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Israël et la disparition du  panarabisme

Par CAROLINE B. GLICK

Jerusalem Post 10/01/2014

http://www.jpost.com/Opinion/Columnists/Column-One-Israel-and-the-death-of-pan-Arabism-337738

Adaptation française de Sentinelle 5774 ©

Le message ne pouvait pas être plus clair : nous fondons notre stratégie nationale sur  un monde qui n’existe plus.

 

Le prétendu Printemps arabe a déchaîné des forces en sommeil depuis un siècle. Comme leurs homologues à travers la région, les minorités arabophones changent profondément. Mais nos dirigeants ne parviennent pas à saisir les implications de ce qui advient.

Songez à la communauté  chrétienne.

Le Père Gabriel Nadaf, prêtre grec orthodoxe de Nazareth, est devenu le symbole de cette nouvelle ère. Nadaf est le chef spirituel d’un mouvement chrétien israélien appelant la jeunesse chrétienne israélienne à servir dans Tsahal. Il est responsable de l’augmentation de 300 % de l’enrôlement arabe chrétien  dans Tsahal l’an dernier.
Nadaf ne dissimule pas son but ni sa motivation.

Il recherche la pleine intégration des 130,000 Chrétiens d’Israël dans la société israélienne. Il considère le service militaire comme la clé de cette intégration.

L’action de Nadaf est motivée par la persécution massive des Chrétiens à travers tout le monde arabe depuis le début de la vague révolutionnaire en décembre 2010.

Comme il l’a expliqué dans un entretien récent sur ‘Channel 1’, « C’est à la lumière de ce que nous voyons advenir à l’encontre des Chrétiens des pays arabes, la façon dont ils sont massacrés et persécutés de façon quotidienne, tués et violés, simplement parce qu’ils sont Chrétiens.

Est-ce que cela se produit dans l’Etat d’Israël ? Non, pas du tout ».
Shahdi Halul, capitaine de réserve chez les parachutistes qui travaille avec Nadaf, a déclaré : « Tout Chrétien dans l’Etat d’Israël devrait rejoindre l’armée et défendre ce pays pour qu’il existe à jamais. Parce que si, ce qu’à D.ieu ne plaise, le gouvernement est renversé ici, comme il l’a été en d’autres lieux, nous serons les premiers à en souffrir ».

Ces hommes, et leurs partisans, sont le résultat naturel du développement révolutionnaire le plus significatif du prétendu printemps arabe : la disparition du nationalisme arabe.
Comme Ofir Haivry, vice président de l’Institut Herzl, l’a expliqué dans le magazine ‘Mosaic online’, le nationalisme arabe est né du Panarabisme – invention de puissances européennes durant la Première Guerre Mondiale, en cherchant à attribuer au Moyen-Orient post Ottoman une nouvelle  identité.

Le coeur de la nouvelle identité était la langue arabe. Les aspirations religieuses, tribales, ethniques et nationalistes des Peuples arabophones de la région devaient être étouffées et remplacées par une nouvelle identité panarabe
Pour les Chrétiens de l’ancien Empire Ottoman, Le panarabisme était un moyen bienvenu de s’extraire de la férule des lois islamiques d’Omar, qui réduit les non Musulmans au statut de dhimmis impuissants, survivant selon le bon plaisir de leurs dirigeants islamiques.

Mais désormais le panarabisme est en lambeaux, de l’Afrique du Nord à la péninsule d’Arabie. La population de la région en est revenue à s’identifier par tribu, religion, ethnicité, et dans le cas des Kurdes et des Berbères, à une identité nationale non arabe. Dans cette nouvelle ère, les Chrétiens se trouvent eux-mêmes en péril, avec peu de protecteurs ou d’alliés voire pas du tout à se trouver.
Comme Haivry le note, le défi stratégique central d’Israël a toujours été de se confronter au panarabisme, inventé au moment même où les nations du monde adoptèrent le post-sionisme.

Depuis ses débuts, les dirigeants panarabes ont toujours considéré Israël comme le bouc émissaire sur lequel accrocher leur incapacité à réaliser la promesse du panarabisme de puissance et d’influence arabe mondiale.

Israël a changé sa position drastiquement sur le panarabisme au long des années. Autrefois, Israël pouvait voir des dangers dans le panarabisme et le nationalisme arabe.

Mais depuis 1993 dit Haivri, la stratégie nationale d’Israël a été fondée sur le compromis avec les chefs laïcs autoritaires panarabes, en offrant des territoires contre la paix à la Syrie et à l’OLP.
Haivry note que Shimon Peres est le parrain politique de la stratégie politique de compromis d’Israël, enracinée dans une mixture d’impuissance perçue d’un côté, et d’utopie de l’autre.

La notion d’impuissance est due à la conviction que Israël ne peut pas influencer son environnement. Que les Arabes ne changeront jamais. Que les voisins d’Israël se considèreront toujours avant tout comme des Arabes, et voudront toujours, plus que tout autre chose, des Etats arabes.
Dans le même temps, les partisans de l’accommodation ont la conviction utopique que le compromis israélien avec le nationalisme arabe palestinien brisera le mur du rejet panarabe, mettra fin à la haine de l’Etat juif, et conduira même les Arabes à inviter Israël à se joindre à la Ligue Arabe.
Le présumé Printemps arabe a fait voler en éclats toutes les croyances des partisans de l’accommodation. De l’Egypte à  la Tunisie, de l’Irak à la Syrie, les voisins d’Israël se combattent en tant que sunnites, shiites et salafistes, ou comme membres de clans et de tribus, sans une seule référence à la soi-disant primauté de leur identité arabe. Ce que la Gauche d’Israël obsédée  par un Etat palestinien n’est pas parvenue à réaliser, c’est que nombre de voisins d’israël ne partagent pas la volonté de faire de l’Etat d’Israël le bouc émissaire panarabe. Alors stipendier des nationalistes arabes maintenant largement discrédités avec un autre Etat arabe peut bien ne rien produire d’autre que la toute dernière victime des révolutions arabes.
C’est parce qu’ils voient ce qui advient à leurs coreligionnaires dans le Moyen-orient post panarabe que de plus en plus de Chrétiens israéliens réalisent qu’ils mèneront une vie plus sûre, plus prospère et plus épanouissante comme citoyens chrétiens dans la seule démocratie du Moyen-Orient que comme panarabes combattant la menace sioniste.
Mais les vieilles habitudes ont la vie dure. La plupart des chefs arabes israéliens élus doivent leurs positions à leur adhésion au panarabisme. Cette adhésion leur a apporté le soutien de l’OLP et de l’Europe, et depuis 1993, de la Gauche israélienne.
Ainsi, depuis qu’il est apparu en premier sur la scène, la vie du Père Nadaf a été constamment menacée.
Chacun des membres arabes de la Knesset jusqu’au chef du Conseil Grec Orthodoxe a lancé des incitation à la haine contre lui, le qualifiant lui et ses partisans de traître à la nation arabe palestinienne.
Il menace aussi la Gauche israélienne. Car sa vision de l’impuissance stratégique d’Israël et le besoin consécutif de se concilier ses voisins pour rester important, les forces panarabes du monde arabe doivent être perçues comme toujours dominantes, et même invincibles.

Ainsi, la Gauche israélienne refuse de considérer les plus larges implications stratégiques du bouleversement régional d’où émergea l’initiative de Nadal.

Pire encore, la politique officielle du gouvernement Netanyahou apparaît fondée sur cette vision de gauche incohérent de la région. C’est l’implication du discours défaitiste du ministre des affaires étrangères Avigdor Liberman à la conférence annuelle des ambassadeurs dimanche dernier.
Le discours de Liberman a été considéré avec justesse comme la supposée rupture formelle du politicien de l’aile droite avec son camp idéologique, et son adhésion à la Gauche. Dans ses remarques, il a fait savoir que, comme la Gauche, il fonde maintenant ses positions sur un déni complet ou un évitement de la réalité.

Il a été félicité pour cela pou sa “maturité” par Peres qui se tenait sur l’estrade près de lui.

Dans son discours, Liberman a reconnu que le plan de paix du gouvernement Obama pour Israël et les Palestiniens est horrible pour Israël. Mais dit-il, il vaut mieux que le plan de paix de Européens.
Sans jamais envisager de dire non aux deux, Liberman a dit qu’il croit que nous devrions le mauvais accord américain. Sa seule condition est d’insister pour que l’OLP accepte des villes en Galilée avec leurs 300.000 résidents arabes israéliens.
La cession par Liberman de la Galilée est une composante clé de son plan d’échange de population. Selon ce plan, Israël conserverait le contrôle sur la fraction de la Judée et de la Samarie dans laquelle vivent un grand nombre d e Juifs israéliens, en échange de la zone de Galilée qui est le foyer de 300.000 Arabes israéliens. Ce plan aurait été présenté au secrétaire d’Etat des USA John Kerry comme une position israélienne officielle.
En d’autres termes, le gouvernement a échoué à reconnaître les implications de la mort du panarabisme. En maintenant leur dévotion servile à la formule du deux Etats, et considérant les Arabes en Galilée, Judée, Samarie, à Jerusalem et dans les Etats voisins comme un bloc impénétrable, ils placent l’avenir d’Israël entre les mains d’acteurs qui ont déjà  disparu ou vont disparaître bientôt. Au lieu de construire des alliances avec des citoyens non juifs d’Israël, comme les Druzes et les Chrétiens, qui sont plus qu’heureux de défendre Israël contre des islamistes et d’autres fanatiques régionaux, le gouvernement Netanyahou insiste pour lettre l’avenir de l’Etat entre les mains de panarabes dont l’emprise sur le pouvoir se dissipe et qui ne voudront jamais coexister de leur propre gré avec Israël quoi qu’il en soit.
Nadaf et se partisans répondent avec mépris à l’allégation – répandue par des membres de la Knesset comme Haneen Zoabi et Basel Ghattas, entre autres – qu’ils sont des traîtres à la nation arabe palestinienne.

« Quand quelqu’un me dit : “Nous sommes tous des Arabes”, je lui réponds : « Non, nous ne sommes pas tous Arabes. Vous êtes un Arabe. Je ne le suis pas » a déclaré Halul sur ‘Channel 1’.
Samer Jozin, dont la fille Jennifer a choisi de servi Tsahal au lieu d’un école médicale, est d’accord.
« Me dire que je suis un Palestinien est une malédiction. Je suis, grâce à D.ieu, un Chrétien israélien et fier de l’être. Et je remercie D.ieu d’être né sur la Terre d’Israël », dit-il.

Le message ne pouvait pas être plus clair : nous fondons notre stratégie nationale sur  un monde qui n’existe plus.

Aujourd’hui, nos alliés de longue date les Kurdes se sont taillés des Etats virtuellement indépendants par eux-mêmes en Irak et en Syrie.

Les Chrétiens a travers la région sont sur le départ. Les Druzes de Syrie et du Liban sont exposés au danger sans protection, et cherchent de l’aide.
De même les Musulmans, comme le note Haivry, sont divisés selon des lignes sectaires et politiques, et en guerre les uns contre les autres sur les champs de bataille de la région. Pendant qu’ils se battent, ils ont peu de temps à distraire pour reprocher leurs échecs à Israël.
Cet état de choses a des implications pour la minorité musulmane arabe d’Israël. Aucun des camps musulmans en guerre dans la région n’est un foyer naturel pour la communauté musulmane d’Israël. Une communauté qui a vécu dans une société ouverte et libre depuis 65 ans ne se tourne pas naturellement vers le salafisme. Israël est un endroit bien plus facile pour la plupart des Musulmans israéliens.
Au minimum, aucun ne s’en porterait mieux si les forces d’Israël les jetaient dans l’une des factions en guerre en Syrie ou au Liban, ou parmi les forces de moins en moins crédibles de l’Autorité Palestinienne.
Il peut bien y avoir des centaines de versions musulmanes du Père Nadaf n’attendant qu’un signal de notre gouvernement indiquant que nous voulons qu’ils conduisent leur communauté vers notre société.
Le Moyen-Orient post panarabe dévoile la vérité qui a été obscurcie depuis un siècle. Les Juifs et leur Etat juif sont une composante naturelle de notre voisinage diversifié, exactement comme les Kurdes, les Chrétiens, les Druzes, les diverses sectes musulmanes, et les Arabes. La disparition du panarabisme est notre grande opportunité, au plan interne et régional, pour construire les alliances dont nous avons besoin pour survivre et prospérer. Mais aussi longtemps que nos dirigeants insisteront pour s’accrocher au rêve désormais sans valeur de compromis avec les défunts panarabistes, nous perdrons ces opportunités et convaincrons nos alliés que nous sommes traîtres, déloyaux et futiles.

Cle nouveau livre de Caroline Glick : “The Israeli Solution: A One State Plan for Peace in the Middle East, doit paraître le 4 March 2014.