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Netanyahu et les somnambules (info # 012203/15) [Analyse]

Par Guy Millière © Metula News Agency

Hermann Broch fait paraître en 1931, à Munich, le premier volume de son roman Les somnambules. Il y analyse la dissolution des valeurs de son pays, l’Autriche, avant la Première Guerre Mondiale, la cécité qui en a résulté, et le désastre qui a suivi. Il est clair qu’il évoque, en filigrane, un autre désastre en gestation.

L’époque où nous vivons est très différente sous de nombreux aspects, mais elle est marquée, elle aussi, par un somnambulisme préoccupant. C’est dans tout le monde occidental que s’opère présentement une dissolution des valeurs. Et c’est dans tout le monde occidental que s’installe une cécité. Nous n’en sommes pas encore au désastre, mais le désastre peut survenir.

Au sein de l’Europe, des analyses très parcellaires circulent concernant une « crise économique » touchant le continent, mais quasiment aucune analyse d’ensemble ne circule venant expliquer que la « crise » est une crise politique, culturelle, démographique, tout autant qu’une crise économique.

Winston Churchill

« Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur.

Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre »

Aucune lecture du monde ne s’opère prenant en compte des repères essentiels tels que la différence entre démocratie et dictature, entre liberté et oppression. D’étranges et tortueux discours teintés d’un apaisement suicidaire hantent l’atmosphère, suggérant que l’Iran des mollahs n’est pas si dangereux, ou que le pays juif est la cause essentielle de la rage musulmane.

Aux Etats Unis, des discours plus lucides peuvent se tenir. La dissolution des valeurs n’est pas encore aussi intense qu’en Europe. Mais la cécité a beaucoup gagné de terrain, puisqu’elle a permis l’installation à la Maison Blanche d’un homme qui a pour unique profession, depuis sa jeunesse, la dissolution des valeurs et l’installation de la cécité ; ce qui, bien sûr, fait qu’il est tenu en haute estime en Europe, quitte à démentir le proverbe, « il faudrait dire qu’au royaume des aveugles, le roi des aveugles est, logiquement, roi ».

A côté des discours plus lucides qu’on entend aux Etats-Unis, des discours se multiplient, porteurs d’analyses aussi parcellaires que ceux qui circulent en Europe, et qui semblent avoir pour but d’entraîner les Etats Unis vers les engrenages qui broient actuellement l’Europe. Des discours porteurs d’un effacement des repères, alors que d’autres disent ce qui se dit en Europe concernant l’Iran, le pays juif et la rage musulmane.

Dans un pareil contexte (assez effroyable et assez inquiétant, car il peut conduire au désastre), il est des femmes et des hommes qui savent se dresser au-dessus de l’époque, pour dire ce qui doit l’être. Quand ils sont écrivains, ou intellectuels, ils analysent, ils énoncent, et laissent leurs analyses et leurs énoncés comme les signes que tout, en leur époque, n’était pas que cécité.

Quand ils sont dans la politique, ils peuvent tenter de faire davantage. Winston Churchill, au vingtième siècle, a tenté de faire davantage, et, dans les années 1940, face à la dissolution des valeurs et à la cécité de son temps, il a dit et fait ce qui devait l’être. Il n’a pas toujours été écouté : il avait prévenu des intentions d’Hitler avant qu’elles prennent, abominablement, forme. Et il avait prévenu des intentions de Staline bien avant que celles-ci se concrétisent. Il a, parfois, pu éviter le pire. Nombre de Britanniques lui ont tardivement (parfois trop tardivement) rendu hommage.

J’ai, dans d’autres articles, placé Binyamin Netanyahou à la hauteur de Winston Churchill. Je persiste et je signe : Binyamin Netanyahou perçoit la dissolution des valeurs qui règnent en Europe et qui gagnent aux Etats Unis. Il rappelle, face à cette dissolution, ce qui doit l’être. Il discerne la cécité hégémonique en Europe et installée à la Maison Blanche, et il rappelle, là encore, ce qui doit l’être.

Il défend et incarne la sécurité d’Israël dans un contexte très difficile et très délétère.

Il a, en prenant tous les risques, car il n’a cessé de savoir l’hostilité de l’occupant de la Maison Blanche, rappelé pourquoi l’Iran des mollahs est dangereux. Non pas seulement pour Israël, mais pour le monde.

Il a désigné la rage musulmane comme la pathologie majeure de ce temps et expliqué que non, le pays juif n’en est pas la cause essentielle.

En parlant comme il l’a fait en France, en janvier, après l’attaque djihadiste au magasin Hyper Cacher, il ne fait aucun doute qu’il percevait la nature des engrenages qui étaient en marche.

Il a dit, et dit encore, ce qui doit l’être. Il a fait, et fait encore, ce qui est en son pouvoir. Il a prévenu, et prévient, avant que le pire prenne forme. Il a tenté, et tente de contribuer à éviter le pire.

Nombre d’Européens le détestent tout autant que l’occupant de la Maison Blanche le déteste, mais être détesté par certaines personnes est un honneur.

Nombre d’Israéliens l’ont beaucoup critiqué, voire traîné dans la boue, avant que le peuple d’Israël, dans un élan de lucidité digne d’éloges, lui donne, aux élections du 17 mars dernier, une victoire essentielle pour le futur d’Israël et celui du monde.

Nombre d’Israéliens lui rendent hommage dès aujourd’hui. Des Israéliens en plus grand nombre encore lui rendront hommage plus tard, lorsque d’épiphénoménales médiocrités auront rejoint le néant qu’elles n’auraient jamais dû quitter.

Je pense utile de lui rendre hommage dès aujourd’hui et de rappeler ce qui doit l’être.

Il reste à Binyamin Netanyahou à former un gouvernement, puis à gouverner Israël encore, dans une période très difficile.

Il sera à la tête d’Israël quand Obama quittera la Maison Blanche.

Il sera dans l’histoire d’Israël et dans l’histoire du monde quand d’autres auront quitté l’histoire du monde par la porte de service.

Dans un article haineux et ressentimental publié par le New York Times, le somnambule Thomas Friedman, admirateur d’Obama et du communisme chinois, vient d’écrire que Binyamin Netanyahou marquera l’histoire en conduisant Israël vers l’anéantissement. Il ne fait qu’exhiber son somnambulisme, et celui du New York Times.

Je reviendrai la semaine prochaine sur les défis auxquels le prochain gouvernement israélien devra faire face, et il devra leur faire face très vite.

Il me semblait indispensable aujourd’hui d’écrire ce que je viens d’écrire : pour prendre date.