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Biskra, le berceau de ma tribu où mes ancêtres juifs vivaient et nomadisaient avec les tribus berbères, des siècles avant l’arrivée des colonisateurs arabes,
ils y possédaient des palmeraies et utilisaient des caravanes de chameaux pour se déplacer et ma grand-mère Sultana – que j’ai connue – a accouché de plusieurs de ses 13 enfants dans des baçours (tentes en forme de goutte d’eau placée sur le dos des chameaux)

Biskra où nous passions toutes nos vacances dans les maisons des grand-mères et des innombrables tantes,
maisons dans lesquelles à l’entrée se trouvaient une pièce réservée aux voyageurs nécessiteux qui pouvaient y entrer par une porte indépendante et y passer la nuit en tout discrétion
où en bandes d’enfants hurleurs nous dévalions les rues en terre pas encore goudronnées,
les méchouis dans les palmeraies sous les palmiers au dessus desquels des tapis étaient étendus pour faire de l’ombre aux invités, et d’autres sur le sol pour s’y allonger et gouter les dizaines de plats fantastiques qui se trouvent encore sur nos tables aujourd’hui
où les enfants des Bachagas récitaient les fables de La Fontaine et autres poèmes de classiques français appris avec nos mêmes maitres dans les écoles de la République
où j’ai appris à faire du vélo en atterrissant dans les seguias boueuses (canaux d’irrigation)
où , accompagnée d’une vieille tante, j’ai emprunté le premier vol d’Air Algérie, -cette toute jeune compagnie d’aviation – pour arriver sur la piste en terre du futur aéroport même pas équipé d’un escalier pour la descente des passagers et où pour la plus grande joie des enfants , nous avons dû descendre de l’avion avec une corde à nœuds

un jour, beaucoup plus tard, plus de 30 ans plus tard, dans un avion, alors que je revenais d’Afrique, la femme d’un haut fonctionnaire français m’a offert un livre sur Biskra écrit par un de ses oncles qui faisait partie de l’administration française à l’époque de mon enfance
j’ai été sidérée – au sens littéral- de constater qu’il décrivait une ville et une vie qui m’étaient totalement inconnus
J’ai découvert que nous vivions dans deux mondes parallèles qui s’ignoraient et qui n’avaient de contact qu’à l’occasion de formalités administratives
ce fut un grand choc et un grand chagrin qui ne s’est jamais estompé .

un jour, avant l’indépendance,Ferat abbas le père de l’indépendance algérienne , qui fut un ami d’enfance et d’études de mon père , lui a dit , devant moi,  » nous allons avoir notre indépendance, et nous aurons besoin d’hommes comme toi pour nous aider dans ce chemin » et mon père lui a répondu ‘mon ami, l’avenir de mes enfants n’est pas en Algérie »
et il avait raison, et je suis là, devant vous , en train de vous écrire pour vous décrire un pays aujourd’hui comme d’autres pays gouvernés par une religion qui n’offre aucun avenir à ses enfants , depuis un pays qui fait partie de ce qu’on appelle « le monde libre » celui qui conduit ses enfants vers le progrès et le développement .
nous sommes aujourd’hui arrivés à l’Heure de Vérité! que D.ieu nous protège tous !
amen !!
Sultana