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LE CŒUR ENDURCI DE PHARAON

Par Eytan Ellenberg
pour Guysen Israël News (http://www.guysen.com)

Le 9 septembre 2003
Dossier spécial Terrorisme

RÉFLEXIONS SUR LE TERRORISME, LA LIBERTÉ ET LA VIE

I. Les limites de la théorie

– Comprendre, mais pas expliquer

– Déterminisme, libre nécessite

II. Sortir de l’instinctivisme et du béhaviorisme

– Présentation

– Contre l’instinctivisme

III. Nécrophilie et terrorisme palestinien

– Du terrorisme et du suicide

– Nécrophilie comme agressivité maligne

– Place du martyr dans l’Islam

– Religion : condition nécessaire mais non suffisante

– Portrait d’un meurtrier

– Culte de la mort

– Discours et culte de la mort

– Éducation palestinienne et culte de la mort

IV. Conclusion

********************Lorsque Moïse vient demander la libération des hébreux au Pharaon, celui-ci refuse obstinément. La longue litanie des plaies qui touche son pays et son peuple n’a pas l’effet souhaité : la toute puissance égyptienne ne semble pas vouloir répondre à l’ordre d’un ancien esclave. Le cœur de pharaon s’endurcit, ne permettant pas à l’envoyé de Dieu de libérer son peuple du joug égyptien. Ce processus d’endurcissement du cœur de Pharaon constitue, selon E. Fromm, le «trait central de la conduite du Pharaon. Plus il refuse de choisir le bien et plus son cœur devient dur.»[1] Pharaon, frère de Moïse, ne parviendra pas à accepter cette libération, tant fut ancrée, en lui, l’inégalité constitutive des hébreux: le soumis ne peut soumettre. Son cœur, dur comme de la pierre, n’est plus apte à choisir la vie et la liberté: la haine est trop forte. Fromm pousse le raisonnement jusqu’à se demander si le Pharaon possède encore la liberté de choix. C’est d’ailleurs pour cela que nos sages se demandent pourquoi Dieu punit, aussi durement, les Égyptiens: la réponse en est que ces derniers ont pris plaisir à faire du mal aux hébreux, ils ont fait plus que ce qui était «convenu».

Cette métaphore biblique peut nous aider à comprendre le phénomène du terrorisme suicidaire à l’œuvre, notamment &endash; et cela constituera notre objet de réflexion &endash; en Israël. Ce phénomène &endash; terrorisme suicidaire – n’est pas nouveau: on en retrouve la trace au 11ème siècle parmi les Hashshâshîn musulmans et les Asiatiques du 18ème siècle.[2] Cependant, il est d’une actualité brûlante depuis quelques années en Israël, aux États-Unis et au Sri Lanka. Yoram Schweitzer nous rappelle, en août 2001, que plus de 300 attaques suicides ont eu lieu dans quatorze pays différents et par 17 organisations terroristes différentes. Ce chiffre a du clairement monté au cours des années 2001 et 2002 avec la seconde Intifada, véritable guerre terroriste.

Le Hizballah libanais, «pionner dans ce domaine», a commencé ses actions suicides en 1983, le Hamas, modèle s’il en est du terrorisme suicidaire, en 1993-1994, eu après les accords d’Oslo, comme pour bien signifier, aux yeux de l’opinion internationale, qu’il est hors de question, d’accepter l’idée de deux États pour deux peuples; L’idée même de paix les horrifie. Les acteurs de ce type de terrorisme ont endurci leur cœur d’une haine indicible face à leur ennemi déclaré &endash; qu’il soit américain, israélien, français…- et n’ont plus la capacité de retrouver chemin de la vie. Cet enracinement dans la mort est selon nous caractéristique de cette nouvelle technique terroriste car le contexte, la préparation et l’acte en lui-même relèvent d’un amour de la mort. Cet amour de la mort ou nécrophilie est à l’opposé de la biophilie qui est l’amour de la vie. Les terroristes, ainsi programmés pour mourir, sont éduqués, préparés en harmonie avec la mort et dans un but final de tuer l’autre, tout en se retirant la vie. Comment peut-on ainsi abandonner sa vie pour une cause? Comment peut-on ainsi s’exploser dans une rue de Jérusalem ou de Tel-Aviv dans le seul espoir d’y faire un massacre? Comment est-on poussé à le faire? Autant de questions primordiales et brûlantes. Le terrorisme suicidaire présente cette toute particularité macabre et avilissante de demander, à un adolescent ou un jeune adulte, de se donner la mort pour assassiner le maximum d’êtres humains. On ne peut comprendre ce type d’actions si l’on ne prend pas en compte cet aspect si spécifique. Tandis que placer une voiture piégée et appuyer sur un bouton place le terroriste à distance de son acte, le terroriste suicidaire est au contact direct et meurt avec ses victimes. Sa présence si rapprochée aux victimes lui donne une puissance de feu, de précision et d’absolue surprise. Il rend compte aussi d’une lâcheté constitutionnelle de l’acte: le terroriste suicidaire ne pourra jamais se confronter à la vue des corps déchiquetés par la bombe qu’il porte. C’est également par sa puissance symbolique que terroriste suicidaire; puissance également psychologique sur l’adversaire désigné: je peux t’atteindre où je veux et quand je veux &endash; la mort ne me fait pas peur, je l’aime, c’est elle qui me transporte: je ne suis pas mû par le désespoir mais par la passion de détruire.

Cette question du terrorisme suicidaire pose un problème philosophique important pour plusieurs raisons: la première est de ne pas justifier l’acte lui-même: la tentation d’explication du geste par l’influence déterminante et exclusive des facteurs sociaux sur leurs auteurs aboutit aisément à une justification de l’inacceptable; finalement, c’est la dissolution de la responsabilité des auteurs dans les causes. En effet, un homme ou une femme qui se suicide, qui devient un moyen et non plus une fin est sûrement, elle-aussi une victime. Nous reviendrons dans une première partie sur ce discours sociologiste qui cache, en fait, une volonté idéologique de culpabilisation de l’adversaire. Cependant, comprendre n’est pas expliquer et comprendre ces phénomènes nous semble nécessaire. En effet, identifier les mécanismes d’endurcissement de ces cœurs peut nous permettre de déchiffrer un peu mieux ces actes ignobles pour envisager des solutions. Notre but est de proposer une théorie de déchiffrage des attentats dits suicides dans une logique qui permettra l’attribution de responsabilités et un éclaircissement sur les mécanismes mis en œuvre. Cette analyse empruntera à la psychanalyse, qui repose sur la conception dynamique du comportement humain: «ou en d’autres termes l’idée que le comportement est motivé par des forces extrêmement puissantes et que seule la connaissance de ces forces peut nous permettre de comprendre et de prévoir les actions humaines.»[3]

Nous voulons comprendre, comme le suggère Dilthey: «la compréhension (verstehen) est une orientation que la conscience acquiert dans le monde, mais qui n’en est ni une «image» mentale, ni une simple représentation; elle consiste dans la capacité d’inscrire un phénomène dans les articulations de ce monde.»[4] La compréhension s’allie également à la responsabilité, c’est parce que nous sommes responsables que nous ne pouvons pas nous dérober de la compréhension. Cette compréhension est aussi problématique dans le sens où elle nécessite une approche objective d’un phénomène qui ne nous laisse pas indifférent. Travailler sur des objets détestables présente, comme nous le rappelle Paul Zawadzki, des problèmes épistémologiques et moraux. La question du pourquoi est tangente car la limite entre le comprendre et l’expliquer est fragile, mince crête parfois invisible, mais parfois franchie avec allégresse. L’explication vaut souvent justification et la justification met sous silence les responsabilités. Les criminels doivent rester des criminels. Dire que ces terroristes ne peuvent, que difficilement, agir autrement, c’est réactiver une grille sociologisante débilitante qui nous dit: «ils ne sont pas responsables de ce crime, voyez comme ils sont désespérés, comme ils souffrent de l’occupation militaire, de l’impérialisme américano-sioniste», quand ce n’est pas «la revanche du faible sur le fort»!

Après avoir exposé nos limites théoriques (première partie) qui sont celles de l’explication et du déterminisme, nous aborderons les théories de l’agressivité que sont l’instinctivisme et le béhaviorisme pour en sortir leurs faiblesses explicatives, pour notre cas présent (seconde partie). La troisième partie présentera un syndrome clinique décrit par E. Fromm dans les années 60, qui est celui de l’avilissement: «syndrome qui pousse ceux qui en sont atteints à détruire pour le plaisir de détruire, et à haïr pour le plaisir de haïr.»[5] Ce syndrome est l’association de trois phénomènes qui sont la nécrophilie ou amour de la mort, des formes malignes de narcissisme et la fixation à une symbiose incestueuse. Il représente le penchant caractériel symétriquement opposé du syndrome de l’épanouissement, lequel englobe amour de la vie, amour de l’humanité et indépendance. Le but de cette réflexion est d’aboutir à une théorie de l’agressivité qui tient debout face aux limites que nous allons lui poser. Il est aussi de condamner, le plus clairement possible, ces actes monstrueux: la barbarie est en guerre contre l’humanité.

I. Les limites de la théorie

Comprendre, mais pas expliquer

Afin d’entrevoir une théorie de l’agressivité applicable à notre objet, il est nécessaire de lui apposer des limites &endash; que nous souhaitons non franchissables. La première à envisager est de ne pas tenter d’expliquer, pour ne pas justifier, c’est à dire ne pas poser sur l’objet une cause une et une seule, extérieure à l’individu, qui dévoierait la réflexion car elle ne permettrait plus &endash; par cette attribution collée à l’objet &endash; d’y apposer une responsabilité, qui serait alors dissoute dans la cause. En effet, retirer la cause supposerait la disparition de l’agressivité. Si je suis mû par une force extérieure, je ne suis plus responsable de ce que je fais et, du coup, la responsabilité retombe sur cette cause. Si des parents frappent leurs enfants, il est «normal» que ces derniers frappent, à leur tour, leurs propres enfants: cercle vicieux qui n’aboutit à pas grand chose hormis la déresponsabilisation des acteurs face à leurs crimes. C’est la question du déterminisme: je suis déterminé à agir de la sorte car j’ai «été» poussé par les autres &endash; souvent les victimes &endash; à le faire, je n’avais que peu de choix.

La principale dérive dans ce sens revient donc à expliquer un phénomène par une cause extérieure, si possible rejetant la cause sur les victimes, pour dédouaner dans un certain sens l’acteur agissant, déterminé par celle-ci et ne pouvant pas en sortir. Selon le modèle de Hempel, il n’y a d’explication scientifique que dans la mesure où la connexion entre des évènements singuliers peut se déduire d’une loi ou d’une proposition générale. Ce causalisme est problématique car ces causes sont situées à l’extérieur comme dans l’explication durkheimienne dans laquelle le fait social s’impose à l’individu et le contraint. Fromm nous rappelle, dans le cœur de l’homme, que les penseurs de la renaissance, ainsi que, plus tard, Marx soutenaient que tout ce qu’il y a de mauvais dans l’homme est purement et simplement le résultat des circonstances; et, que par conséquent, celui-ci n’est pas à proprement parler confronté à un choix. Que l’on change simplement les circonstances qui engendre le mal, pensaient-ils, et la bonté originelle de l’être humain se manifestera au grand jour de façon presque automatique. Le discours sociologiste qui appose sur l’individu la force déterminante et exclusive des facteurs sociaux pose des problèmes majeurs dans le cas qui nous intéresse. C’est un peu la conception rousseauiste de l’homme, originellement bon, perverti par l’histoire. L’homme serait «naturellement» bon, la responsabilité des malheurs du monde ne repose plus sur ses épaules mais, en grande partie, sur celles de l’environnement social. Ce que l’on souhaite développer présente deux aspects: le social, qui environne le terrorisme suicidaire, avec l’exemple caractéristique de la société palestinienne, prédispose à l’action mais l’acteur, lorsqu’il agit, ne saurait être tenu pour non responsable: tout autant que les chefs des cellules terroristes que les exécutifs sont responsables de chaque attentat.

Dans ce sens, la réflexion qui explique le terrorisme palestinien ou arabo-islamique du 11 septembre comme la conséquence – inévitable – des agressions impérialistes américaines ou sionistes ou simplement occidentales vers le monde arabo-musulman implique nécessairement la dissolution &endash; tant a priori qu’a posteriori &endash; de la responsabilité des auteurs sur les causes. Le cercle vicieux se boucle ainsi sur les victimes, devenues par un tour de passe-passe idéologique, autant responsables que sacrifiées pour la cause fanatique. Pour Zawadzki: «la nécessité historique mise en évidence par l’explication causale abolit par conséquent la possibilité même de penser la responsabilité. Plus exactement, on prend le risque d’une dissolution du devoir être et de la responsabilité dans les causes». Cette porte ouverte laisse libre cours aux intellectuels sociologisants pour la cause des opprimés considérant qu’il n’est pas possible de blâmer des âmes portées au désespoir, justifiant par-là l’injustifiable; le représentant personnifié de ce courant fut, sans conteste, Bourdieu: penseur du dominant et du dominé. Ainsi, Monique Canto-Sperber nous donne quelques mécanismes éclairant l’après 11 septembre: comment fonctionnent les arguments qui visent à dédouaner et à justifier &endash; consciemment ou inconsciemment &endash; les actes horribles perpétrés par les terroristes de Ben Laden: «D’abord, la réticence à définir l’acte indépendamment de la situation sociale ou historique où se trouve celui qui l’a commis. On dit alors que le lynchage, l’assassinat aveugle, quand ils sont perpétrés par ceux qui sont ou se présentent comme opprimés ou victimes, ne peuvent être décrits de la même façon que lorsqu’ils sont commis par ceux qu’on désigne comme oppresseurs. (…) Mais c’est là une perversion de l’intellect. Aucune explication par les causes sociales ou psychologiques, aucune explication par le but, ne peut modifier la qualification morale de ce qu’est l’acte de lyncher ou de tuer. Quelle que soit l’appréciation d’ensemble qu’on porte sur une situation de conflit, dissoudre l’acte terroriste dans son contexte, c’est faire passer une explication pour une justification subreptice.»[6] Il appartient à ces auteurs de ne pas oublier que le désespoir ne peut être «la» cause du terrorisme car «le désespoir ne fabrique pas les bombes humaines, elles feraient sinon le quotidien de cette planète: du Tibet au Kurdistan, quid de tant de situations désespérées, où l’on n’entend guère parler de bombes humaines.»[7] Il ne suffit pas d’être désespéré pour s’exploser; et, au contraire, on peut s’exploser, dans une tour du World Trade Center, en étant un nanti du monde: un saoudien ayant suivi des hautes études, et, disposant, d’un compte en banque bien rempli. Le terrorisme suicidaire, pour être compris et analysé, doit être sorti de son symbolique et son impact psychologique: c’est une nouvelle technique terroriste et non la nouvelle forme d’expression des rapports nord-sud.

Il convient bien de rappeler, car cela est parfois oublié ou mis sous silence, que l’acte de terrorisme est un crime qui, si répété comme cela se déroule en Israël, est qualifiable de génocide ou de crime contre l’humanité, Médecins du Monde parle même de «démocides». Le récent rapport d’Amnesty International, organisme pourtant peu enclin à supporter la cause d’Israël, va dans ce sens très clairement. Le génocide est défini dans le petit Robert comme la «destruction méthodique d’un groupe ethnique.» Il n’y a donc aucune théorie explicative que l’on pourrait utiliser si elle fait passer des crimes pour de simples actes désespérés. Il n’y a aucun de moyen de s’entendre dans la lutte contre ce phénomène si l’on reste encore dans de vieux schémas usités et inopérants.

Monique Canto-Sperber appelle à une volonté de comprendre critique qui doit «refuser de diluer dans le malheur social et politique, puis d’excuser pour cette raison, des actes de terreur sans discrimination ni but.» L’explication sociologisante, scientifique ne semble pas applicable mais nous pouvons tenter une compréhension non déterministe. «Échappant au nécessitarisme de la relation causale, elle préserve la possibilité du jugement. [8] Un autre mécanisme vient rebuter la responsabilité: si le sujet qui tue est mû par des forces qui le déterminent, il est alors objet; et s’il est objet, il n’est plus dés lors responsable… L’homme de Kant, défini par sa finalité, est ici devenu moyen. Comment légitimer des actions où l’on réifie des êtres humains pour sa cause? Le martyr n’est plus un acte religieux porté par un être humain ayant la foi (douteuse) mais la transformation d’un musulman en une technique terroriste: une bombe humaine. Le martyre est pourtant un objet social de convoitise dans de nombreuses contrées, et, notamment, dans les territoires contrôlés par l’autorité palestinienne. Nous y reviendrons par la suite. Il y a donc ici un mécanisme fondamental qu’on ne saurait éviter: le terroriste n’en est plus vraiment un si, l’on dit de lui qu’il est désespéré, car, du coup, on en fait un simple pantin: soumis à des forces extérieures &endash; la misère, l’occupation, la soumission -, il ne peut être tenu responsable de ce qu’il va faire, c’est le même mécanisme utilisé dans les actes commis par des malades psychiatriques, la justice les considère comme n’étant pas en possessions de leurs moyens intellectuels et du coup, sont des «incapables».

Cette violence réactionnaire pourrait se comprendre comme une agressivité engendrée par la frustration; mais, il est clair, pour Fromm, que cette agressivité est au service de la vie, et «qu’elle ne vise pas à détruire pour le plaisir de détruire.»[9] Les Palestiniens ou autres représentants d’un tiers-monde fantasmé sont frustrés et, du coup, réagissent violemment, n’ayant que ce «seul» moyen pour s’exprimer.

La théorie à construire doit donc tenter de comprendre les mécanismes qui aboutissent à ce type d’acte en évitant le déterminisme rigide et l’explication sociologisante douteuse, qui a deux buts selon les auteurs: soit le combat idéologique pour une cause que l’on soutient; et, pour cela toute action allant dans son sens est bonne – légitimer des actes mêmes injustifiables ne pose plus problème car la responsabilité n’occupe plus l’acteur mais les causes qui l’on fait agir de la sorte; Soit refouler le problème pour ne plus en parler et occulter sa présence indéfectible en conscience telle la Shoah restée encore aujourd’hui en travers de nombreux intellectuels juifs et non juifs, qui ne passe pas pour paraphraser Françoise Giroud. Ici, l’agressivité est maligne, pour reprendre la catégorisation Frommienne: c’est à dire visant la destruction et n’étant pas au service de la vie, comme l’agressivité bénigne mais au service de la mort. Il y a comme un pacte passionnel passé avec le diable et la mort.

Déterminisme, libre nécessite

Il est vrai que nous pourrons difficilement argumenter que l’acteur terroriste n’est pas devenu objet pour sa cause dans le cas du terrorisme suicide. En effet, la préparation et l’endoctrinement qui sont nécessaires à l’action supposent la réification de l’actant. Celui-ci oublie sa capacité de choisir entre la vie et la mort au moment de passer à l’action et reste orienté, dans les derniers moments, vers sa mort et la mort de ceux qui vont l’accompagner &endash; sans choisir, eux. Car l’homme, ainsi préparé, voire programmé à tuer et à perdre sa vie pour cela, est libre de choisir tout au long de son cursus terroriste la voix du bien et de la vie. Cette liberté lui est offerte mais, il choisit de devenir objet de la mort et par-là abolit &endash; lui-même &endash; sa capacité d’opter pour la vie. Dans son dernier ouvrage, Henri Atlan traite de la libre nécessité et consacre le sujet comme celui qui, sachant sa vie déterminée par différentes forces, saura agir en fonction de celles qu’il souhaite. Le terroriste choisit pleinement et consciemment son orientation mortelle. Cette relation impossible entre libre arbitre et causalité caractérise le déterminisme, comme nous le rappelle Durkheim dans ses cours de philosophie au Lycée de Sens en 1884: «Plusieurs systèmes ont dit que l’homme n’est pas libre, que tout se passe en lui suivant des lois bien déterminées. De là vient pour ces doctrines le nom de déterminisme. On confond souvent le fatalisme et le déterminisme. C’est une erreur. Le fatalisme suppose que tous les êtres dépendent d’une volonté supérieure, toute puissante, mais arbitraire et capricieuse. Tel était le fatum antique, le destin mahométan. Ce système aujourd’hui est à peu près tombé. (…) L’argument essentiel du déterminisme est l’inconciliabilité du libre arbitre et du principe de causalité. (…) Les déterministes résument leur doctrine dans cette comparaison: une balance inclinant du côté où les poids sont les plus lourds ; les poids représentent les motifs, tout se passe mécaniquement dans la volonté. (..) Les déterministes se trompent seulement sur la place de la liberté dans l’acte volontaire. Cette faculté de suspendre l’action est ce qui nous distingue des êtres inférieurs. Les choses ne délibèrent pas; elles n’ont pas le choix entre les contraires; l’animal conçoit un but, y va dès lors. Il n’a pas la force d’arrêter son activité, de réfléchir, l’homme seul peut contenir, s’arrêter, réfléchir, et choisir.» Fromm opère une même différence entre les forces qui agissent et la liberté car «bien que l’homme soit dominé par des forces naturelles et sociales qui régissent son comportement, il n’est pourtant pas entièrement le jouet des circonstances. Il possède en effet en lui la volonté, la capacité et la liberté de changer le monde &endash; à l’intérieur de certaines limites. (…) Quelque chose le pousse à ne pas seulement se laisser transformer mais à transformer lui-même ce qui l’entoure, à imprimer sa marque sur l’univers.»[10] Cependant, lorsque Fromm traite de la pulsion sadique, il considère l’homme transformé en chose, la créature animée en objet inanimé, ayant perdu la liberté. Comprendre comment s’opère la réification est un enjeu important. Cette réification aboutit à une machine à tuer, de haute efficacité, qui échappera peu (mais cela s’est vu, d’où la confirmation d’une possibilité de choix toujours présente) à son destin, qu’il aura choisi froidement. Même si l’on considère que le terroriste n’a plus le choix, peu avant son acte, il ne faut pas mettre de côté toute la période qui précède où, véritablement, l’homme ou la femme est pleinement conscient(e) de son choix et peut changer d’axe, la vie au lieu de la mort. Le candidat au martyr rentre ainsi dans un cycle qui l’amène à devenir une véritable bombe humaine. L’acte terroriste n’est en aucun cas l’acte d’une personne isolée, totalement désespérée qui s’exploserait dans le seul but de montrer sa détresse. Non, l’acte est préparé par une équipe de professionnels aguerris : le terroriste est embrigadé, préparé voire drogué et entraîné au terrorisme. Il s’agit de sortir de cette vision sociologisante, romantique de l’acte de terreur; Arafat et ses comparses ne sont pas des Che Guevara, ce sont des tueurs et des criminels de sang froid tentant d’atteindre, par le biais de ces attentats, un but politique qui n’est rien d’autre que la destruction de l’État juif, véritable cancer de l’organisme arabe moyen-oriental.

Nous allons donc rester dans le domaine étroit de la compréhension ou de l’explication compréhensive et puis nous allons considérer que le déterminisme rigide n’existe – et cela reste à prouver – que pour la phase réellement finale de l’action terroriste. La phase de préparation est soumise à des forces et des dynamiques qu’il faut considérer, mais, en aucun cas, elles n’abolissent la liberté de l’individu. Ainsi même si le cœur de l’homme peut s’endurcir, Fromm souligne « qu’il peut devenir inhumain, mais jamais non humain. Il demeure toujours le cœur de l’homme. Nous sommes tous déterminés par le fait que nous sommes nés humains et que nous sommes par conséquent confrontés à l’obligation perpétuelle de faire des choix. »[11] Ce choix est possible si l’homme le souhaite, pourvu qu’il soit capable de prendre conscience de sa situation et de faire l’effort de lutter. Plusieurs exemples de futures bombes humaines qui se sont « repenties » à la dernière minute prouvent que, malgré la tentative de réification, l’homme reste sujet et donc apte à choisir. [12]L’ancien testament développe également cette propension de l’homme à choisir le bien ou le mal où tout ce que peut faire Dieu est de l’encourager à choisir la vie. Cette pensée ici émise n’est pas anti-déterministe radicale mais alternativiste dans le sens de Marx, Freud ou Spinoza considérant que des forces déterminent l’homme mais qu’il peut s’émanciper et « l’homme peut briser les chaînes de la nécessité s’il prend conscience des forces qui le dirigent à son insu et s’il s’attelle à la tâche colossale de conquérir sa liberté. »[13] Selon Fromm, être libre, « ce n’est pas agir en tenant compte de la nécessité », mais agir en ayant conscience des différentes alternatives possibles et de leurs conséquences.

Comment comprendre que l’on devient un moyen pour une cause politique et que, parallèlement, on reste attaché à une foi qui nous transporte vers la mort? La conciliation d’un homme qui se tue pour Allah et la Palestine semble difficile, en dehors de penser que, tant la religion que la cause politique, réifient les futurs terroristes. Il est difficile de concevoir un être, compris en termes de finalité, se tuant pour une cause dans un climat qui, on le rappelle, ne l’oblige en rien. En effet, si un soldat se jette pour protéger son pays et se fait tuer, tout autre action était presque impossible; mais, le terroriste palestinien, qui n’est en rien obligé, doit trouver son fuel d’agressivité quelque part autre: il le trouvera dans la haine du juif et l’amour de la mort.

La question principale à discuter est celle posée par Henri Atlan : « si je suis déterminé à agir, en vertu de quels principes peut-on encore me condamner ? ».[14]

Cette question est fondamentale dans le cas qui nous intéresse. En effet, nous avons mis de côté la possibilité d’une explication des attentats terroristes palestiniens par les facteurs sociaux, extérieurs à l’individu, mais il nous reste à tenter de comprendre ces actes. Or les comprendre signifie que nous allons poser une théorie de l’agressivité qui va se heurter, de toute façon, à ce qu’est la liberté d’un individu. Comprendre un acte moral présuppose la liberté. Notre option est de dire que le futur terroriste a choisi sciemment l’option de la mort, rejetant celle de la vie, et qu’il s’est lancé dans une préparation agressive spécifique &endash; en toute liberté. Atlan propose ainsi «un homme d’autant plus libre qu’il est déterminé à agir par la seule nécessité de sa nature et non par celle des autres parties de la nature dont dépendent son existence et ses affects. La connaissance infinie du déterminisme coïnciderait ainsi avec une liberté totale.»[15] Atlan considère ainsi que je suis sujet, si je comprends et connais les déterminismes de la nature qui agissent en moi et me font agir. Cependant, considérer que des forces m’agissent, me transformeraient en objet, totalement soumis; c’est alors que s’y je prends pleinement conscience de ces forces, je reste sujet, et donc libre. C’est l’opposition décrite par Atlan entre l’enfant et l’adulte: l’adulte est considéré comme libre car il sait les forces déterminantes qui le font agir et sait choisir. L’enfant est caprices, décisions arbitraires et n’exerce pas ainsi une réelle liberté. Atlan insiste: «contrairement à l’idée reçue, connaître davantage les déterminismes qui nous gouvernent nous permet de faire l’expérience d’une plus grande liberté.»[16] C’est ainsi que, bien que déterminé, l’homme trouve une sorte de sagesse à comprendre et utiliser ce déterminisme. Dans le traité des pères, traité de morale au sein du talmud, il est écrit, comme nous le rappelle le Atlan talmudiste, «tout est prévu et la permission &endash; ou la possibilité &endash; est donnée.» Comme nous l’indiquions, le croyant sait qu’il peut choisir entre le bien et le mal, la mort et la vie, même dans un monde sous l’emprise divine, car sinon la responsabilité et la culpabilité humaine n’existent plus. En restant un être humain, je reste responsable de mes actes, en supposant que l’on reste toujours humain. Quand une personne ou un groupe de personnes projettent un acte de massacre collectif de nourrissons, enfants et femmes dans le seul but de détruire, ils ont pleinement choisi la voie du mal; Ce choix implique nécessairement une responsabilité. Il n’en saurait être autrement. Dissoudre le déterminisme ou l’accepter pour choisir une alternative compte finalement peu, l’objet important est de permettre d’attribuer la responsabilité.

II. Sortir de l’instinctivisme et du béhaviorisme

La théorie qui nous servira de canevas général est psychanalytique, développée par Fromm dans deux ouvrages: la passion de détruire, anatomie de la destructivité humaine et le cœur de l’homme. Elle est psychanalytique et non béhavioriste ni instinctiviste. Cependant, il convient de sortir de ces deux théories explicatives pour mieux formuler celle qui nous intéresse.

Présentation

La théorie de l’instinctivisme fût développée dans les années 20 par Freud, qui révisait sa théorie centrée sur la pulsion sexuelle, où il considérait l’homme comme soumis à deux instincts antagonistes: L’instinct de mort et l’instinct de vie. Le comportement agressif de l’homme serait, dés lors, dû à un instinct inné et «phylogénétiquement programmé».

A l’opposé, le béhaviorisme se désintéresse des forces «subjectives qui poussent l’homme à se comporter d’une certaine façon»[17] mais s’occupe du conditionnement social qui modèle son comportement. Innéisme contre conditionnement social. Deux écueils dans notre cas.

Le béhaviorisme fût fondé par Watson et développé par Skinner (néo-béhaviorisme). Skinner parle d’un conditionnement actif. Selon Fromm, Skinner est un rationalisme naïf qui ignore les passions humaines et le néo-béhaviorisme est fondé sur la quintessence de l’expérience bourgeoise à savoir la primauté de l’égoïsme et de l’individualisme sur toutes les autres passions humaines. Il ne peut voir que le comportement et non la personne se comportant. Pour revenir à l’agressivité, il s’agit de la considérer comme tous les autres comportements, uniquement acquise sur la base de la recherche de l’avantage optimale.

Une théorie béhavioriste spécifique est intéressante dans notre cas: c’est la théorie de la frustation-agression. La frustration devenant un pré-établis nécessaire au développement de l’agressivité. Cependant, «ce qui peut produire l’agression (et le fait souvent), c’est ce que signifie la frustration pour l’individu, et le sens psychologique de la frustration varie selon l’ensemble de la situation où se produit la frustration».[18] Pour Fromm, le caractère de l’individu détermine en premier lieu ce qui le frustre et en second lieu l’intensité de sa réaction à la frustration. Si le terroriste palestinien se sent frustré car Israël occupe sa terre, il en est de sa frustration et non d’une frustration partagée forcément par le monde entier. Il convient de différencier les idées qui poussent un individu à tuer et la réalité. Trop d’intellectuels veulent partager cette frustration et, par-là, justifie l’inacceptable. Ils souffrent à distance (Voir Boltanski).

Une première tentative de poser l’influence des facteurs sociaux sur l’homme fût celle des penseurs des lumières. L’environnementaliste pensait le comportement de l’homme exclusivement modelé par l’influence de l’environnement, par les facteurs sociaux et culturels, opposés aux facteurs innés. Les lumières posaient alors comme condition de changement de comportement des hommes, le changement de société.

Les deux théories sont machinistes, la première héritant du passé et la seconde modelée par le présent. Le problème soumis par ces deux théories est l’exclusion de la personne. L’homme n’est que le produit du conditionnement social ou de l’innéité de ses instincts. Dans ce sens, il n’a plus de responsabilités. «L’homme est une marionnette mue par des ficelles: l’instinct ou le conditionnement».[19] Cela pose donc le problème soumis au départ: celui du déterminisme et de la responsabilité. Si l’on ne peut plus poser sur l’homme agissant une responsabilité quant à ses actes destructifs, nous sortons des limites théoriques posées dés le début.

Contre l’instinctivisme

La conception instinctiviste est apparentée à une mécanique hydraulique, en ce sens où le débord de l’instinct de mort viendrait s’exprimer au dépens de l’instinct de vie, mécaniquement. Cette pulsion de mort est tant auto-destructrice qu’hétéro-destructrice. L’autre auteur instinctiviste fût Lorenz qui se caractérisait, tout comme Freud, par une théorie de l’agressivité humaine, instinct nourri par une source permanente d’énergie, et non pas nécessairement le résultat d’une réaction à des stimuli extérieurs. Deux conceptions sont sous-entendues: le caractère mécanique-hydraulique et son corollaire: sa spontanéité. L’innéité de l’agressivité humaine rend compte d’un homme fondamentalement agressif, de façon permanente au cours du temps, l’homme selon Hobbes, «la logique de l’hypothèse de Lorenz est que l’homme est agressif parce qu’il a été agressif; et qu’il a été agressif parce qu’il est agressif. La pulsion agressive de Lorenz &endash; force innée qui le pousse à détruire &endash; est au service de la vie (l’amour lui-même est le produit de l’instinct d’agression) tandis que l’instinct de mort de Freud est au service de la mort, pulsion destructive contrebalancée par une force équivalente à celle de l’Eros (la vie, le sexe).»

En ce qui concerne la théorie instinctiviste, poser l’innéité des instincts de mort permet à certains d’avancer l’hypothèse compréhensive que nous sommes semblables à l’autre qui agit pour la mort. Nous posons donc comme hypothèse que nous pouvons comprendre, par histoire comparable et humanité partagée, la possibilité de se donner la mort pour en tuer d’autres. Ces arguments sont retrouvés et sont combinés au conditionnement social pour dire, que soumis aux mêmes conditions, nous agirions de la sorte. Et même si certains disent qu’ils ne pourraient agir de la sorte (peut-être par manque de courage!), au moins ils comprennent, au nom du symbolique.

Les conditions sociales entraînent, par leurs effets conditionnant, de telles agressivités. La responsabilité se trouve dés lors dissoute dans les causes. Le cercle vicieux continuant jusqu’à placer la responsabilité sur les auteurs des conditions sociales – ici les victimes. Les causes déterminent l’acte, et qui se trouvent à l’origine des causes? Israël, Les États-Unis, l’occident… n’a t-on pas entendu après le 11 septembre, par des penseurs illustres comme Baudrillard, que les Américains ne l’avaient pas volé, voire que tout le monde en avait rêvé?

Fromm nous rappelle, dans La passion de détruire, les propos de Maier et Schneirla: «en raison de l’interaction des facteurs acquis et innés dans le comportement, il est impossible de classer la plupart des modèles de comportement. Chaque type de comportement doit donc être étudié séparément.»[20]

La théorie instinctiviste ne se retrouve donc infirmée chez Fromm après étude de la neurophysiologie, de la psychologie animale, de la paléontologie et de l’anthropologie. Ces différents domaines ne «confirment pas l’hypothèse selon laquelle l’homme serait, de façon innée, pourvu d’une tendance spontanée et autopropulsée à l’agressivité.[21]

Tout d’abord, Fromm indique que l’agressivité phylogénétiquement programmée est une réaction défensive, biologiquement adaptative. Elle réagit à une agression, à un sentiment de crainte et se révèle souvent par un instinct de fuite. Cet instinct de fuite est présent chez l’animal mais aussi chez l’homme qui le repousse, forcé par les facteurs culturels, souvent peu enclins a accepter la fuite comme recours légitime devant la peur. À la différence de l’animal, Fromm soutient que la particularité humaine tient au fait que lui-seul, entité séparable des autres animaux, peut employer l’agressivité comme but en soi &endash; «un but qui n’est pas celui de défendre sa vie, mais qui, par lui-même, est désirable et générateur de plaisir.»[22] Si l’innéité de l’agressivité est comparable à l’animal, l’étude des animaux les plus proches &endash; singes et chimpanzés &endash; révèlent un taux d’agressivité bien inférieur.

Si la théorie instinctiviste semble ne pas tenir face aux arguments, notamment comparatifs avec l’animal; il convient de se demander, à l’instar de Lorenz, si l’homme ne serait pas agressif envers un semblable par absence d’inhibition contre le meurtre. Ceci peut-être contredit par le fait que, en temps de guerre, l’ennemi est souvent présenté comme inhumain, comme ne pouvant être compris comme un semblable. L’appel à la qualification non-humaine permet de dire que si l’appel était inverse, le meurtre n’aurait pas eu lieu. Quand l’appel à la vie dépend de l’appel à la qualification humaine de l’autre en tant que semblable. A quand des manuels scolaires palestiniens présentant le juif autrement que comme un voleur, un chien ou un monstre?

Les deux théories, instinctivisme et béhaviorisme, relevant d’un caractère machiniste posent, en résumé, deux problèmes:

· Le premier est la détermination d’un individu totalement agit par des forces qu’il ne peut contrôler. Cette détermination ne permet que difficilement de poser sa responsabilité.

· La deuxième vient d’une tentative de partage humaniste. On conçoit la possibilité de tels gestes car on partage la même humanité.

Face à ces théories, il est nécessaire d’en faire apparaître un autre qui convient à notre cas présent: la nécrophilie.

III. Nécrophilie et terrorisme palestinien

Dans un premier temps, nous déchiffrons la nécrophilie comme mécanisme explicateur d’une agressivité puis nous tenterons de faire apparaître comment se manifeste cette nécrophilie dans le cas précis du terrorisme et de la société palestinienne.

Du terrorisme et du suicide

Nous employons le terme de terrorisme pour qualifier les actes assassins qui tuent toutes les semaines des civils israéliens dans des bus, des restaurants, des discothèques. Cependant ceci n’est pas évident pour l’homo intellectualus de base pour qui un terroriste est plutôt un combattant de la liberté.

Ned Walker, assistant au sous-secrétaire chargé des affaires moyen-orientales au Département d’État américain, définit le terrorisme comme des attaques motivées politiquement contre des cibles non combattantes.[23] Le terroriste est ainsi clairement séparé du combattant de la liberté. En effet, la résistance contre l’ennemi allemand, pendant la guerre 39-45, peut être qualifiée de combat de la liberté tandis que la « résistance » palestinienne n’est rien d’autre que du terrorisme. En ce sens, les résistants de la deuxième guerre mondiale n’ont pas attaqué des enfants, femmes, vieillards mais des SS, loin d’être des civils. Le professeur Benzion Netanyahu est, quant à lui, très clair sur cette distinction: pour lui les combattants de la liberté sont incapables de perpétrer des actes terroristes: «for in contrast to the terrorist, non freedom fighter has ever deliberately attacked innocents. He has never deliberately killed small children, or passers-by in the street, or foreign visitors, or other civilians who happen to reside in the area of conflict or are merely associated ethnically or religiously with the people of that area…The conclusion we must draw from all this is evident. Far from being a bearer of freedom, the terrorist is the carrier of oppression and enslavement…» [24]

Pour Benjamin Netanyahu, ancien Premier ministre de l’État d’Israël, le terrorisme est «the deliberate and systematic murder, maiming, and menacing of the innocent to inspire fear for political ends.»[25] Mais dans son troisième livre, intitulé fighting terrorism, le terme innocent fut remplacé par civilisés. Boaz Ganor définit le terrorisme comme «the intentional use of, or threat to use violence against civilians or against civilian targets, in order to attain political aims.» Cette définition implique l’activité violente, le but politique et la cible civile.

Ici, le suicide est appliquée comme technique terroriste, Boaz Ganor, directeur exécutif de l’institut israélien de contre-terrorisme, définit bien l’attaque suicide comme une «operational method in which the very act of the attack is dependant upon the death of the perpretator»[26]; et insistant, par la suite, sur le fait que le terroriste sait pertinemment que seule sa mort lui fera «réussir» sa mission. Boaz ganor, finalement, qualifie l’homme suicidaire comme une technique terroriste, une bombe sophistiquée car le temps et l’endroit seront choisis très précisément. Pour Yoram Schweitzer[27], l’attaque suicide moderne est «a violent, politically motivated attack, carried out in a deliberate state of awareness by a person who blows himself up together with the chosen target. The pre-meditated certain death of the perpetrator is the pre-condition for the success of the attack.»

Après ce petit parcours terminologique, nous en tirons une conclusion très simple, et pourtant si discutée: le terrorisme suicidaire est simplement la toute nouvelle technique terroriste, efficace, précise et si redoutable.

Nécrophilie comme agressivité maligne

Erich Fromm décrit la nécrophilie comme une agressivité de type maligne. La première fois que fut utilisé le terme nécrophile, comme trait de caractère, remonte à 1936 où le philosophe Miguel Unamuno répondait à un cri «viva la muerte» émis par les partisans du général nationaliste Millan Astray au moment de la guerre civile espagnole.

Pour H. Von Henting, la nécrophilie peut être définie comme «l’attrait passionné de tout ce qui est mort, putréfié, en décomposition, morbide; elle la passion de transformer ce qui est vivant en quelque chose qui est privé de vie; de détruire pour le plaisir de détruire; de s’intéresser exclusivement à tout ce qui est purement mécanique. C’est la passion de mettre en morceaux.»[28] En résumé, «le nécrophile n’aime ni la vie ni l’épanouissement, amis la mort et la destruction.»[29]

La nécrophilie est à l’opposée de la biophilie, l’amour de la vie, mais «la destructivité n’est pas parallèle à la biophilie, mais elle est non alternative. L’amour de la vie et l’amour de la mort constituent l’alternative fondamentale que tout être humain doit affronter. La nécrophilie se développe à mesure que le développement de la biophilie est étouffée. L’homme est biologiquement pourvu d’une capacité à la biophilie, mais, psychologiquement, il a des potentialités à la nécrophilie, laquelle n’est que la solution alternative la biophilie.»[30]

La destructivité n’est plus un symptôme unique comme le défend l’instinctivisme mais «élément d’un syndrome», un syndrome étant par définition constitué de plusieurs symptômes. En ce sens, la destructivité « n’est pas innée, qu’elle ne fait partie de la «nature humaine » et qu’elle n’est pas commune à tous les hommes.»[31]

La destructivité, à l’heure palestinienne, est souvent défendue au nom du droit ou de la légitimité d’un peuple à se défendre contre l’agression et les conditions dans lesquelles il vit. Mais pour Fromm, il existe un désir de détruire pour le plaisir. Et «seul l’homme semble se complaire à détruire la vie sans autre but que la destruction elle-même. (…) Seul l’homme semble être destructif bien au-delà du besoin de se défendre ou de se procurer ce dont il a besoin.»[32] C’est par cet argument que nous défendons la thèse selon laquelle, ce qui pousse le terroriste palestinien à agir n’est pas une réaction, innée ou non, de défense contre l’agression extérieure mais bien, par contre, une passion de destruction animée par un amour de la mort, visant le plus simplement du monde, la mort du plus d’hommes et en premier: juifs. Il ne faut pas comprendre, par cette hypothèse, que la société palestinienne serait entièrement dévouée à la destruction ou, sinon, elle se vouerait à la sienne. Posons, cependant, qu’une frange maintenant non négligeable, soumis à la doctrine du Hamas ou d’Arafat se voue, elle par contre, à une passion de la destructivité et un amour de la mort qu’il faut condamner absolument. Ce sont de véritables niches de la destruction vouant un culte idolâtre à la mort.

Fromm fait une première distinction entre l’agressivité bénigne et maligne. «L’agression bénigne, biologiquement adaptative et au service de la vie et, d’autre part, l’agressivité maligne, biologiquement non adaptative.»[33] Pour une grande part des commentateurs, il est facile de justifier l’acte de tuer du terroriste palestinien comme une résistance justifiée contre l’agresseur israélien. Comment accuser, culpabiliser, un pauvre petit palestinien face à une armée en règle et, de surcroît, la plus forte de la région?

Ainsi, pour Fromm, l’agressivité bénigne ou biologiquement adaptative «est une réaction aux menaces dirigées contre les intérêts vitaux ; elle est phylogénétiquement programmée; elle est commune aux animaux et aux hommes; elle n’est pas spontanée, ne s’accroît pas d’elle-même, mais elle est défensive et réactionnelle; elle a pour but de faire disparaître la menace, soit en la détruisant, soit en supprimant sa source.»: n’est-ce pas ce que découvrent les discours trop fréquents aujourd’hui sur la situation au Proche-Orient? Les Palestiniens ne se défendent-ils pas? Après tout qui a commencé? Qui agresse? Qui colonise? Qui crée un apartheid? La source de tout cela, la source de ces milliers de morts: Israël, bien sûr!

Mais nous disons que leur agressivité est maligne «biologiquement non adaptative, c’est-à-dire la destructivité et la cruauté, n’est pas une défense contre une menace; elle n’est pas phylogénétiquement programmée; elle n’est caractéristique que de l’homme; elle est biologiquement nocive parce qu’elle est socialement disruptive; ses principales manifestations &endash; l’acte de tuer et la cruauté &endash; sont productrices de plaisir en dehors de toute finalité; elle est nuisible non seulement en dehors de l’individu qui est attaqué, mais également à celui qui l’attaque.»[34] Leur agressivité n’est pas bénigne, ne s’oriente pas vers la préservation de la vie: ni la leur ni celles de leurs victimes du reste, le tout explose en un instant. Où est la préservation de la vie dans un acte suicidaire et d’assassinat? La symbolique ainsi portée, celle d’un presque-adulte se tuant pour libérer sa terre, n’est que leurre: ce geste est un assassinat en règle.

Nous soutenons que l’acte est destructeur, et non sadique dans le sens où «le destructeur veut se débarrasser d’un individu, l’éliminer, détruire la vie elle-même; le sadique veut éprouver la sensation de contrôler et d’étouffer la vie.»[35] Fromm donne plus loin une définition du sadisme: «la passion du contrôle absolu, sans limites, d’un autre être humain; l’infliction d’une douleur physique n’est que l’une des manifestations de ce désir d’omnipotence.»

S’il est difficile de considérer comme sadique le terroriste qui s’explose, il convient bien aux chefs de ces cellules terroristes qui placent la ceinture explosive, celui-ci joue de son objet, d’une arme, d’une technique et oublie l’homme ceinturé. Pour lui, c’est un jouet prêt à exploser. Rien d’autre. C’est une technique terroriste, malheureusement efficace.

Place du martyr dans l’Islam

Si le martyr atteint un tel paroxysme dans les territoires palestiniens, il convient de s’interroger de sa place dans l’Islam et dans le Coran. Aujourd’hui, le religieux s’associe au social; en ce sens où le martyr est autant convoité par l’islamiste, en tant que solution à la vie d’en bas, que le séculier à qui l’on fait convoiter une place sociale post mortem: prestige pour lui et sa famille. L’image héroïque, s’associant alors à un revenu financier conséquent, provient des différents groupes terroristes, de l’autorité palestinienne, financée en partie par l’Union européenne, par l’Irak, la Syrie et l’Arabie Saoudite. À quand un contrôle strict du financement de l’Autorité palestinienne? Doit-on croire que l’Union européenne ne trouve rien à dire au fait que des millions d’euros sont dépensés pour exploser des enfants?

La récompense religieuse et éternelle du martyr est l’accès direct au paradis. En effet, il ne passe pas la barzakh (purgatoire), il reçoit le plus haut rang du paradis s’asseyant à côté du trône de Mahomet. Il existe ainsi une maison des martyrs dar al-shuhada: La plus belle place du paradis. Sa mort en tant que martyr purifie tous ses péchés. Il lui est donc promis la vie éternelle au paradis, la permission de voir le visage d’Allah, l’amour de 72 vierges prêtes à le servir au Paradis et finalement la vie paradisiaque de 70 de ses parents. L’amour de vierge ne semble pas être un appel intéressant de femmes, qui, pourtant, n’hésitent pas à se lancer également dans ce type d’attaque. Elles sont très «utilisées» par le PKK et le LTTE et le P.P.S., ces mouvements n’étant pas islamiques mais des terroristes femmes ont déjà sévi en Israël leur a-t-on promis 70 éphèbes au Paradis?

Le shahada est associé au jihad. Ces deux concepts sont, comme nous le rappelle A. Ezzati de l’université de Téhéran,[36] indissociable de l’essence de l’Islam. En effet, il n’y pas de martyr sans combat pour la cause de Allah et pour la cause de la vérité. Jonah Winters définit le martyr comme celui qui meurt pour sa religion.[37]

Shahad signifie voir, regarder, témoigner et devenir un modèle, un paradigme. En somme, le shahid est celui qui voit et témoigne. Il devient un modèle en luttant pour la vérité: la haqq. Le jihad est l’ensemble des moyens permettant d’établir la vérité et peut ramener vers le martyr. Il est souligné que le jihad ne doit pas amener à se faire tuer. Le combattant qui vie est un mujahid et un shahid s’il meurt. Jonah Winters souligne que le concept de jihad est plus à considérer comme une lutte intérieure plus que politique. Le jihad bi al-sayf, c’est à dire le jihad par l’épée a remplacé le jihad al-nafs,c’est à dire le jihad contre une nature inférieure et intérieure la nafs.

Cependant cette distinction a été oubliée par la lecture littérale des islamistes fanatiques et même des premières armées musulmanes. Quatre caractéristiques du jihad sont à préciser :

· allégeance devant toutes les autres

· le moyen de se confronter aux non-musulmans

· la voie définitive de conduire sa vie en tant que musulman

· moyen d’entrer au paradis et d’y vivre éternellement.

Trois composantes s’associent et forment un devoir pour tout musulman apte physiquement: l’appel à la guerre, l’exhortation au martyr et la récompense à celui qui donne sa vie pour la cause. Ceci provient de trois différents hadiths et thèmes du Coran. Cet islamisme trouve son origine chez le jurisconsulte Ibn Hanbal (780-855) et puis un disciple plus lointain le Syrien Ibn Taymiyyah (1263-1328).

Cependant, il convient de différencier martyr et suicide. En effet, le Coran indique qu’il ne faut pas contribuer de ses propres mains à sa destruction (2 : 195); Un hadith rajoute même que celui qui s’y risque restera éternellement en enfer après sa mort (sahih bukhari, volume 2, livre 23, n°446). Le martyre devient un sacrifice légitime au nom de l’islam et non plus un suicide illégitime. L’opération suicide peut même être comprise comme le mariage du martyr &endash; ‘Ars al-Shahadah -, ce qui se révèle d’importance chez les candidats au suicide célibataires. Un poème vient le célébrer:

«I refused and said: my only mother
My wedding in this world is the day of martyrdom
The day I meet the black-eyed
And the blood on my face is my decoration»[38]

D’autres poèmes, et autres odes au jihad et martyr, fleurissent ici et là: «The Whole world is persecuting you and the satanic powers ambush you. The whole world is your front, and do not exclude yourself from the confrontation…The life of misery prevent you from the meaning of life and turn your life into death. You live as a dead man…We stand today in a crossroad: life or death, but life without martyrdom is death. Look for death and you are given life.»[39] Plus qu’un mariage, les lettres des terroristes du 11 septembre parlent d’allégeance avec la mort: Bay’at al-mawt.[40]

Religion : condition nécessaire mais non suffisante

Nous avons souligné la place du martyr dans l’islam mais il convient de souligner, à l’instar d’Ehud Sprinzak, que le terrorisme suicidaire n’est pas forcément consécutif à un embrigadement islamique. Les tigres noirs constituent une preuve suffisante que le terrorisme suicidaire peut provenir de pressions politiques et psychologiques intenses et non religieuses. La religion semble pourtant être, dans le cas du terrorisme palestinien, une condition nécessaire mais non suffisante. Il faudrait peut-être comprendre la religion comme l’expliquait Durkheim en 1914: «la religion, en effet, n’est pas seulement un système d’idées, c’est avant tout un système de forces. L’homme qui vit religieusement n’est pas seulement un homme qui se représente le monde de telle ou telle manière, qui sait ce que d’autres ignorent; c’est avant tout un homme qui sent en lui un pouvoir qu’il ne connaît pas d’ordinaire, qu’il ne sent pas en lui quand il n’est pas à l’état religieux (…) Il croit participer à une force qui le domine, mais qui, en même temps, le soutient et l’élève au-dessus de lui-même.»[41] Durkheim identifie ces forces comme morales pouvant agir à l’intérieur et non physiques à l’extérieur: «les forces physiques ne sont que des forces physiques: par conséquent, elles restent en dehors de moi. (…) Il n’y a que les forces morales que je puisse sentir en moi, qui puissent me commander et me réconforter.» La puissance de la religion sur les esprits, cette influence permettrait, toujours selon Durkheim, d’expliquer la religion.

L’Islam met en place la légitimité du martyre, mais l’explication du terrorisme suicidaire palestinien ne saurait se résumer à la place de l’Islam. Il semble bien, que s’associant à l’Islam, s’est établie dans les territoires palestiniens une socialisation du martyr. Celui-ci deviendrait un objet social de convoitise, un acte social que l’on réalise, pour l’éternité, mais également pour le présent amélioré de sa famille et un prestige post-mortem indéniable. Avant d’envisager au plus près comment le culte de la mort abreuve, tel un lait maternel, une conscience collective la société palestinienne; nous allons présenter un portrait d’un futur meurtrier: le terroriste suicidaire en préparation.

Portrait d’un meurtrier

Boaz ganor nous entreprend, dans un article du 15 février 2000, un portrait du Shahid modèle: celui est généralement jeune, âgé entre 18 et 27 ans. Il peut être un homme comme une femme. Il est souvent non marié, au chômage et venant d’une famille pauvre. Le shahid vient souvent de l’université. Les terroristes du 11 septembre l’ont montré clairement. Mais, comme nous le rappelle Encel, les données ne sont pas forcément les mêmes en Israël ou à New York, ici ce sont «de jeunes gens aisés se sont suicidés en assassinant plusieurs milliers de civils sans fortune particulière grâce aux fonds placés d’un richissime homme d’affaires. (…) Inopérante, naïve et/ou malhonnête, l’explication plus ou moins justificatrice du 11 septembre par l’antédiluvienne rengaine des déshérités contre les nantis, du Sud contre le Nord, ne laisse de stupéfier. Ben Laden, richissime homme d’affaires capitalistes né une cuiller en argent dans la bouche et dont la fortune (nourrie par de juteux placements financiers) est estimée à 400 millions de dollars, n’avait pas pour spadassins, dans les avions piratés, l’ombre d’un Che Guevara; tous étaient issus de familles fortunées.» [42]

Deux autres points sont mentionnés: l’embrigadement islamique et le désir de vengeance d’un proche parent ou ami. Cependant, pour le Pr Merari, il n’y a pas de portrait type et aucune organisation ne peut embrigader une personne au point qu’il se fasse tuer. C’est pour cela que ces organisations recherchent des prédispositions au suicide. Ces prédispositions sont: un patriotisme, la haine de l’ennemi, un profond sens de victimisation. Des sources israéliennes indiquent également que les futurs martyrs sont de plus en plus des attardés mentaux ou des malades du SIDA, ces derniers ayant la capacité de contaminer ceux qu’ils n’auront pas tués. Il rajoute qu’un individu ne peut, à lui seul, perpétrer un attentat suicide, le groupe et l’organisation sont tout: «suicidal terrorist attacks are not a matter of individual whim (…) I don’t know of a single case in which an individual decided on his or her own to carry out a suicidal attack. In all cases &endash; it certainly is true in Lebanon and Israel and Sri Lanka and the Kurdish case &endash; it was an organization that picked the people for the mission, trained them, decided on the target, chose a time, arranged logistics and sent them.»[43]

La préparation est ici capitale; ce sont en effet de longues sessions de programmation, d’endiguement, d’entraînement qui précèdent une tentative d’attentat. Le Yediot du 9 mars 1995 et le Maariv du 24 mars 1997 précisent même que les terroristes préparent, la veille de leur explosion, leur affrontement de la mort en s’allongeant dans un cimetière entre les tombes afin de ne plus la craindre. La préparation minutieuse, la logistique nécessaires renforcent l’idée d’un acte mûrement préparé et défait, s’il le fallait, l’opinion d’un acte désespéré, presque instinctif. Ehud Sprinzak différencie six étapes dans la préparation du kamikaze: sélection de la cible, réunion des informations, recrutement, entraînement «spirituel» et physique, préparation des explosifs et transport du terroriste vers la cible choisi. La préparation pour la mort.

L’alliance d’une préparation minutieuse, longtemps à l’avance, d’exemples contemporains d’actions suicidaires détachés de la religion, nous fait dire à Ehud Sprinzak que ces fanatiques sont rationnels. Ils agissent avec froideur vers un objectif politique. Le professeur Martha Crenshaw, dans un interview pour le Washington Post, insiste sur la préparation psychologique: «suicide candidates, when they are chosen by a organization, enter into one end of a production process and in the other end they come out as complete, ready suicides. There is a psychological process of preparation that consists of boosting motivation, pep talks and the creation of points of non return.»[44]

Culte de la mort

Nous voulons montrer que se manifeste dans la société palestinienne, ce que Fromm appelait: «le culte de la destructivité» qui a pour «rôle de s’emparer de la totalité de l’individu, de l’unifier dans l’adoration d’un seul but: détruire.»[45]

Ce culte de la mort ou martyrologie se manifeste dans les discours politiques et l’éducation. Elle prend appui sur le djihad musulman, guerre sainte telle qu’elle est interprétée depuis Mahomet en tant qu’affrontement des musulmans contre les impies, autrement dit les autres religions. Ce djihad n’est pas neuf car il fut pleinement utilisé dans les différentes conquêtes musulmanes. Elle provient d’une interprétation littérale du Coran.

Aujourd’hui, ce djihad revêt la forme d’un combat opposant ou voulant opposer musulmans intégristes fanatiques et l’occident. Elle se caractérise également par l’action de kamikazes suicidaires qui s’explosent pour tuer des civils ou militaires. Les terroristes palestiniens vont, dés lors, dans leurs discours, allier cause politique et cause religieuse pour justifier leur combat. Le martyr qui meurt pour sa cause reçoit une double gratification: sociale et religieuse. Le shahid est devenu objet social de convoitise dans les territoires palestiniens : accès direct au paradis, entouré de dizaines de vierges… Comme nous le rappelle Boaz Ganor, les futurs shahid viennent de milieux sociaux défavorisés et lui-même et sa famille, par son acte, améliorent leur statut social. Islamistes ou séculiers, finalement peu importe! Il n’y a pas que les défavorisés qui trouvent un intérêt à s’exploser, il y a plus: ce plus, c’est cette passion de la destructivité.

Le culte de la mort se retrouve dans les discours des principaux dirigeants palestiniens et autres islamistes.

Discours et culte de la mort

Ramadan Abdallah Shalah, chef du Djihad Islamiste, réagi à Georges Bush en indiquant que «nous sommes maîtres de nos âmes… Personne ne peut nous refuser le droit d’y renoncer, de nous transformer en bombes humaines pour une cause qui nous semble plus importante et plus sacrée que la vie.» La vie ne compte plus, elle s’efface devant la mort, plus jouissif car relevant d’Allah: «Allah… Éveille la colère de l’Amérique et fais-nous exploser au cœur de l’entité sioniste maudite.»[46] En première approche, ce culte de la mort est porté par les représentants religieux comme consécutif du djihad rendu nécessaire face à Israël et l’Amérique. Ainsi l’imam Khomyni, dans un discours cité par le Cheikh Naïm Qassem, secrétaire général adjoint du Hezbollah: «la lutte contre Israël n’est pas une petite affaire. Elle nécessite des sacrifices importants, mais quand je vois une mère dit au revoir à son fils, attendant qu’il revienne sous la forme d’un Shahid, je (me rends compte) que le peuple palestinien est un peuple de guerriers du jihad et qu’il sera très certainement victorieux.(…) Notre ennemi ne pourra rien contre tant que nous serons unis.»[47]

L’islamiste Fayiz Azzam tient aussi un discours qui relève de la pure nécrophilie: «Allah’s religion must offer skulls, must offer martyrs. Blood must flow. There must be widows, there must be orphans. Hands and limbs must be cut, and the limbs and blood must be spread everywhere in order that Allah’s religion stand on his feet.»[48] Sang et mort se côtoient avec la religion, relisons l’ancien chef du FIS algérien, Ali Benhadj: «la vraie foi, c’est celle qui pousse le croyant au sacrifice. La vraie foi est celle qui pousse le fidèle à abandonner ce qu’il a de plus précieux pour la voie d’Allah et de sa religion (…) Mais le tribut à payer pour défendre cette foi est très lourd. Si une foi, une croyance n’est pas arrosée et irriguée par le sang, elle ne pousse pas. Elle ne vit pas. Les principes se renforcent par les sacrifices, les opérations suicides et le martyre pour Allah. C’est en comptant quotidiennement les morts, en additionnant massacres et charniers que la foi se prolonge. Peu importe si celui qui a été poussé au sacrifice n’est plus là. Il a gagné. »[49]

L’attaque suicide semble être devenue la nouvelle technique terroriste. Son aspect symbolique en fait également une arme médiatique puissante. Pour Ramadan Shalah, secrétaire général du jihad islamique palestinien, l’attentat suicide est l’arme du faible qui surpasse l’arme du fort: «our enemy possesses the most sophisticated weapons in the world and its army is trained to a very high standard… we have nothing with which to repel killing and thuggery against us except the weapon of martyrdom. It is easy and costs us only our lives… human bombs cannot be defeated, not even by nuclear bombs.»[50]

Taguieff nous rappelle les propos du Cheikh Ahmed al Tayeb, grand mufti d’Égypte: «ces opérations (des kamikazes palestiniens) sont des actes de légitime défense et de lutte contre l’occupation. Selon nous, leurs auteurs ne se suicident pas. Ce sont des martyrs (…) les opérations-martyrs sont la seule méthode qui reste aux palestiniens pour se défendre. (…) Le peuple israélien est un peuple armé et agresseur. En Israël, toute la population peut être enrôlée dans l’armée. La résistance palestinienne attaque donc des civils qui peuvent devenir des militaires.»[51]

Éducation palestinienne et culte de la mort

Nous allons reprendre quelques enseignements de l’éducation palestinienne réunis dans le numéro spécial de l’Arche extrait du n° 515 ( janvier 2001).

Dans son éditorial, Meïr Weintrater s’interroge: «comment des enfants palestiniens élevées dans la conviction que les juifs sont par nature «traites» et «cupides», et qu’il est urgent de les «expulser» du pays, sauront-ils le moment venu tendre la main à des israéliens de leur âge? Comment l’appel au jihad (qui, sans aucun doute, représente ici la « guerre sainte» au sens le plus meurtrier du terme), l’invocation du sang, le culte de la mort et l’exaltation du martyre feront-ils place à un esprit de fraternité ou, pour le moins de coexistence? (…) Empoisonner l’âme des enfants est pourtant un crime qui justifie que les dirigeants s’alertent, que les élus s’inquiètent, que les citoyens se mobilisent.»

Citons maintenant quelques-unes des «perles» que l’on peut trouver dans les différents manuels scolaires palestiniens:

«Pour moi, la promesse du martyr et de la Palestine est ma chanson»[52]

«Nous marchons malgré la mort (…) Nous mourrons»[53]

«…meurt en martyr, défendre, notre héros, la patrie…»[54]

«L’élève doit développer son amour pour Jérusalem et son désir de se sacrifier pour sa libération.»[55]

«sacrifier sa vie et ses biens pour Allah et pour la patrie»[56]

«Étude du poème: «Vive la patri », par Muhammad Mahmud Sadiq: Ô mon pays, ma terre, j’offrirai mon sang pour toi. Je t’ai donné ma vie en sacrifice, accepte-la.»[57]

«Transformer le singulier en pluriel. Exemple: martyr, martyrs»[58]

«Analyser: nous avons sacrifié martyr après martyr.»[59]

«Le djihad est un devoir religieux de tout musulman et de toute musulmane.»[60]

«écrivez cinq lignes sur les vertus des martyrs et leur statut supérieur»[61]

«Un martyr est honoré par Allah. Deux martyrs sont honorés par Allah.»[62]

« Le combattant du djihad est mort en martyr en défendant le sol de sa patrie. »[63]

« La mort nous plaît, et nous refusons d’être humiliés. Comme il est doux de mourir pour Allah. »[64]

«Bagdad, je t’ai apporté un amour de Palestine
Te rappelleras-tu mon identité arabe, mon Djihad?…
Et sur la terre sont des convois de martyre…»[65]

«le martyre, c’est quand un musulman est tué pour Allah… Qui meurt ainsi est un martyr… le martyre pour Allah est l’espoir de tous ceux qui croient en Allah et ont confiance en ses promesses… le martyr se réjouit dans le paradis qu’Allah a préparé pour lui…»[66]

«Mère, le départ est proche, prépare le linceul
Mère, je marche à la mort…je n’hésiterai pas
Mère, ne pleure pas sur moi si je tombe
Car la mort ne m’effraie pas, et mon destin est de mourir en martyr.»[67]

Et de rajouter: «Pourquoi le poète demande-t-il à sa mère de ne pas pleurer sur lui? Réponse: parce qu’il désire être un martyr pour Allah, et qu’il n’a pas peur de la mort»[68]

«Il est préférable que (le maître) se concentre sur les points suivants…: l’amour du rôle de martyr pour Allah.»[69]

«la récompense du martyr est le paradis»[70]

«Je prendrai mon âme en main et je la lancerai dans l’abîme de la mort. /Et alors, ce sera soit une vie qui réjouira mes amis soit une mort qui mettre l’ennemi en rage./ l’âme honorable a deux objectifs à atteindre: la mort et l’honneur.»[71]

«le martyre c’est la vie»[72]

«(L’élève) doit chérir l’importance, dans la vie de la nation, du djihad et de la mort au combat… Souhaitez la mort (en martyrs) et recevez la vie.» [73]

«développer l’amour du martyre pour Allah»[74]

Les jardins d’enfants, gérés par le Hamas, concourent à ce culte de la mort par des affiches où l’on peut lire: «the children of the kindergarten are the shuhada of tomorrow». L’éducation est aussi universitaire, les slogans plus directs; ainsi il est possible de lire à l’Université Al-Najah de Naplouse: «Israël a des bombes nucléaires, nous avons des bombes humaines.» [75]

L’éducation est celle aussi des parents or il est de notoriété que les mères expriment un sentiment de fierté à l’annonce de la mort de leur fils, mort en martyr. Jack Kelley d’USA Today, rapporte une fête organisée par les Hotari pour célébrer la mort de leur fils, martyr ayant assassiné 21 israéliens: «neighbors hang pictures on their trees of Saeed Hotari holding deven stick of dynamite. They spray-paint graffiti reading « 21 and counting » on their stone walls. (…) I’m very happy and proud of what my son did and, frankly, am a bit jealous (…) I wish I had done (the bombing). My son has fulfilled the prophet’s (Mohammed’s) wishes. He has become a hero! Tell me, what more could a father ask? (…) My prayer is that saeed’s brothers, friends and fellow Palestinians will sacrifice their lives, too (…) there is no better way to show God you love him. »[76]

IV. Conclusion

La question de l’altérité a longtemps préoccupé la philosophie et elle me semble centrale dans la compréhension du phénomène de l’attentat-suicide: la toute particularité de ce type de meurtre réside dans la confrontation entre un homme (ou une femme) animé(e) d’un désir de destruction qui se constitue en objet pour s’exploser au sein d’autres hommes. Il aperçoit sa ou ses cible(s), puis en s’approchant au plus près des futures victimes, lorsqu’il considère pouvoir entraîner le maximum de personnes avec lui dans sa mort, il actionne sa ceinture d’explosifs et se donne &endash; du même coup et en toute conscience &endash; la mort. Nous avons déjà posé que la mort du terroriste est primordiale, non pas pour son accession au paradis &endash; ce dont je doute fort – il n’y a qu’à lire le Coran, mais bien pour la réalisation de sa mission. Si la charge n’est pas actionnée et si dès lors il ne s’explose pas, point de victime: la mort du tueur est incluse et inséparable de l’acte de tuer. Renversement majeur de notre conception du meurtre, usuellement on ne tue pas en se tuant, on tue pour faire mourir l’autre. Que je tue un autre avec un pistolet ou avec un missile, je ne prends pas la résolution de mourir avec lui. (Nous mettons à part les actions des kamikazes japonais qui ne constituaient que des actes de guerres opposant des soldats à d’autres soldats. Nous nous préoccupons ici de terrorisme, c’est-à-dire d’actions contre des cibles civiles).

Plus que ce rapport direct à la mort, le terroriste en suivant de près ses futures victimes les regarde, les scrute et attend le bon moment. Que fait donc un terroriste dans un bus avant de s’exploser? Il regarde. Pour Sartre, «Autrui est, par principe, celui qui me regarde». Il me regarde et c’est cela sa violence. La violence de son regard. La violence qu’il porte dans son regard est remplie de haine. Que peut-il penser – quelques secondes avant son action – à la vue de ces hommes, femmes et enfants assis à côté de lui Peut-il les regarder en humain? Pour lui, ils sont tous ses ennemis &endash; qu’ils soient juifs ou arabes, nourrissons ou vieillards, de gauche ou de droite, pacifistes ou guerriers -, il les a catégorisés de la sorte et il ne sortira pas de ce schème mental. Le voici prêt à agir et point de repentance. S’il voulait se suicider, autant crier: «tout le monde dehors, une Bombe!» Non, sa volonté est ailleurs : détruire, tuer le maximum de ces « chiens », les réduire en miettes, déchiqueter leurs membres, s’exploser et exploser, pulvériser et s’il ne peut arriver à tous les tuer alors leur envoyer boulons, vis ou écrous pour qu’ils aient mal et qu’ils souffrent! Le regard que porte ce terroriste est rempli de sauvagerie. Il voit ces corps qui déambulent comme déjà morts, déjà partis en enfer. Rien d’humain dans ce regard, l’altérité &endash; si elle est sioniste ou occidentale voire occidentalisée &endash; n’est que chose, objet pétrifié et inanimé mais alors, pourquoi les tuer? C’est la revanche de l’humanité, on ne peut résoudre un homme à se réifier, à devenir un objet sur lequel on aurait un pouvoir. Son regard ne peut résoudre autrui à sortir de son humanité. Face à ce regard, autrui répond par le visage.

Ainsi selon Levinas, autrui s’exprime dans la violence de son visage, dans sa nudité, son dénuement et qui appelle à l’interdiction du meurtre. Dans le visage sont inscrits autant la tentation de l’assassinat que sa transgression. Non pas que cette interdiction rende compte d’une réelle impossibilité mais plutôt d’un non pacifiste lancé par le visage de l’Autre. La présence personnelle de l’autre, à travers son visage, nous signifie l’ordre de renoncer à la violence et nous engage à «se mettre en société avec lui»: c’est le commandement d’une responsabilité pour autrui qui précède ma liberté. Mais quand le terroriste voit ces corps animés de vie, quand lui est opposée à la violence de son regard la violence pacifiste de ces visages, il répond par un seul geste: actionner sa bombe. À l’humanité criant son humanisme, le terroriste lui jette en pleine figure: mort et destruction. Il ne supporte pas la vie, le terroriste. Plus que cela, il se sent au-dessus, comme prétendant à un statut divin qui le place en dehors de la vie des autres.

En s’explosant, il s’écarte de l’humanité. Mais avant également, dans l’absence de reconnaissance de l’Autre comme humain et pouvant partager des valeurs communes. Le terroriste est lâche, il ne peut supporter l’Autre; c’est un tueur sans conscience qui sait pertinemment qu’il ne pourra affronter ces visages pétrifiés par la mort ou ceux se tordant de douleurs.

Le terroriste suicidaire est le seul qui voit sa prochaine victime mais qui ne pourra jamais contempler son visage et réfléchir sur son acte. Il est obligé &endash; pour la «pleine» réussite de sa mission &endash; de se fondre dans la foule, il est censé «côtoyer» réellement ses victimes. La lâcheté des attentats suicides est de se tuer du même coup, se mettant alors dans le camp des victimes. «Il y X morts dont le Kamikaze» nous dit-on! Pas de différenciation entre le tueur et la victime, finalement tous coupables ou tous innocents mais pas un coupable et des innocents. Viendrait-il à se fondre à ce point où il n’est plus possible de le différencier des innocents? La lâcheté des attentats suicides est également dans l’absence &endash; pour les victimes et leurs familles &endash; de pouvoir retrouver le coupable direct de leur malheur et de le punir par la justice de leur pays. Horreur et désespoir!

L’humain est irréductible à nos consciences, de la Shoah au World Trade Center, des gens tentent de détruire et d’anéantir cette humanité. Le simple fait de consentir – en ne disant mot – est déjà partie gagnée pour ces terroristes. Ne jamais soutenir ce type d’actions, ne jamais corroborer leurs thèses et ne jamais les considérer comme partageant les mêmes valeurs que nous, jamais, au nom d’une valeur supérieure: la vie. L’omission collective face au terrorisme est responsabilité, ne pas agir c’est laisser agir.

Face à cette nécrophilie, face au martyr devenu acte social autant que religieux, face à autant de haine, les solutions sont difficiles. En premier lieu, arrêter les chefs terroristes, ceux-là même de Cheikh Yassine à Arafat qui envoient, sans arrière-pensée, son peuple se faire exploser. En deuxième lieu réformer la société palestinienne, l’éducation, les discours politiques…

La solution est la biophilie ou amour du prochain, comme son semblable, le chemin est long, périlleux mais doit être suivi.

kamikazes

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[1] E. Fromm, le cœur de l’homme, petite bibliothèque Payot, 2002, P. 199.

[2] Cf. S.F. Dale, Religious suicide in Islamic Asia, Department of history, Ohio State University.

[3] E. Fromm, ibid., p. 89

[4] Brogowski, Dilthey, conscience et histoire, puf, p. 42.

[5] E. Fromm, ibid., p. 23

[6] M.Canto-Sperber, Injustifiable terreur, Le Monde, 3 octobre 2001.

[7] G.Bensoussan, Force du faible, faiblesse du fort, Le Monde, 20 juin 2002.

[8] P. Zawadzki, Travailler sur des objets détestables, quelques enjeux épistémologiques et moraux, Revue Internationale des Sciences Sociales, N°174, novembre 2002.

[9] E. Fromm, ibid., p. 29.

[10] E. Fromm, ibid. pp. 35-36

[11] E. Fromm, ibid., 2002, p.220

[12] L’exemple est donnée dans Le Monde : Gilles Paris, Arin Oud Hasin Ahmed, kamikaze palestinienne « repentie », Le Monde, 19 juin 2002.

[13] E. Fromm, ibid., petite bibliothèque Payot, 2002, p. 214

[14] H. Atlan, La science est-elle inhumaine : essai sur la libre nécessité, Bayard, 2002, p.25

[15] H. Atlan, ibid., p.-36

[16] H. Atlan, ibid., p.-44

[17] E. Fromm, La passion de détruire, anatomie de la destructivité humaine, Robert Laffont, Paris, 1975, p.24

[18] E. Fromm, ibid., p.87

[19] E. Fromm, ibid., p.90

[20] E. Fromm, ibid., p.92

[21] E. Fromm, ibid., p.107

[22] E. Fromm, ibid., p.118

[23] cité in. B.Ganor, Is one man’s terrorist another man’s freedom fighter?, September 23, 1998, ICT.

[24] B. Netanyahu, Terrorism: how the west can win, Farrar, Strauss and Giroux, 1995, p. 27.

[25] B. Netanyahu, ibid, p. 9

[26] B.Ganor, suicide terrorism : an overview, ICT, 15 février 2000.

[27] Y. Schweitzer, suicide terrorism : development and characteristics, ICT website, 21 avril 2000.

[28] H.V.Henting, Der Nektrope Mensch, cité in E. Fromm, La passion de détruire, anatomie de la destructivité humaine, Robert Laffont, Paris, 1975, p.344.

[29] E. Fromm, le cœur …, p.57

[30] E. Fromm, La passion…, p.377

[31] E. Fromm, La passion de détruire, anatomie de la destructivité humaine, Robert Laffont, Paris, 1975, p.196

[32] E. Fromm, La passion …, p.202

[33] E. Fromm, ibid., p.203

[34] E. Fromm, ibid., p.203

[35] E. Fromm, ibid., p.304

[36]A. Ezzati, the concept of martyrdom in Islam, Tehran University, Vol. XII ( 1986)

[37] J. Winters, Martyrdom in Jihad, University of Toronto, 1997

[38] Abu Husein, Ya thaer Allah : Latamat Husauniyyah, ‘Ars Al-Shahaddah, pp. 106-107.

[39] « ‘Ars al-Shahadah », Filastin al-Muslimah, vol. 9, n° 9 ( september 2001), p. 63

[40] R. Paz, programmed terrorist, ICT, 13 December 2001

[41] Durkheim, l’avenir de la religion, séance du 18 janvier 1914 de l’ « union de libres penseurs et de libres croyants pour la culture morale ».

[42] F.Encel, la nature du fléau, Le Figaro, 12 septembre 2002.

[43] S. Vedantam, Peer pressure spurs terrorists, psychologists say, Washington post, 16 October 2001.

[44] Washington Post du 15 octobre 2001.

[45] E. Fromm, La passion …, p. 290

[46]A.N. Zadeh, Iran: Khamneï, le guide suprême …, Al-Sharq al-Awsat. Repris dans proche orient info.com.http : //www.proche-orient.info/xjournal_pol_der_heure.php3 ?id_article=2577

[47] A.N. Zadeh, Iran: Khamneï, le guide suprême …, Al-Sharq al-Awsat. Repris dans proche orient info.com.http : //www.proche-orient.info/xjournal_pol_der_heure.php3 ?id_article=2577

[48] entendu dans « jihad in America », programme de télévision diffusé le 21 septembre 1994. http : //twibp.com/archives/17/1.html

[49] L. ben Mansour, Frères musulmans, frères féroces, Ramsay, 2002, p. 165.

[50] cité in, E. Sprinzak, rational fanatics, foreign policy, Septembre/ octobre 200.

[51] Taguieff, la gueer contre les juifs…,Arche, Septembre 2002.

[52] Notre langue arabe, niveau 2, deuxième partie, p. 51

[53] Éducation nationale palestinienne, niveau 3, p. 70

[54] Notre langue arabe, niveau 3, première partie, pp. 8-9

[55] Livre du maître, Notre langue arabe, niveau 3, pp. 130-131

[56] Éducation religieuse islamique, niveau 4, pp. 44-45 et 55

[57] Notre langue arabe, niveau 4, deuxième partie, p. 91

[58] Notre langue arabe, niveau 5, p. 70

[59] Notre langue arabe, niveau 5, p. 74

[60] Notre langue arabe, niveau 5, p. 167

[61] Notre langue arabe, niveau 5, p. 201

[62] Notre langue arabe, niveau 6, première partie, p. 37

[63] Notre langue arabe, niveau 6, première partie, p. 71

[64] Éducation islamique, niveau 6, p. 151

[65] Notre langue arabe, niveau 6, deuxième partie, pp. 32-33

[66] Éducation islamique, niveau 7, p. 112

[67] Notre langue arabe, niveau 7, p. 63

[68] Livre du maître, Notre langue arabe, niveau 7, p. 303

[69] Livre du maître, Éducation islamique, niveau 7, pp. 141-147

[70] Lectures et textes littéraires, niveau 8, pp. 131 à 134

[71] Notre belle langue, deuxième partie, p. 47

[72] Lectures et textes littéraires, niveau 10, p. 171

[73] Livre du maître, culture islamique, niveau 11, pp. 149-150

[74] Livre du maître, Éducation islamique, niveau 11, p. 158

[75] R. Paz, programmed terrorist, ICT, 13 December 2001.

[76] J. Kelley, devotion, desire drive youth to ‘martyrdom », Usa Today, 7 may 2001.

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