n’est que le petit frère de la conquête.

M. Heinsohn est professeur de sociologie à l’université de Brême ; il est fondateur et président du Raphael-Lemkin-Institut.

Hezbollah dead baby tactics